Les clans en entreprise : Avis de Aziz TAIB, DRH dans une entreprise industrielle

«La présence de clans dans une entreprise est contre-productive».

J’ai connu le phénomène de clanisme lorsque je venais d’intégrer une entreprise industrielle au tout début de ma carrière professionnelle. Le contexte de l’entreprise à l’époque était caractérisé par la présence d’une forte population ouvrière relativement âgée (la moyenne d’âge étant de 45 ans) et majoritairement intérimaire. Malheureusement, l’activité saisonnière nous poussait souvent à ne pas renouveler leur contrat. Ce qui n’était pas du goût de certains. A chaque interruption de contrat, ils n’hésitaient pas à recourir aux représentants syndicaux de l’entreprise ou à des centrales syndicales pour faire pression sur la direction. Pire encore, ce mécontentement avait également pour suite une baisse de la productivité. Ce qui a dégradé sérieusement notre image auprès de la clientèle. La direction ne pouvait pas rester les bras croisés. C’est pourquoi il a fallu disperser cette population dans différents sites. Je pense que tout manager doit rester attentif à ces signaux. Malheureusement, la présence de clans au sein de l’entreprise laisse des effets négatifs à commencer par la rétention d’informations alors qu’aujourd’hui ce sont surtout celles-ci qui font la différence.

C’est une sorte de lutte pour le pouvoir. On marginalise ceux qui ne sont pas assez forts : soit ils sont soumis totalement à un clan, soit ils sont totalement mis à l’écart. Ce qui est contre-productif. Ce comportement  est même très négatif du fait que les intérêts de l’entreprise sont occultés pendant le temps consacré aux querelles intestines.

Un manager doit  surtout éviter d’entrer dans ce jeu. Il doit toujours faire prévaloir l’intérêt de l’entreprise et donner l’exemple à chaque fois.

On trouve par exemple des entreprises qui appartiennent à une personne qui privilégie ouvertement les gens de sa région. Cela peut apporter un plus parce que ces gens-là, qui constituent parfois la majeure partie de l’entreprise, sont soudés… En dehors de ce genre de cas, c’est-à-dire un clan largement fort et déclaré, le phénomène est en général majoritairement négatif. D’abord parce que ça ne permet pas la synergie au sein de l’entreprise sachant que le clan veut souvent dire absence de communication, compétition négative, médisances… Un certain nombre de choses qui entravent la marche normale du travail.

Bref, ce sont des choses que l’on ne peut pas nier. Surtout dans un environnement où la région, le type de formation, les affinités de niveau social ont leur importance. Néanmoins, ces phénomènes s’atténuent du fait que, heureusement, l’ouverture des marchés et la mondialisation ont eu un effet réel : la compétition est devenue internationale, et ainsi c’est la compétence qui fait la différence. En d’autres termes, on privilégie toujours un peu, bien sûr, les membres du clan, à condition qu’ils aient des compétences.