L’esprit start-up : entretien avec Jérôme Mouthon DG de Buzzeff

La start-up a plus de chance de croître plus vite qu’une entreprise traditionnelle. C’est aussi pour cela qu’elle a besoin de cash, car tous ces changements rapides ça coûte. C’est aussi savoir tout faire dans l’entreprise, sans pour autant penser que certaines tâches ne nous concernent pas.

Jerôme Mouthon
DG de l’agence Buzzeff

Innovation, marché, croissance…, la start-up se définit comme une structure temporaire à la recherche d’un business model industrialisable et permettant une croissance exponentielle. C’est ce qui la  différencie d’une organisation ou d’une entreprise classique. C’est quoi être en mode start-up ? Comment la manager ? Quelles qualités faut-il avoir ? Jérôme Mouthon, DG de Buzzeff et président du programme Kluster de la Chambre française de commerce et d’industrie du Maroc, partage son expérience.

On assiste de plus en plus à la montée en puissance des start-up dans le monde et notamment au Maroc. Au fait,  qu’est-ce qui caractérise la start-up ?

Beaucoup de gens définissent la start-up de différentes façons. Dans notre programme Kluster de la Chambre française de commerce et d’industrie du Maroc, nous l’avons définie comme une entreprise nouvellement créée ayant cinq points importants. Le premier qui reste le plus important est la scalabilité (le fait de pouvoir générer des revenus de plus en plus importants et de façon récurrente dans le temps). Ensuite il y a l’innovation (l’entreprise doit faire preuve d’innovation dans le produit ou dans le process), le marché (l’entreprise doit avoir identifié son marché) et enfin la croissance (croissance exponentielle à 5 ans) et donc le financement (besoin de financement massif pour réaliser la croissance).

 Quelle différence peut-on établir entre une start-up et une entreprise traditionnelle?

Une entreprise traditionnelle se crée sur un business connu avec des courbes de croissance raisonnable et un plan de recrutement de ressources identifié. Une start-up peut changer plusieurs fois de business model dans la même année. Il faut savoir se réinventer, prendre des virages à 180 degrés, recruter quand il le faut et réduire la voilure de façon drastique en cas de besoin. C’est aussi pour cette raison que la start-up a plus de chance de croître plus vite qu’une entreprise traditionnelle, mais c’est aussi pour cela qu’elle a besoin de cash, car tous ces changements rapides coûtent cher.

Obéit-elle à un management particulier (transversalité, absence du système hiérarchique,  télétravail, décloisonnement des services…) ?

L’entreprise traditionnelle se gérait et se gère encore avec un organigramme, non pas de fonctions mais surtout de personnes. Les jeunes pousses se gèrent de façon fonctionnelle… Il n’y a plus de patron et de bureaux fermés, tout le monde sur le même plateau pour, d’une part, pouvoir correspondre mais aussi pour gagner de la place et de l’efficacité. Les collaborateurs sont beaucoup plus responsabilisés et on leur fait de plus en plus confiance… Et beaucoup n’hésitent pas effectivement à travailler de chez eux pour être plus efficaces, au lieu de perdre du temps dans les transports. Les tuyaux (internet) ont permis de reproduire des bureaux virtuels sur nos ordinateurs à distance et de travailler avec tous les outils, comme si nous étions au bureau. Malgré tout cela, les start-up sont aussi régies par des règles strictes et les collaborateurs doivent s’assurer d’avoir le bon mindset pour travailler dans ces organisations… Beaucoup de flexibilité avec aussi beaucoup de fermeté et d’exigence dans le travail.

Quelles qualités et quelles compétences faut-il avoir pour se lancer dans la start-up ?

Il faut avant tout être entrepreneur. On ne peut pas se lancer dans la création d’un business si on n’est pas entrepreneur. Il faut donc beaucoup de conviction, de courage, de patience et d’assurance. On démarre seul et on fait tout. Je me souviens encore quand j’ai créé ma première entreprise en 1993 et que je vendais de l’informatique dans Paris, il m’est arrivé de recevoir une pièce par un client me remerciant pour la livraison rapide. Ayant eu honte de lui dire que c’était moi qu’il avait au téléphone depuis plus de six mois, je me suis fait passer pour le chauffeur et j’ai gentiment remercié. C’est ça la start-up, c’est savoir tout faire dans l’entreprise, sans pour autant penser que certaines tâches ne nous concernent pas. Rester humble, efficace et déterminé !

En tant que président du Kluster CFCIM, quelle analyse faites-vous des projets que vous recevez régulièrement ?

Les dépôts de dossiers pour les porteurs de projets se sont arrêtés comme prévu le 15 décembre 2017 à minuit. Nous avons été très agréablement surpris car nous avons reçu 120 dossiers. Nous avons déjà rassemblé notre jury qui sera composé d’entrepreneurs de renom, administrateurs ou adhérents à la Chambre française de commerce qui débattront sur les finalistes en mars prochain.

Les dossiers sont variés, je suis impressionné car beaucoup de porteurs de projets ont plus de 45 ans, ce qui prouve qu’entreprendre aujourd’hui est le rêve de beaucoup de monde et de plus en plus de personnes souhaitent se lancer dans leur projet. J’ai la chance de par ma fonction au sein de la Chambre, mais aussi grâce à mon amour pour l’entrepreneuriat, de croiser beaucoup de porteurs de projets régulièrement et je suis très souvent impressionné par leur détermination. Il faut néanmoins ne pas perdre le cap et réfléchir business model, on lance une entreprise pour faire des revenus et gagner de l’argent, pas pour uniquement gagner des concours. Il faut donc rencontrer des clients et ne pas garder la première target qui est la seule et l’unique…. Faire du revenu !