Les solutions passent par l’amélioration des conditions de travail

Une mauvaise organisation et un environnement malsain sont souvent des facteurs qui mettent en jeu la santé au travail, Equilibre alimentaire, sport, bonne hygiène de vie et non-consommation de tabac et d’alcool permettent de garder la forme.

Le sujet sur la santé au bureau n’a jamais autant été d’actualité. Pénibilité, stress…, travailler à une cadence élevée entraîne souvent de mauvaises répercussions sur la santé physique ou mentale, selon qu’il s’agisse d’un travail à composante majoritairement physique ou intellectuelle. Abdellah Fakir, médecin du travail, évoque les conséquences et met en exergue les actions préventives à prendre pour les éviter.

Les individus sont de plus en plus exposés à un rythme de travail soutenu. Quelles sont les conséquences de tels actes sur les individus ?

Travailler à une cadence élevée ou à un rythme soutenu qui dépassent le rythme physiologique naturel entraîne forcément des conséquences sur la santé physique ou mentale, selon qu’il s’agisse d’un travail à composante majoritairement physique ou intellectuelle. Il faut signaler que cette limite physiologique varie d’un individu à l’autre, et ce, en rapport avec plusieurs facteurs physiques et socioculturels.
En cas de travail physique, le sujet peut être en proie à une fatigue générale mais, à la longue, il peut y avoir des répercussions au niveau de la partie du corps la plus sollicitée par l’activité, par exemple : le dos en cas de soulèvement de charges lourdes en position courbée, les genoux, les épaules, le coude ou les poignets. Certaines de ces lésions sont d’ailleurs considérées comme des maladies professionnelles. C’est ce qu’on appelle les troubles musculo-squelettiques. De même que l’exposition excessive devant un écran d’ordinateur peut entraîner des lésions au niveau de la vue.
Sur le plan mental, une surcharge d’activité peut être la cause également d’une difficulté de concentration et, à un degré supérieur, de certaines manifestations comme l’angoisse, l’anxiété, les troubles de sommeil, le manque d’appétit ou au contraire une boulimie excessive.
Comme je l’ai signalé plus haut, tous les individus ne réagissent pas obligatoirement de la même manière au même niveau de la contrainte, et là nous rentrons déjà dans le domaine de la prévention, sachant que l’équilibre alimentaire, le sport, une bonne hygiène de vie, la non-consommation de tabac et d’alcool, l’équilibre familial et l’épanouissement extra-professionnel sont autant de facteurs qui permettent de garder une bonne condition physique et intellectuelle.

Y a-t-il une prise de conscience des entreprises quant à la santé des employés ?

Pour les multinationales installées, il est certain qu’elles sont dans l’obligation de se conformer aux règles établies par les maisons mères. Et puis, il y a les entreprises nationales qui le font soit par suivisme soit parce qu’elles sont, de par leurs effectifs importants, dans l’obligation de se conformer aux dispositions légales de la médecine du travail. Le reste ne se soucie guère de cette disposition.
La prévention est indispensable, sachant qu’une journée de travail perdue coûte davantage à l’entreprise que les simples cotisations patronales. Cette démarche préventive est malheureusement négligée, voire jugée tout simplement inutile. Il s’agit là d’une violation flagrante de la législation du travail.

Que peuvent faire les salariés pour réagir ?

C’est aux représentants du personnel d’intervenir pour sensibiliser le management sur le bien-être du personnel. Dans certaines entreprises, le médecin du travail fait partie de l’organigramme de l’entreprise. Il est au cœur du dispositif de prévention. Cependant, il n’est pas seul. L’évolution technologique et la demande sociale toujours plus importante font que le besoin d’hygiénistes industriels et psychologues du travail devient également évident.

Quels sont les cas de pénibilité du travail qu’on rencontre le plus souvent dans les entreprises ?

Il s’agit généralement des travaux de manutention, de soulèvement de charges lourdes lorsque l’on ne dispose pas de moyens matériels pour faciliter la tâche… Les travaux à la chaîne dans de mauvaises postures, un milieu bruyant, un mauvais éclairage et les intempéries (froid et/ou chaleur excessifs) sont tous des facteurs pouvant entraîner des conséquences nocives sur la santé physique de l’individu.
Côté mental, ce sont surtout les tâches complexes nécessitant le recours à des informations provenant de sources multiples en un temps limité, surtout quand les résultats ont une importance capitale pour la stratégie de l’entreprise.
Une mauvaise organisation, un climat de travail détérioré entre collègues ou entre la hiérarchie et les employés, ainsi qu’un travail direct avec une clientèle exigeante, parfois agressive, sont également des facteurs favorisant la pénibilité et ses mauvaises conséquences.

Qu’en est-il des maladies professionnelles ?

Les maladies qui restent les plus courantes sont la silicose ou encore les maladies pulmonaires comme les fibroses qui peuvent entraîner une insuffisance respiratoire voire le décès à moyen ou long terme. Il y a aussi certaines allergies qui atteignent généralement les poumons ou la peau comme la dermite de contact qui affecte les personnes exposées à la soudure.  

Comment tenir le rythme de travail lorsqu’on est constamment sous pression ?

Il faut savoir s’organiser, planifier et déterminer les priorités. Les actions préventives sus-mentionnées sont plus que jamais utiles : faire du sport, éviter les excitants, dormir suffisamment, manger équilibré et bien profiter des moments de repos même s’ils sont courts dans ces cas. Certaines nécessitent le recours à des exercices respiratoires qui peuvent aider à tenir le rythme.

Quelles sont les solutions préventives que les entreprises peuvent mettre en place ?

Sous l’angle de la santé au travail, les solutions passent par l’amélioration des conditions de travail. Par exemple, mettre à la disposition des salariés du matériel et des équipements adéquats en respectant les normes ergonomiques des postes de travail (siège, table, ordinateur…). ll faut aussi :
– optimiser les ambiances physiques (éclairage, bruit, température) ;
– assurer un suivi médical régulier, inviter les salariés à consulter le médecin du travail et l’informer de toute anomalie préjudiciable à la santé des salariés ;
– organiser des actions de sensibilisation sur l’hygiène de vie à mener aussi bien en interne qu’à l’extérieur de l’entreprise (sport, sommeil, tabac, alcool…);
– mettre en place une bonne organisation des structures, une clarification des  tâches et une mise à disposition de moyens pour les réaliser.