L’individualisme au bureau, un fléau encore mal appréhendé

Le contexte de crise, certains héritages et un certain style de management constituent les ingrédients qui favorisent les attitudes égocentriques. Une mauvaise culture d’entreprise peut aussi faire émerger les traits de caractère nuisibles à  la vie en groupe.

«après moi le déluge !». Combien de fois a-t-on entendu cette expression dans les couloirs pour exprimer ouvertement son indifférence, voire son individualisme ? «Certes, le contexte de crise, certains héritages et un certain style de management favorisant l’individualisme à la réalisation de soi, constituent les ingrédients qui favorisent les attitudes individualistes», souligne Mustapha Sekkat, consultant et DG du cabinet RH Leadership. Et d’ajouter : «Mais depuis que notre société est dominée par la course à la performance, le culte de la réussite individuelle n’a jamais été aussi entretenu, poussant l’individu à privilégier d’abord son statut au sein de l’entreprise».

Bien plus, les exemples présentés constamment dans les médias des célébrités ou parfois des inconnus incarnant la pleine réussite de leur vie professionnelle ainsi que de leur vie privée incitent les individus à rechercher la performance dans tous les domaines de leur quotidien : santé, travail, famille, argent…
«La diversité des personnalités est souvent source de richesse. Mais de tels traits de caractère rendent le climat de travail désagréable et, par les frustrations ou disputes qu’ils engendrent, nuisent énormément à la productivité», explique Ahmed El Meslouti, consultant RH.
A cet égard, un consultant RH tient à rappeler l’histoire de ce manager qui a payé les frais de son excès d’arrogance mais surtout son manque d’implication sur le plan collectif.

Diplômé en finances, il venait tout juste de terminer un MBA en France. Fraîchement recruté comme directeur général par un holding opérant dans plusieurs secteurs d’activité, il a dû très vite quitter sur un échec. La cause : ses attitudes hautaines. Il méprisait ses collaborateurs, ne prenait pas en compte les remarques des autres, il dénigrait les méthodes de travail et les idées, ne manquait jamais d’insister sur les insuffisances des uns et des autres et oubliait toujours de mettre en évidence les réussites. En fait, il cherchait à démontrer sa force et son autorité. Conséquence, absence de synergies, mauvais climat de travail, conflits ouverts… La présidence n’a pas mis longtemps à réagir en le remerciant au bout de quelques mois de collaboration.

Il n’est pas étonnant que les recruteurs traquent ces traits de caractère et les mauvais comportements dès l’entretien d’embauche.

Dans beaucoup de cas, la communication est très importante.

«En entretien d’embauche, il m’arrive de recevoir des candidats qui se surestiment. Ils ont à peine débuté dans leur carrière professionnelle qu’ils aspirent à devenir managers, dans une structure dans deux ans au plus tard», explique un recruteur. De même qu’on sait par exemple qu’un style directif entraîne notamment des comportements individualistes, des rivalités, des interférences…

N’oublions pas que la culture d’entreprise peut aussi faire émerger les traits de caractère nuisibles à la vie en groupe. Un style directif au sein d’une structure va toujours engendrer des comportements de type individualiste ou belliqueux…, parce que chacun cherchera à se protéger, quitte à enfoncer un collègue.
Au contraire, dans un environnement de travail qui favorise la sincérité et la transparence, nous trouverons que les individus collaborent, prennent des initiatives, s’éloignent de l’arrogance…
Il est important dans toute structure de poser les bases d’une bonne conduite. Comme dans tout corps social, les relations doivent être basées sur le respect. On doit toujours placer son ego et ses désirs en dessous. Il faut poser franchement les problèmes, quand il y en a, et y apporter des solutions appropriées. Un râleur n’est pas facile à vivre, tout comme un opportuniste prêt à tout pour gravir les échelons. Cependant, il n’est pas nécessaire de se focaliser sur de tels spécimens. La vie en groupe exige de chacun un effort. Plus on se montre correct et respectueux des collègues ou supérieurs, plus ces derniers seront amenés à faire de même.

Cependant, tout ne fonctionne pas comme on le veut dans un groupe. Raison pour laquelle il est très utile d’«imposer des codes écrits».
Dans beaucoup de cas, la communication est très importante. «Une équipe bien informée de ce qui se passe dans le service, le département ou l’entreprise acquiert généralement le sens du partage et se représente mieux les voies collaboratives lui permettant de réaliser ses objectifs», souligne Mustapha Sekkat. Pour lui, l’équilibre entre le rapport du manager avec l’individu, d’une part, et le rapport avec le groupe, d’autre part, procure une bonne immunisation contre l’individualisme. Dans le même sens, les team building, les sorties de groupe ou encore des actions de formation peuvent avoir des effets positifs sur l’esprit d’équipe. Mais on conviendra toujours que le fait de travailler en bonne intelligence ne se décrète pas.