L’inflation des salaires est contenue par l’augmentation du nombre de lauréats

Experts en Java/J2EE et .Net, en systèmes mainframe ou ERP, tout est demandé. La tendance des salaires est plutôt à  la stagnation, voire à  la baisse, pour des profils juniors. Les opérateurs s’inquiètent des mesures protectionnistes annoncées par certains pays européens.

Le marché marocain des TIC reste globalement actif. C’est le constat de Mamoun Kabbaj, directeur des centres de compétences de Logica North Africa. En quelque sorte, le secteur est en croissance et recrute, même si l’offshoring est en léger ralentissement. A son avis, les entreprises n’ont plus de difficultés à trouver de jeunes diplômés qui ont de bonnes qualités techniques, mais sont en manque de savoir-être et de compétences en communication.

En tant que société opérant dans les TIC, comment voyez-vous l’état actuel du marché marocain ?
 

Le marché marocain des TIC reste globalement actif. Néanmoins, on ne peut pas occulter les effets de la crise en Europe qui commence à avoir un impact sur le secteur, notamment dans l’offshoring. L’état actuel du marché est donc très contrasté et il est plus juste de donner une vision en fonction des secteurs qui le composent.
Le secteur privé est relativement dynamisé par la demande au niveau des grands groupes industriels, financiers et télécoms. Sachant qu’il reste un énorme potentiel au niveau des PME/PMI qui sont largement sous-équipées.
Le secteur public est également prometteur, notamment à travers la dynamique de Maroc Numeric 2013 et les chantiers e-gov à venir. En revanche, l’offshoring subit un léger ralentissement du fait de la crise économique qui touche l’Europe et particulièrement la France qui est le premier client dans le secteur. S’ajoutent à cela les incertitudes provoquées par les mesures protectionnistes qui apparaissent dans les contextes difficiles.

Comment se présente l’année ? Les perspectives de recrutement sont-elles bonnes?
 

Le recrutement est tributaire de la dynamique business et de la demande. Les perspectives sont donc très contrastées à l’image du secteur. Ce qui est certain c’est que les délais de recherche d’emploi pour les jeunes diplômés risquent cette année d’être plus longs, notamment du fait du ralentissement
du secteur de l’offshoring jusque-là plus gros recruteur dans l’IT. Ceci dit, le secteur des TIC reste globalement dynamique.

Sur la base de votre diagnostic du marché, est-ce que le plan de formation de 10 000 ingénieurs est toujours d’actualité ?

Oui, absolument. Les besoins du Maroc restent importants. Il n’y a plus de problèmes aujourd’hui pour trouver des profils juniors en termes de nombre. En revanche, nous constatons des problèmes d’ordre qualitatif. Il existe plusieurs lacunes, particulièrement en ce qui concerne les aspects liés au savoir-être et aux capacités de communication. Il est indispensable à mon sens de poursuivre la politique de croissance du nombre d’ingénieurs diplômés pour trois raisons, tout en améliorant le volet «Soft Skills».
D’abord, il y a plusieurs chantiers encore à mener pour accompagner la modernisation de notre secteur public, entre autres avec les projets e-gov. Il reste un énorme potentiel au niveau de l’informatisation des entreprises du privé, surtout les PME/PMI. Et, enfin, cela permettrait de baisser la tension sur les salaires et contribuer donc à l’amélioration de la compétitivité du Maroc.

Quels sont les profils les plus demandés ?
 

Les profils experts sont toujours très recherchés. Ceci concerne toutes les technologies, que ce soit sur les plateformes Java/J2EE et .Net, jusqu’au système Mainframe, en passant par les ERP. Le besoin de profils pointus devient plus crucial avec la complexité des projets mis en œuvre, d’une part, et la maturation du secteur, d’autre part.
C’est une tendance générale qui doit être bien assimilée par les jeunes diplômés afin de mieux orienter leur carrière. En effet, la voie managériale généraliste, sans compétence technologique ou métier, est parfois perçue à tort comme la voie royale pour évoluer dans le secteur. En réalité, et il suffit pour cela de balayer les différents sites de recrutement, les profils techniques confirmés sont réellement les plus demandés.
 
Y’a-t-il une attention particulière pour de nouveaux profils ?

Encore une fois, le besoin en compétences est calqué sur la demande. Mais on ne peut pas réellement parler de nouveaux profils recherchés mais plutôt de besoins en expertise plus pointue pour les raisons citées plus haut. On note par exemple des besoins particuliers dans les domaines de la mobilité, le CRM (solutions de gestion de la relation client) et de l’e-commerce.
 
Les salaires continuent-ils de flamber ?

La tendance est plutôt à la stagnation, voire à la baisse pour les juniors. A compétence égale bien sûr. Lorsqu’il y a augmentation des compétences et un cumul d’expérience, le salaire des collaborateurs évolue bien sûr positivement.
Ce qui est globalement observé est une inflation salariale limitée par rapport aux années passées. Ceci est notamment la conséquence du nombre de diplômés plus important d’année en année et d’une demande inférieure pour les raisons évoquées précédemment.

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