L’improvisation sert à  surmonter les moments difficiles

L’improvisation est le fait d’accomplir une action ou d’avancer des propos sans y être préparé. C’est un excellent moyen de faire passer des messages de façon plus naturelle. La prise de parole s’apprend et s’appuie sur des techniques simples et efficaces.

Se retrouver à court d’arguments, perdre ses moyens…, cela peut arriver à toute personne. Heureusement que la capacité de trouver la bonne formule au bon moment, d’improviser en toute circonstance peut s’apprendre. Ghita Mseffer, psychologue d’entreprise, nous en dit plus.

Pour vous, en quoi consiste l’improvisation ?

Je dirais que l’improvisation est le fait d’accomplir une action ou d’avancer des propos sans y être préparé. Dans un monde où les gens sont obsédés par l’organisation, la maîtrise, le contrôle, le respect des règles…, l’improvisation vient parfois casser ces dogmes parce que tout simplement elle ramène l’individu à des rapports plus humains.
Souvent, elle intervient lorsqu’on veut prendre des risques ou on a peur d’être critiqué ou contredit. L’improvisation aide à gérer des situations imprévues et à les assumer pleinement.
Il n’est pas rare que tout ne tourne pas comme on le programmait, que ce soit vis-à-vis d’un collègue, d’un manager ou d’un client que vous devez démarcher pour vendre vos produits, devant une réclamation ou bien pendant une présentation orale.
Souvent, on réagit par une montée de stress face à l’imprévu. L’improvisation aide à faire face à l’imprévu, pour ne pas se laisser déstabiliser dans des situations imprévues.
Elle permet également d’être créatif et souple psychologiquement. Et enfin, elle permet de se faire confiance et faire confiance aux autres.

Selon vous, est-ce un don ou une compétence à développer ?

Rien n’est inné dans le comportement. Tout se travaille et se développe. Exemple : toute personne qui a l’habitude de s’exprimer ouvertement, et ce, depuis le jeune âge, peut développer cette capacité d’improviser à tout moment sans s’en rendre compte. Au contraire, ceux qui vivent dans un système autoritaire auront du mal à la développer. La peur est un poison pour la créativité, et par conséquent pour l’improvisation.

Qu’est-ce qui pousse la personne à le faire ?

Comme je l’ai souligné parce que la vie n’est pas faite seulement de codes, rituels…qu’il faut respecter à la lettre, mais aussi d’aléas. Et c’est à ces moments précis que l’improvisation intervient. Je dirais que «l’impro» présente des bienfaits aussi bien sur le plan personnel que collectif.
A titre individuel, elle permet d’abord de développer son empathie car pour mieux argumenter, il faut d’abord écouter et établir une relation de confiance.  
L’improvisation permet aussi de mieux apprendre à communiquer. Devant un auditoire, peu de gens savent gérer à la fois la parole, la gestuelle, les émotions ou leur respiration. On a souvent tendance à se cacher derrière un support Power point et à l’agrémenter de commentaires, sans pour autant vivre son discours.
Au niveau collectif, c’est un excellent moyen de faire passer des messages à ses collaborateurs, mais de façon plus naturelle. Ça dénoue souvent les tensions.
L’improvisation peut amener une équipe à fédérer autour d’un projet, à réagir avec spontanéité, et surtout à apprendre à écouter l’autre, ce qui ne peut que favoriser un esprit d’équipe.

Existe t-il des formations qui aident à développer cette aptitude ?

Tout à fait ! Au sein du Centre international de psychologie, nous avons développé un module intitulé «Charisme managérial» qui sert à développer les capacités managériales des cadres. Il faut dire aussi parce que le charisme en soi facilite le contact avec l’entourage professionnel, aide à gagner une confiance, à consolider une équipe, à faire adhérer à un projet et à une culture d’entreprise,….
Mais, souvent, les managers entreprennent ce module pour mieux gérer leur prise de parole en public.
La demande est de plus en plus importante. Elle ne concerne plus les cadres dirigeants qui doivent animer des conseils d’administration, des réunions, des conférences de presse… Aujourd’hui, des demandes émanent également des simples cadres qui cherchent à mieux communiquer, à mieux défendre leur point de vue lors d’une présentation.
Chez certains, la prise de parole constitue une phobie et croient sans doute qu’elle est réservée à une élite dotée d’un talent naturel. Cela est totalement faux ! La prise de parole s’apprend et s’appuie sur des techniques simples et efficaces.

Les managers et cadres savent-ils gérer l’improvisation devant un interlocuteur, un public…?

Tout dépend des managers. Plus ils sont efficaces, plus ils ont cette capacité à réagir rapidement.
En termes de personnalité, nous avons les paranoïaques qui sont toujours méfiants et doivent constamment être rassurés. Ils hésitent à user de l’impro pour captiver l’attention.
Nous avons également les hystériques qui prennent du plaisir à trouver le sens de la répartie pour vous présenter leurs idées de la bonne manière, même si elles sont mauvaises. Ils s’inspirent des questions et remarques des autres pour rebondir.

Quand faut-il le faire ?

Il n’y a pas de moment précis. Je dirais que l’improvisation sert dans les moments difficiles. Attention, toutefois d’en abuser. Il faut rester simple et naturel. Il faut aussi avoir le courage de dire «je ne sais pas» ou «je n’ai pas de réponse à la question», quand il le faut.