Les managers oublient que le véritable pouvoir est la gestion de l’information, plutôt que la rétention

Mohamed El Yousfi, DG de LMM QSE

Je trouve que les entreprises entretiennent généralement le culte du secret. La majorité d’entre elles rend certaines informations «confidentielles» alors qu’il s’agit, en réalité, de simple rétention d’informations. Elles cherchent à mieux contrôler ce qui se passe. Elles oublient que le véritable pouvoir est plutôt la gestion de l’information…
Je suis pour la transparence. Par exemple, la question des salaires revient souvent dans les discussions. On n’ose pas parler de son salaire pour ne pas créer de jalousie, de zizanie…On peut parler par exemple de tranches de salaires sans préciser le montant exact. C’est pourquoi il faut avancer d’autres arguments comme le niveau de responsabilité, les missions ou les dossiers sur lesquels on travaille…

D’un autre côté, de par notre métier, nous sommes conduits à accompagner les entreprises à mieux sécuriser leur patrimoine immatériel pour le principal motif que la concurrence se fait rude et, par conséquent, rien ne doit être lâché dans la nature.
D’ailleurs, notre métier exige qu’on mette en place, dans une entreprise, une procédure écrite et formalisée sur le traitement des flux d’informations. Ces dernières sont classées en trois parties : celles qui sont accessibles au public, celles qui peuvent circuler dans l’entreprise et celles qui doivent rester confidentielles, notamment sur la stratégie d’entreprise. Dans ce dernier cas, les informations doivent être réservées à un comité réduit.
Pour certaines entreprises, il arrive qu’on mette en place des chartes de confidentialité qui répertorient en quelque sorte le degré d’importance des informations à protéger. Par exemple, les informations dites confidentielles sont principalement toutes celles qui ont trait au processus de fabrication des produits, la prospection et la démarche clientèle ou encore les informations qualifiées comme telles par la hiérarchie du salarié ou par la direction.

Sont également qualifiées de «très confidentielles» toutes les informations contenant des données personnelles, par exemple agenda, planning… ou encore les informations qualifiées comme telles par une hiérarchie ou par la direction.
Bien évidemment, le meilleur moyen pour se préserver contre les fuites consiste d’abord à sensibiliser les employés sur les précautions à prendre. Rien ne sert de mettre en place des outils technologiques de protection si le personnel ne prend pas conscience de toute cette importance.
De même qu’il faut adapter le discours aux personnes concernées. Chaque métier est exposé différemment aux fuites d’informations. Parfois, des managers qui travaillent sur des dossiers importants ou des ingénieurs qui sont en relation avec un processus de fabrication se mettent facilement à raconter l’état de leurs projets à la première personne. Seule la sensibilisation peut leur faire prendre conscience des risques encourus lors de ces discussions informelles.
Nous mettons également en garde contre les risques liés aux réseaux sociaux et à l’internet. Certaines personnes indiquent les projets pour lesquels elles travaillent, les noms des chefs de projets, les budgets alloués. Elles le font pour donner de la valeur à leur profil sans se rendre compte de l’importance des informations qu’elles diffusent. Là encore, la sensibilisation est primordiale pour prévenir ces maladresses.