Licenciement brutal : Entretien avec Samira Raissouni, DG cabinet LPRH

Les personnes qui vivent un licenciement ou une séparation brutale sont confrontées à une difficulté à laquelle elles ne sont préparées. Il faut faire le deuil de l’emploi perdu pour pouvoir passer à une nouvelle étape de sa vie professionnelle.

On n’est jamais à l’abri d’une désillution sur le plan professionnel. Une brutale rupture de conrat par exemple. Mais la vie est aussi faite d’opportunités à saisir. Samira Raissouni, directrice générale du cabinet LPRH, prodigue quelques conseils pour mieux rebondir.

Rencontrez-vous fréquemment des candidats qui cherchent un emploi après avoir été subitement «contraints» de quitter leur ancienne entreprise ?

Tout à fait ! J’ai des demandes d’accompagnement en coaching individuel de personnes qui ont été contraines de quitter leurs entreprises. Souvent, ce sont des managers ou cadres encore en poste mais qui savent qu’ils sont en processus de séparation de leur organisation, voulu ou subi. Les demandes diffèrent. C’est soit pour se repositionner, bien négocier la rupture de contrat, reprendre confiance en soi,  soit pour faire un bilan de compétences puisque je suis aussi consultante en RH.   

Comment vivent-ils ces périodes de rupture brusque? Arrivent-ils à se replacer rapidement?

La vie est faite d’opportunités à saisir, et je pense que pour se replacer il y a besoin de se prendre en charge, soit seul si la personne arrive à le faire, soit en se faisant accompagner par des coachs de carrière.

Il n’y a pas de loi mathématique pour préciser qu’on peut rebondir en X mois. Cela dépend de plusieurs facteurs : du marché, de l’état d’esprit (du mindset) positif ou non de la personne, de sa stratégie de repositionnement et de recherche de poste, de son degré de développement du «networking», de sa connexion avec des associations professionnelles, des besoins du moment des entreprises, de l’attractivité de son profil…

Les personnes qui vivent cette expérience sont confrontés à une difficulté  à laquelle elles n’ont pas été préparées et, parfois, ne savent pas quels comportements adopter pendant cette période délicate. Elles ont besoin d’un accompagnement pour comprendre par exemple qu’elles gagneraient à faire le deuil de leur précédent emploi, qu’il y a des étapes dans le deuil et que c’est normal de les vivre : on passe par le choc/déni (lorsqu’on lui annonce la nouvelle ou qu’il comprend ce qui se passe pour lui en entreprise), la colère (pourquoi moi ?), le marchandage, la tristesse (car je ne veux pas quitter ou que ce qui m’arrive est injuste) ou dépression (dans certains cas), et puis l’acceptation. C’est peut-être l’occasion pour aller vers un travail que j’aime dans une structure plus organisée, réfléchir à un projet personnel ou apprendre de nouvelles choses…

Il faut savoir aussi que le deuil est un processus qui permet à la personne de relativiser sa situation en sachant qu’il y a un début et une fin, de situer la phase dans laquelle elle se trouve, de s’autoriser à vivre pleinement ces étapes avec les émotions qui viennent (sans être dans un jugement négatif de soi-même ou de demande particulière; exemple : montre que tu es fort), et de comprendre qu’il va y avoir une fin à ce processus. C’est à ce moment que la personne entame un nouveleau processus de renaissance (recherche d’un nouveau poste, création d’une affaire personnelle…) .

Il s’agit souvent d’un moment douloureux. Comment repartir sur de nouvelles bases tout en gardant le moral ?

Pour rebondir, il y a lieu de se préparer moralement et psychologiquement. Je propose de commencer par se donner du temps réaliste pour trouver un nouveau travail. Souvent, on ajoute un stress intérieur en se fixant des délais courts. Il faut aussi informer la petite famille pour les avoir comme alliés pendant cette période transitoire. Pour réussir, à mon sens, je formule un certain nombre de recommandations.   

– Apprendre à se ressourcer pour être dans une bonne énergie. Il s’agit d’un moment où on a davantage besoin de son corps pour bien réfléchir. On doit donc soigner son corps en pratiquant des activités qui font plaisir (sport, marche en forêt ou au bord de la mer, activités sociales, bénévolat, écouter sa musique préférée…). En un mot, tout ce qui peut apporter une bonne énergie et nous renvoyer une image positive de nous-mêmes.   

– Prendre le temps d’encaisser. Ce qui ne signifie pas ne rien faire, mais observer et analyser ce qui se passe pour en tirer les leçons de cette expérience afin de mieux avancer dans la direction souhaitée. Cela permet de se poser les bonnes questions afin de repartir sur de bonnes bases et  trouver l’emploi, l’entreprise et le style de management qui conviennent. 

– Accueillir les émotions. Durant cette période de post-licenciement, la colère et la tristesse vont être de la partie (parfois aussi la culpabilité, la peur…), et il y a lieu de leur donner un espace car ce sont des émotions nobles. Dans notre culture, on demande par exemple aux hommes d’être forts, de ne pas montrer un état de fragilité. Cela enchaîne davantage la personne. C’est pour cette raison qu’il y a lieu de «s’autoriser à vivre ses émotions» et comprendre que l’être humain est constitué d’énergie, de pouvoir et de fragilité et qu’il est normal d’être connecté à sa fragilité. Dans certains cas, les personnes ne s’autorisaient pas à pleurer, alors que les larmes sont un cadeau. En fait, il y a des études qui ont prouvé que le refoulement des émotions peut conduire à des maladies psychosomatiques tel que l’ulcère. C’est pour cette raison que se faire accompagner est intéressant car le coach va donner de l’amour inconditionnel à son coaché pour qu’il puisse vivre ses émotions telles qu’elles sont, et lui permettre de renforcer la confiance en lui. 

– Se poser les bonnes questions et faire un bilan professionnel si nécessaire.  Par exemple, qu’est-ce que m’a apporté mon ancien poste ? Dans quoi j’ai excellé dans mon ancienne entreprise ? Si c’était à refaire, qu’est-ce que je ferai différemment ? Quelles sont mes ressources pour rebondir ?

Il s’agit également de ne pas rester isolé dans cette aventure…

Tout à fait ! Surtout s’entourer des personnes positives qui vous soutiennent. Certaines personnes sans s’en rendre compte sont donneuses de leçons ou accusatrices, il faut s’en éloigner et faire le tri dans les relations.

Il s’agit également de faire un plan d’action avec des objectifs clairs et réalistes. Si on ne réalise qu’une partie de ce plan d’action, il ne faut pas culpabiliser, mais surtout se féliciter d’avoir obtenu des résultats positifs.

Enfin, ne pas hésiter à faire du Networking. Une des clés de succès est la nature des relations que nous créons dans notre vie. Dans cette période, il ne faut pas hésiter à piocher dans ses contacts (amis, anciens collègues, amis d’écoles…).

L’important est de faire de cette période une opportunité de réaliser ses propres rêves. Dans ce cadre, j’ai eu le plaisir d’accompagner de brillantes personnes dans la réalisation de leurs rêves, du changement qu’ils ont souhaité apporter à leurs vie professionnelle et personnelle.

Comment peut-on justifier ce licenciement auprès d’autres recruteurs potentiels ?

Je propose de présenter son expérience positivement, et de concentrer la discussion sur les enseignements tirés et les leçons prises, et surtout séduire l’interlocuteur par comment la personne a rebondi après. L’interlocuteur va comprendre la démarche entreprise et saluer tous les efforts réalisés pour explorer les chemins qui ont mené la personne vers lui. Ce sont les éléments que je fournis aussi aux entreprises qui font appel à mon cabinet pour les aider à recruter des profils expérimentés.