L’innovation à  travers le monde : le Maroc à  la traîne

L’innovation est incontournable pour assurer une croissance économique durable et solide. Financement, mobilisation des entreprises et des universités, adaptation des projets de recherche aux besoins de l’économie sont des conditions nécessaires au développement de la R&D.

Quelque 603 milliards de dollars, c’est le montant global qui a été investi par les 1 000 entreprises les plus innovantes dans le monde en 2011. C’est ce qui a été démontré par la dernière étude rendue publique par le cabinet international Booz & Company. Ce montant marque une évolution des investissements en R&D de 9,6% par rapport à 2010, soit une augmentation de 100 milliards de dollars par rapport à 2009 (voir graphe). Le fort intérêt des multinationales est net et indiscutable, reste à savoir quelles sont les entreprises les plus innovantes dans le monde et quels sont les investissements financiers mobilisés par les différents secteurs industriels et les grandes nations industrielles à travers le globe, l’analyse de la situation de l’innovation au Maroc en 2012 fait l’objet du dernier chapitre.

La grille ci-contre représente le classement des 10 entreprises les plus innovantes dans le monde sur 3 ans, selon l’étude réalisée par Booz & Company. Le critère de choix ici n’est point le montant des investissements consentis à l’innovation, mais la performance en termes de lancement de nouveaux produits et la réussite commerciale. Cependant, 3 points doivent être signalés :
– Apple, Google et 3M conservent respectivement les trois premières positions du classement global pendant 3 années successives ;
– Samsung évolue progressivement dans le classement du top-ten. Du 9e rang, elle passe au 4e en 3 ans ;
– En 2012, Amazon prend la place de Facebook qui était dernier réalisant ainsi sa première apparition dans le top ten mondial.

Plus de la moitié des investissements en R&D en 2011 est allée au secteur de l’informatique/ électronique

Près de la moitié du montant investi en 2011 est allée au secteur de l’informatique/ électronique et la santé avec respectivement 28% et 21% du montant global. Le secteur de l’automobile vient en 3e position avec 16% des investissements.
La plus forte croissance entre 2010 et 2011 a été réalisée par les secteurs de l’informatique/électronique et l’automobile, respectivement 25,50 et 25,10 %. Le secteur des télécoms, quant à lui, n’a réalisé qu’une modeste croissance alors que le secteur de l’aéronautique et la défense a régressé de 3% dans la même période.

L’Amérique du nord en pôle position

Plus de 90% des investissements en R&D en 2011 ont été réalisés dans les pays industriels traditionnels : l’Amérique du nord (38%), l’Europe (30%) et le Japon (23%).
Si la Chine et l’Inde ne réalisent que 3% de l’investissement global, leur rôle apparaît grandissant en ce qui concerne la croissance relative des investissements en innovation. Affichant une croissance de 27% par rapport à leurs investissements en 2010 et dépassant le taux global de croissance mondiale en la matière (9,6%), ces deux nations émergentes continuent de s’imposer sur l’échiquier économique international par des stratégies plus originales en matière de développement économique. Par contre, l’Amérique du nord réalise une performance légèrement supérieure à la moyenne mondiale, 9,7% contre 9,6% alors que le Japon traîne loin de cette référence à 2,4% seulement.

Les grandes firmes à travers le monde, les nations industrialisées aussi bien que les pays émergents sont aujourd’hui conscients que l’innovation est incontournable pour assurer une croissance économique durable et solide. Les investissements financiers injectés dans ce sens reflètent cet engagement passionné, mais force est de constater que l’investissement en masse dans des projets de R&D gigantesques n’est pas la condition sine qua non à la réussite de l’innovation.
En effet, les critères de mesure mis en place par le classement international “The global innovation index-2012’’ apportent une approche intégrée de l’innovation en dépassant les indicateurs traditionnels de mesure (tels que les dépenses en R&D et le niveau de développement économique). Les indices retenues par le rapport mondial favorisent, par contre, des indicateurs tels que les liens entre les secteurs publics et privé, la production du savoir et de la technologie, les infrastructures, le soutien de l’environnement, le capital humain, l’environnement des affaires et la créativité.
Sur cette base, le Maroc figure comme un pays en manque d’efficacité appelé à rattraper ses lacunes aux niveaux de la créativité et de la performance de ses entreprises.  

Le Maroc, un apprenti inefficace

Le Maroc est désigné comme “un apprenti inefficace’’  selon l’indice mondial de l’innovation en 2012. Cette catégorie de pays regroupe les nations à revenus moyens ou faibles, enregistrant des résultats en hausse dans le domaine de l’innovation grâce aux améliorations apportées à leur cadre institutionnel, à leur main-d’œuvre qualifiée, à une infrastructure de meilleure qualité, à une intégration plus marquée au sein des marchés financiers mondiaux et à un environnement commercial moderne, même si les progrès dans ces domaines ne sont pas homogènes à tous les niveaux. Le Maroc est ainsi comparé à des pays comme la Namibie, le Kenya, le Ghana, le Rwanda, le Nicaragua ou la Mongolie en matière de performance en innovation.

Les autres catégories désignées par l’indice international sont :

– Les “pays les plus innovants” : cette catégorie contient des pays à revenus élevés, comme la Suisse, les pays nordiques, les pays de l’Europe occidentale, de l’Amérique du nord, Israël, la Chine et le Japon, qui sont parvenus à créer des écosystèmes de l’innovation dans lesquels l’investissement dans le capital humain a abouti à une infrastructure féconde et stable qui favorise les connaissances, la technologie et la créativité.
– “Les mauvais élèves de l’innovation” : ce sont des pays dont le système d’innovation présente des faiblesses remarquables. Il s’agit parfois de pays à revenus élevés ou moyens, comme la Russie, l’Argentine, le Koweït, les Émirats arabes unis, l’Algérie ou l’Iran.
Classé en 88e positon avec un score global de 30,7/100, le Maroc est positionné différemment selon les 7 indices du rapport. Cependant, s’il y a des améliorations à faire aux niveaux de “la sophistication de l’entreprise et du marché” et la “créativité”, les indices “institutions’’, “infrastructure’’, “capital humain et recherche’’ ainsi que “la production du savoir et de la technologie’’ constituent les points forts du Royaume.
Cependant, si le Maroc a réalisé des avancées considérables en matière d’infrastructures et d’institutions de recherche et développement, ce qui manifeste sa prise de conscience de l’importance de l’innovation en tant que moteur de compétitivité et de croissance économique, réussir le challenge de l’innovation est aujourd’hui un projet global impliquant toutes les parties prenantes de l’économie nationale (gouvernement, entreprises, universités, chercheurs..). On retient quatre points :

1- Le gouvernement doit mettre en place les mécanismes nécessaires de financement de la R&D, de mesure des résultats et de valorisation de la recherche.
2- Les entreprises doivent comprendre l’importance de l’innovation pour leur compétitivité, investir dans la R&D et orienter l’innovation vers les besoins du marché.
3- Les universités doivent se défaire de leur attitude selon laquelle la recherche n’est qu’un sous-produit de l’enseignement supérieur ou de la sous-traitance de la science mondiale.
4- Les chercheurs doivent inscrire leurs travaux dans le cadre de projets professionnels réalistes, utiles et ambitieux, exprimer leurs besoins pour la recherche et oser l’intégration dans le tissu économique.

La mise en œuvre et le succès de ces démarches d’une part, et le tissage de liens entre ces différents acteurs, d’autre part, constituent la condition sine qua non à la réussite de l’innovation dans notre pays.