Les fondations d’entreprise : entretien avec Omar Benaini Directeur associé du cabinet LMS ORH La présence des PME dans le domaine reste marginale

La culture et la solidarité restent les domaines d’intervention privilégiés des entreprises. Les nouvelles structures témoignent d’une volonté de passer d’une approche de mécénat à  une approche prenant mieux en compte les objectifs des donataires dans le cadre d’une stratégie à  long terme.

Pourquoi créer une fondation? Quelles sont les activités les plus prisées ? Quels enjeux pour les entreprises ? Omar Benaini, directeur associé du cabinet LMS ORH, fait le tour de la question sur les fondements d’une fondation d’entreprise.

Dans quel cadre s’inscrit la création des fondations d’entreprise ?

Cela fait partie de la responsabilité sociale et environnementale et se manifeste dans la stratégie des entreprises à deux niveaux :
y dans leur contribution à des projets d’intérêt public. Ceux-ci s’inscrivent dans le champ de la philanthropie d’entreprise et prennent la forme d’actions de mécénat inscrites de plus en plus dans le cadre d’une fondation.
y dans la conception et la mise en œuvre de processus métiers limitant les impacts de leurs activités sur les parties prenantes directes et indirectes. Au Maroc, nous pouvons constater que les entreprises mécènes sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus généreuses. La pratique la plus répandue est le mécénat en nature, en revanche le mécénat en compétences est encore à ses balbutiements.
On peut distinguer trois types de fondations d’entreprises :
y les fondations citoyennes qui ont un statut d’association à but non lucratif et parfois le statut «de reconnaissance d’utilité publique (R.U.P.)». Elles sont subventionnées par l’organisme créateur (entreprise privée le plus souvent) et parfois des dons privés et/ou publics. Elles œuvrent pour les populations externes à l’entreprise qui les a créées, essentiellement dans le domaine du développement humain : éducation / formation santé / handicap/ Activités génératrices de revenus ( AGR).
y les fondations mécènes qui ont en général un statut d’association à but non lucratif  et sont subventionnées par  l’entreprise et agissent le plus souvent comme sponsor d’évènements culturels, sportifs…
y les fondations d’œuvres sociales s’apparentent aux comités d’entreprise (CE). Elles agissent sur les domaines d’activités profitant directement aux adhérents, salariés de l’entreprise qui les a créées: aides au logement et prêts immobiliers/mutuelle santé/complémentaire retraite…
La culture et la solidarité restent les domaines d’intervention privilégiés des entreprises. Parmi les autres domaines, le sport est un terrain qui intéresse fortement certaines entreprises. Enfin, quelques entreprises ont créé des fondations intervenant également dans le domaine de l’environnement et la recherche. On assiste à un début de structuration de la part des directions d’entreprises, qui se manifeste par l’augmentation de la création de fondations, un élargissement des secteurs d’activité des entreprises fondatrices au-delà des grandes entreprises publiques, des banques, des multinationales et  de quelques grands groupes familiaux, des dotations initiales de plus en plus importantes dès la création des fondations d’entreprise.
Les fondations récemment créées témoignent d’une volonté de passer d’une approche de mécénat qui restait auparavant encore centrée sur la personnalité des donateurs, les goûts personnels des dirigeants mécènes et le court terme, à une approche prenant mieux en compte les objectifs des donataires dans le cadre d’une stratégie à long terme, fondée sur une relation durable entre le donateur et les donataires.
En revanche la présence des PME dans ce domaine reste marginale. De même, on n’observe quasiment pas de développement des fondations «interentreprises».

Pourquoi les entreprises cherchent–elles à créer leur propre fondation ?

Parmi les objectifs prioritaires, il y a la volonté d’ancrer davantage l’entreprise dans son environnement territorial, la volonté de satisfaire des besoins d’intérêt général mal couverts par les services publics, le souhait de rendre plus lisible et cohérente sa politique de mécénat… Pour cela, les entreprises sont de plus en plus amenées à formaliser leur projet de fondation et à le structurer avec des éléments planifiés et chiffrés. Elles éprouvent néanmoins encore des difficultés à mobiliser leurs salariés dans les actions de leur fondation (mécénat ou bénévolat de compétence), à mesurer l’impact des actions et des projets auprès de leurs parties prenantes et à communiquer sur les actions de leur fondation.

Quelles sont les enjeux pour les entreprises ?

La question de la distribution des richesses entre les parties prenantes (actionnaires, clients, fournisseurs, collectivités publiques, salariés) est au cœur des enjeux éthiques de responsabilité sociale des entreprises. En s’engageant dans une stratégie délibérée de philanthropie, les entreprises visent à développer leur reconnaissance :
y en mobilisant leurs salariés autour d’une cause juste et bonne, permettant de renforcer leur sentiment d’appartenance,
y en consolidant et réaffirmant leur identité et donc leur capacité à tenir leurs promesses,
y en valorisant sur des domaines nouveaux, les actifs matériels et immatériels qu’elles mobilisent dans leur cœur de métier,
y en suscitant de la gratitude sous la forme d’une reconnaissance de don qui tisse de nouvelles alliances.

Existe t-il d’autres motivations moins désintéressées ?

Cette stratégie s’inscrit aussi dans un champ de lutte concurrentielle. Il s’agit notamment de la lutte pour rendre socialement acceptables les activités de l’entreprise vis-à-vis des collectivités publiques nationales ou locales, mais aussi des ONG. En particulier les activités polluantes ou à fort impact sur la santé et le bien-être des consommateurs (tabac, alcool…), la fidélisation de la clientèle, la proximité avec les décideurs publics et les leaders d’opinions…

L’entreprise peut-elle communiquer sur ses actions de mécénat ?

On peut distinguer deux grands cas de figure :
y Soit il s’agit d’un enjeu de communication interne. Le fait de communiquer sur les actions soutenues peut avoir pour finalité de fédérer ses collaborateurs autour d’une cause d’intérêt général et de renforcer la fierté d’appartenance à l’entreprise. En affirmant sa volonté d’être et d’agir en entreprise citoyenne, elle peut créer une résonance en interne. A ce titre, cette démarche va de pair avec les problématiques sociales des entreprises posées par leur RSE.
y Soit il s’agit d’un enjeu de communication externe. Le succès d’une entreprise repose en partie sur la perception qu’en ont ses parties prenantes et ses clients. Face à une société de plus en plus demandeuse de valeurs, donner du sens et valoriser ce que l’entreprise fait en termes d’intérêt général est essentiel et il est important que le choix de la cause soutenue soit en cohérence avec le message porté.