Les mutations du secteur agricole imposent la formation de nouvelles compétences

Les secteurs qui attirent les lauréats sont essentiellement les entreprises des travaux publics, les bureaux d’études et l’agro-industrie.
De nouvelles filières avec des options de spécialisations sont lancées pour accompagner le changement.
Aujourd’hui, la moitié des lauréats de l’Institut agronomique et vétérinaire est recrutée par le privé.

Aménagements hydro-agricoles, ingénierie,  technique de production, management de la gestion agro éco-systémique, agro-industrie, marketing, et bien d’autres…, de nouvelles filières spécialités sont apparues ! Mohammed Sadiki, directeur de l’Institut agronomique et vétérinaire, nous explique comment son institut compte s’impliquer dans la modernisation du secteur.  

Depuis la mise en place du Plan Maroc Vert, le secteur de l’agriculture connaît de grands changements. Quels sont les besoins du secteur en matière de ressources humaines ?
De par sa stratégie et son approche, le Plan Maroc Vert (PMV) a introduit une nouvelle dynamique permettant la relance du secteur de l’agriculture marocaine. Il s’agit d’une stratégie globale inclusive intégrant tous les paramètres et qui a permis d’introduire un nouveau paysage dans le secteur et les domaines associés. Deux années après le lancement du plan, le capital humain est apparu comme une clé pour la réussite de sa mise en œuvre. Le lancement du PMV a coïncidé avec une conjoncture où les ressources humaines ont subi une réduction dans le secteur public pour des raisons de départ volontaire à la retraite, mais également pour départ à la retraite par limite d’âge.
Les besoins du PMV sont définis d’abord en termes d’effectifs mais aussi en termes de profils. Dans ce cadre, depuis le lancement du plan, l’IAV s’active pour être au rendez-vous.

En tant qu’institut spécialisé dans ce domaine, comment pensez-vous à répondre aux besoins du marché ?
En tant qu’institut polytechnique sous la tutelle du ministère de l’agriculture et de la pêche maritime, nous formons des ingénieurs dans cinq filières (agronomie, industries agricoles et alimentaires, génie rural, topographie, horticulture) et des vétérinaires.
Récemment, nous avons enrichi la gamme des diplômes délivrés par l’accréditation de masters spécialisés (irrigation, MISEAD) et des masters de recherches (biotechnologie, parasitologie). Par ailleurs, nous venons de démarrer le cycle de doctorat dans les domaines sciences agronomiques et agroalimentaires, les sciences de l’ingénieur, les sciences  vétérinaires, les sciences humaines et sociales appliquées à l’agriculture.
Prenant appui sur l’initiative des 10 000 ingénieurs, l’IAV s’est engagé dans l’augmentation des effectifs des cadres afin d’accompagner les chantiers du Maroc en mouvement. Le PMV constitue le plus grand chantier qui nous interpelle en premier lieu. Il introduit une nouvelle organisation des acteurs. Dès son lancement, nous avons engagé une réflexion participative pour mobiliser l’ensemble des capacités scientifiques et techniques de l’établissement dans le but de réorganiser nos activités pour mieux répondre aux priorités de la stratégie de l’agriculture.
Par ailleurs, l’IAV s’est engagé dans le processus de la réforme de ses programmes dans le cadre de la mise en œuvre de la loi 01. 00 portant organisation de l’enseignement supérieur. Tous ces éléments nous fournissent des outils permettant de recadrer nos activités par rapport au PMV et aux exigences des acteurs et partenaires institutionnels et professionnels. Donc le PMV trace un cadre pour une nouvelle stratégie de l’IAV tant pour la formation initiale et continue que sur celui de la recherche développement. Dans cette dynamique, nous entretenons des interactions et consultations continues avec le ministère de tutelle pour mieux accompagner la mise en œuvre des projets à l’échelle nationale et régionale.

Quel est le taux d’insertion de vos lauréats ?
Les lauréats de l’IAV connaissent une totale employabilité. Dans les décennies précédentes, les lauréats étaient principalement employés par le secteur public. A cet égard, l’IAV a fourni autour de 80% des cadres du ministère de l’agriculture et des pêches maritimes. Actuellement, le secteur privé est plus attractif, et attire plus de 50% de nos lauréats en moyenne avec une forte disparité selon les spécialités. Les ingénieurs topographes, en industrie alimentaire, vétérinaire et génie rural sont essentiellement employés dans le privé où le taux est de 80 à 90% selon les années. Parmi ces derniers, plusieurs s’engagent aussi dans la création de leurs propres entreprises ou cabinets. Les secteurs qui attirent les lauréats sont essentiellement les entreprises des travaux publics, les bureaux d’études, l’agro-industrie…

Selon vous, les formations actuelles arrivent-elles à couvrir les besoins du marché ?
A la base, les difficultés consistent en la définition exacte des besoins en compétences recherchées par le marché. Néanmoins, les filières de formations récemment accréditées ont été réfléchies sur la base de ces besoins. Bien entendu, un affinement est nécessaire en continu. Actuellement, tous nos programmes de formation viennent d’être renforcés par des modules d’activités de terrain, de travaux appliqués, d’ouverture, de management, de développement personnel…

Quels sont les profils les plus demandés actuellement dans ce domaine ?
Tous les profils qui s’insèrent dans les aménagements hydro-agricoles, l’ingénierie,  technique de production, partenariat, management la gestion agro éco-systémique, l’agro-industrie, le marketing, la qualité et l’hygiène et la sécurité alimentaire. La difficulté pour l’entreprise à trouver les profils recherchés dépend d’abord de sa relation avec le secteur de la formation et la recherche et aussi de la capacité d’attractivité du poste proposé. A ce sujet, l’IAV a signé une convention avec l’ordre des topographes pour le parrainage des étudiants afin de les mettre en relation, pendant une partie de leur formation, avec les professionnels (cabinets, entreprises…). Cette initiative sera étendue à d’autres professions prochainement.

Y a-t-il des mécanismes d’aide pour se lancer dans l’entreprenariat agricole ?
Tous les mécanismes de financement mis en place par le PMV apportent des incitations et des encouragements à la création d’entreprises dans les domaines techniques d’accompagnement et des services.