Longtemps mal connu, l’intérim attire aujourd’hui de plus en plus de candidats

Les débutants l’utilisent comme tremplin pour lancer leur carrière.
Certaines entreprises le considèrent comme la première étape vers un contrat à  durée indéterminée.
La demande porte de plus en plus sur des profils pointus et de haut niveau.

Accepteriez-vous volontiers une mission d’intérim ? La question semble anodine, mais très peu de gens répondront par l’affirmative. Pour beaucoup d’entre eux, recourir à l’intérim n’a pas été un vrai choix mais un pis-aller. «J’ai passé des annonces dans la presse, je suis passé par l’Anapec mais sans résultat. Un ami, qui travaillait en intérim, m’a alors conseillé d’essayer la formule. J’avais besoin d’argent, et j’ai donc fini par accepter en attendant de trouver un bon poste», souligne Réda, 21 ans, titulaire d’un BTS commercial. Ainsi, l’inscription en agence d’intérim fait suite, la plupart du temps, à l’incapacité à trouver un emploi par la voie classique.
Car l’intérim ne fait pas l’unanimité chez les chercheurs d’emploi. Entre la précarité, l’instabilité et les magouilles de certaines agences de la place, beaucoup hésitent à se lancer dans l’aventure.

Certains intérimaires bénéficient des mêmes avantages que les CDI
Pour Salma Khairane, responsable marketing chez Manpower Maroc, «la mauvaise image de l’intérim commence à se dissiper. Si la population non cadre privilégie souvent cette voie, on constate aujourd’hui que, de plus en plus, les Bac+2, voire plus, y font également appel. En tout cas, les débutants y voient un sérieux tremplin pour lancer leur carrière». En effet, l’intérim reste le meilleur moyen, même s’il est précaire, de faire ses preuves en attendant de décrocher un poste stable.
Certains en ont fait un choix. Meriem Chani, qui a été chargée de clientèle dans une société, a fait l’impasse sur le contrat à durée indéterminée. «Ce que je veux, c’est garder ma liberté, multiplier et diversifier les expériences. C’est la raison pour laquelle j’ai opté pour l’intérim». C’est en 2005 qu’elle a tenté l’expérience et, depuis, elle en est satisfaite. Par le biais d’une agence spécialisée, elle parvient à décrocher ses premières missions. Elle y gagne 20 % de plus qu’un employé en CDI au même poste. Ensuite, la multiplication des missions permet de connaître différents secteurs professionnels. «J’ai tantôt été responsable de production tantôt chargée de clientèle. En restant en CDI, je n’aurais jamais pu accéder à ces différents postes», explique-t-elle.
Pour sa part, Mme Khairane estime que l’intérim doit rester avant tout un objectif à moyen terme, surtout chez les cadres débutants.
Dans tous les cas, les cabinets organisés essayent de convaincre et de rassurer l’intérimaire en lui garantissant un contrat de travail dans une entreprise sérieuse, avec un bon salaire et une couverture sociale. Parfois, certains intérimaires bénéficient des mêmes avantages que les CDI (voiture, téléphone…).Mais ces avantages, encore peu courants, sont offerts aux cadres expérimentés de haut niveau, souvent à la recherche d’un emploi stable. Ce sont souvent des directeurs financiers, des ingénieurs de production et autres profils sollicités pour gérer des situations critiques telles que la restructuration d’une entreprise, son introduction en Bourse… «Ma mission était de mettre en place un logiciel de gestion de paie et de comptabilité.
Je n’étais même pas arrivé en fin de mission qu’on m’en a proposé une autre dans une nouvelle entreprise qui a fini par me recruter dans le cadre d’un contrat permanent. J’estime que je n’aurais pas obtenu aussi vite un travail stable si je n’étais pas passé par l’intérim», souligne Mohammed Benjelloun, ingénieur informaticien dans une SSII.

Une mission sur trois débouche sur un CDI
Aux seniors touchés par les restructurations, ou qui ont volontairement opté pour une retraite anticipée, l’intérim permet également de se remettre au travail, tout en organisant leur temps en toute liberté. «Les entreprises peuvent toujours profiter de leur expertise sur des missions pointues, notamment en matière d’organisation ou en gestion des ressources humaines», note un spécialiste des ressources humaines. Si toutes les classes d’âge sont désormais concernées, les profils des intérimaires se sont aussi largement diversifiés. Réservé auparavant aux informaticiens ou aux comptables, qui intervenaient pour des missions ponctuelles, l’intérim touche maintenant plusieurs domaines. «Les entreprises exigent des profils de plus en plus pointus. C’est le cas des ingénieurs spécialisés ou encore des responsables ressources humaines», confirme Tarik Hsainy, responsable sélection chez Best intérim. Salma Khairane ajoute que, avec le développement de l’offshoring, beaucoup d’entreprises demandent des ingénieurs télécoms.
Côté secteurs, l’industrie n’est plus le seul secteur concerné. Actuellement, les services, les banques les assurances et l’informatique sont ceux qui recourent le plus à ces profils pointus. En période de croissance, ils peuvent s’attacher rapidement et à moindre coût les services d’un personnel qualifié et directement opérationnel. C’est aussi un moyen de maîtriser la masse salariale. Un avantage qui doit d’ailleurs susciter l’intérêt des PME.
Notons que certaines entreprises utilisent de plus en plus l’intérim comme un outil complémentaire pour leurs recrutements. Cette solution est plus particulièrement prisée par les PME qui n’ont pas toujours un service RH suffisamment développé pour satisfaire tous leurs besoins en recrutements. Dans plus d’un cas sur trois, la mission en intérim débouche sur un CDI (certaines entreprises envisagent la mission en intérim comme une période d’essai).