Les entreprises qui recrutent directement ne sont pas assez vigilantes

Le cabinet Diorh fait passer aux candidats un entretien téléphonique approfondi avant l’entretien en face-à-face pour vérifier les informations mentionnées sur le CV Des références sont parfois demandées.
Une fausse information sur un CV peut être considérée comme une faute grave après l’embauche.

En matière de CV, il y a ceux qui sont arrangés pour valoriser les parcours et les autres, truqués, où les candidats s’inventent carrément des parcours. Pour limiter les faux, certains cabinets vont jusqu’à multiplier les entretiens et les sources pour s’assurer de la véracité d’un CV. L’exercice n’est pas facile. Explications de Essaïd Bellal, DG du cabinet Diorh.

La Vie éco : Avez-vous souvent rencontré des candidats malhonnêtes ?
Essaid Bellal : Très peu. En trente ans de carrière dans les ressources humaines, j’en ai trouvé deux ou trois. Le premier s’était inventé un parcours, le deuxième avait menti sur ses diplômes alors que le troisième était en train de signer un contrat de travail avec deux entreprises à la fois. Généralement, les fraudeurs au CV payent cher leur malhonnêteté.

Il faut dire que nous avons mis en place un système de sélection très rigoureux. Avant même l’entretien en face-à-face, les candidats passent un entretien téléphonique approfondi. Celui-ci sert à vérifier la véracité des informations communiquées dans les CV. Si nous avons un doute ou constatons des incohérences flagrantes dans un parcours, le candidat est éliminé d’office.

Les candidats doivent par ailleurs remplir un formulaire très détaillé sur leur parcours, décrire les responsabilités assumées au sein de leur ancienne entreprise, les projets ou missions réalisés récemment… Nous allons jusqu’à demander des références. Ce qui déplaît parfois aux candidats, mais c’est obligatoire.

Il faut noter que l’expérience des recruteurs fait qu’ils parviennent à se rendre compte rapidement si le candidat triche ou pas. Nous connaissons assez bien les écoles de la place, le fonctionnement des entreprises pour savoir si les candidats disent la vérité sur leur parcours. Il faut également avoir du flair.

Généralement, il faut distinguer entre le CV arrangé et le CV truqué. Le premier a pour but de valoriser certaines compétences du candidat puisqu’il s’agit de mettre l’accent sur une partie du parcours en relation avec le poste proposé. Dans le second cas, le candidat ment carrément sur ses diplômes, son parcours… Il reste flou sur les dates, certaines compétences sont survalorisées…
Mais les candidats peu scrupuleux savent bien qu’ils seront vite démasqués s’ils passent par un cabinet de recrutement sérieux.

Quelles sont les fraudes les plus courantes ?
Souvent, les candidats restent flous sur les dates. Ils essayent de cacher des périodes d’inactivité. Il y a ensuite les responsabilités ou les postes occupés. Un candidat peut toujours prétendre avoir eu en charge tel ou tel projet alors qu’en fait il n’a eu à conduire qu’une partie du projet. Certains candidats peuvent aller jusqu’à mentir sur leurs diplômes. En d’autres termes, ils mentionnent des diplômes alors qu’en réalité, ce ne sont que des certificats.

Faute de temps ou de moyens, les entreprises ne vérifient pas systématiquement les informations. C’est particulièrement vrai pour les PME. Bon nombre d’entre elles ne demandent même pas au candidat de présenter son diplôme et ne contrôlent que sommairement son niveau de langue.

Mais, dans les grands groupes, notamment ceux qui embauchent chaque année des jeunes diplômés, des précautions sont prises.

Le Code du travail pénalise- t-il les fraudeurs ?
Le Code du travail ne le précise pas clairement. L’employeur assume donc pleinement le risque d’être dupé. Mais une tricherie reste une tricherie et elle peut être parfois considérée comme une faute grave et passible d’un licenciement si le mensonge est avéré.

Arrivez-vous à démasquer les tricheurs ?
Comme je l’ai souligné précédemment, les recruteurs se reposent sur leur savoir-faire et leur instinct pour débusquer les affabulateurs. Les candidats passent plusieurs entretiens avec des responsables RH ou des spécialistes du recrutement pour que soit vérifié leur niveau de compétence. Pour des postes importants, la vérification peut être moins poussée pour préserver une relation de confiance avec les collaborateurs potentiels.

Y a-t-il un profil type du fraudeur ?
Pas vraiment si ce n’est que les candidats menteurs sont souvent ceux qui ne tiennent pas un discours clair sur leur parcours. Certains arrivent à s’en sortir mais pas toujours. Mais, généralement, mentir sur son CV cache souvent des échecs professionnels et même personnels. Lorsque les menteurs se retrouvent au pied du mur lors des entretiens, ils finissent par rétablir la vérité.

Accordez-vous de l’importance à l’authenticité des diplômes ?
Pas toujours. Le diplôme est un critère binaire. On l’a ou on ne l’a pas. En revance, la vérification des expériences est importante. Le diplôme en soi n’est pas important, surtout si la personne a fait ses preuves. Parfois, lorsqu’on parcourt un CV et que l’on constate que la personne a réellement occupé des postes importants ou réalisé des projets intéressants, on se passe du diplôme. De plus, nous évaluons le potentiel de la personne, nous ne la «fliquons» pas.