Les mariages entre collègues sont de plus en plus fréquents

Peu d’employeurs apprécient les relations amoureuses dans leur entreprise.
Les femmes sont souvent victimes de médisances.
Juridiquement, rien n’est prévu pour interdire ces relations, c’est à  l’entreprise de mettre en place des garde-fous pour éviter les dommages collatéraux.

De plus en plus de salariés rencontrent leur conjoint sur leur lieu de travail. Au Maroc, cependant, le poids de la société est tel qu’il est difficile de vivre des relations sentimentales dans un tel milieu.Par peur des conflits d’intérêts ou des dommages collatéraux en cas de rupture,beaucoup de patrons voient ces relations d’un mauvais oeil. Avec des anecdotes à l’appui, Ali Serhani, consultant en RH, apporte quelques éclaircissements sur la gestion de ce phénomène dans les entreprises de la place.

Comment sont perçues en général les relations amoureuses au bureau ?
Si la relation est sérieuse (mariage en vue), il n’y a généralement pas de problème. Dans le cas contraire, elle est perçue très négativement.Ceci n’a rien à voir avec la religion ; c’est tout simplement parce que nous vivons dans une société de non-dits, où le qu’en-dira-t-on a de beaux jours devant lui.
Nous avons vécu une situation assez difficile avec une excellente candidate. Cette dernière travaillait dans une entreprise de renom et, à un moment donné, elle est sortie avec l’un de ses collègues. Ils ont ensuite rompu pour des considérations personnelles. Par la suite, cette jeune fille a quitté l’entreprise. Mais, chaque fois que nous la proposions pour un poste, ses anciens collègues, lorsqu’ils ont été consultés en toute confidentialité par son futur employeur, l’ont tout simplement qualifiée de «femme très facile et aux moeurs légères » ! Nous avons pu, finalement, lui trouver un emploi dans une multinationale de renom où les relations amoureuses n’ont pas droit de cité.
Pour résumer, les employeurs regardent généralement d’un mauvais oeil ce genre de relations, sauf si elles concernent des employés qui occupent des postes de support.

Ces relations sont-elles fréquentes dans nos entreprises ?
Le nombre des mariages entre collègues est en hausse. Plusieurs candidates et candidats que j’ai eu à rencontrer ont trouvé l’âme soeur dans l’entreprise. C’est une situation qui ne m’étonne pas, puisque nous sommes, qu’on le veuille ou non, dans une société assez conservatrice. Les fiançailles peuvent se faire un mois après que les deux «tourtereaux» se sont rencontrés. Chose impensable sous d’autres cieux.
En ce qui concerne les relations hors mariage, les salariés sont très prudents. Outre les médisances, chacun fait très attention à l’évolution de sa carrière. Etre traité de «coureur de jupons» pour l’un et de «fille facile» pour l’autre n’est pas facile à vivre. Est-ce culturel ?
Je ne sais pas. Un sociologue serait plus apte que moi pour répondre à cette question.

Quelle est l’attitude des entreprises face à ce type de relations ?
En général, elles ne les apprécient pas. Pour l’employeur, l’entreprise est un lieu de travail et non un site de rencontres. Il peut arriver que certains couples étalent leurs problèmes privés dans l’entreprise, ce qui peut être à l’origine de nombreuses difficultés, surtout si les intéressés occupent des fonctions que je dirais très sensibles.

Y a-t-il d’autres risques ?
Un exemple concret : imaginez une salariée qui travaille dans un département stratégique. Elle décide de se marier avec un collègue d’un autre service. Un jour, dans des circonstances particulières, et sans même s’en rendre compte, elle fait part à son époux d’une information confidentielle.Bonjour les dégâts si ce dernier décide de passer à la concurrence !
Un employeur avisé réfléchit à toutes les situations qui peuvent survenir. Il est déjà préoccupé par la concurrence féroce sur le marché, alors imaginez son état d’esprit s’il doit en plus gérer des situations de ce genre en interne. En tant que consultant, nous avons observé des situations pires que celles que je décris.

Peut-on restreindre ou interdire les relations sentimentales ?
Surtout pas ! Il ne s’agit pas de considérations juridiques mais morales. Si deux êtres s’aiment, laissons-les mener leur vie, laissons-les tranquilles. A l’employeur de veiller à ce que rien de négatif ne puisse venir de ce genre de relations.De toute façon, lesmentalités changent.Nous assistons à l’émergence d’un phénomène banal sous d’autres cieux : ce n’est plus l’employeur qui interdit ce genre de relations, ce sont plutôt les couples qui refusent de travailler dans lamême entreprise. Pour l’anecdote, une de nos candidates nous avait fait savoir qu’elle pourrait supporter son mari à la maison mais pas au bureau.C’est pour cela qu’elle souhaitait quitter son employeur et elle l’a fait. J’ai trouvé sa décision très courageuse car elle occupait un poste important.

Quelle attitude un manager doit-il adopter pour que de telles situations ne nuisent pas à l’entreprise ?
Veiller tout simplement à être juste : ne pas restreindre les libertés individuelles en ne se mêlant pas de ce qui ne le regarde pas (les histoires de coeur) tant que cela ne nuit pas à la bonne marche de l’entreprise. Mais je peux comprendre le désir d’unmanager de veiller au grain.C’est ce qui se passe d’ailleurs dans d’autres secteurs. Ainsi, les hauts gradés de l’armée ne peuvent en aucunemanière se marier à une étrangère,même s’ils sont très amoureux : la raison d’Etat prime sur toutes les considérations privées. C’est valable pour l’entreprise : parfois, l’intérêt de celle-ci doit primer sur toute autre considération. Quelquefois, c’est tout simplement une question de survie.