Les avantages sociaux : Entretien avec Houcine Berbou, DG du cabinet Academus B&M

Les avantages sociaux peuvent être structurés en plusieurs niveaux : salaire différé, avantages occasionnels et avantages sociaux généralisés. La demande est généralement exprimée par le personnel à travers ses représentants.

Houcine-BerbouQuels sont les avantages sociaux les plus courants ? Quel est l’impact de ces avantages sur le climat social ? Comment se fait leur sélection ? Eléments de réponse de Houcine Berbou, DG du cabinet Academus Business & Management.

Les entreprises donnent-elles de l’importance aux avantages sociaux ?

D’abord, il est important d’avoir une définition précise ou en tout cas partagée de ce que l’on veut dire par avantages sociaux. Ainsi, les avantages sociaux peuvent être structurés en plusieurs niveaux:

le salaire différé : la retraite complémentaire, les stocks-options… ; 

les avantages occasionnels: primes (pèlerinage, Aid Al Adha, prime de scolarité des enfants, prime d’Achoura…);

les avantages sociaux généralisés (chalets d’estivage, tarifs préférentiels dans les hôtels, taux de crédit subventionnés, activités socio-culturelles…).

Concernant la première catégorie, certaines entreprises privées (BMCE Bank, BCP…) ou publiques (2M, ADM, ANP…) mettent en place un certain nombre de mécanismes permettant aux personnes qui le souhaitent (généralement les cadres) de souscrire une retraite complémentaire (RECORE ou CIMR) avec prise en charge totale ou partielle de la cotisation par l’entreprise. La démarche est donc institutionnelle et orientée vers une catégorie du personnel. La souscription est volontariste et laissée au libre choix du salarié. C’est le cas également pour la souscription aux actions (stocks-options).

Pour les avantages occasionnels, ils sont donnés généralement pour faire valoir les valeurs de solidarité et de justice sociale. Par exemple, le montant de l’indemnité de l’Aid Al Adha, octroyé selon les cas, soit à l’ensemble du personnel soit à une catégorie particulière (les non-cadres par exemple), est le même pour tout le monde (entre 800 et 2000 DH). Le montant n’est indexé ni sur le salaire ni sur le statut du salarié. La prime de scolarité est attribuée aux non-cadres qui ont des enfants scolarisés.

Enfin, la troisième catégorie est octroyée à tout le monde avec des packs différents en fonction des catégories :

Pour l’estivage et la subvention des tarifs des hôtels par exemple, la SMT (ex-Régie des Tabacs) réserve des villas pour les managers et les appartements de moyen standing pour les agents. Aussi, certains sites sont exclusifs aux managers. Pour les hôtels par exemple, les cadres et managers sont subventionnés pour des séjours dans des hôtels 4 et 5* alors que les agents le sont dans des hôtels de 3* et moins.

En définitive, il est important de signaler qu’il y a au moins trois paramètres qui font qu’une entreprise accorde ou non des avantages sociaux (complémentaires au salaire numéraire) à son personnel.

D’abord la taille. Les grandes entreprises ont tendance à accorder les trois familles d’avantages préalablement cités, alors que les PME se limitent plutôt à la deuxième catégorie.

On a ensuite le statut juridique (privé ou public). Les entreprises publiques sont plus enclines à accorder les catégories de types 2 et 3.

Enfin, il y a la structure catégorielle du personnel. Les entreprises où la proportion des agents est dominante ont tendance à accorder les catégories 2 et 3 (notamment l’organisation des activités socio-culturelles, en l’occurrence les colonies de vacances, les excursions…)

Par ailleurs, dans un contexte de crise ou lorsque les possibilités d’augmentation des salaires sont limitées, les entreprises se rabattent sur les avantages sociaux qui ont un caractère ponctuel et non obligatoire. D’ailleurs, dans l’administration publique, l’avantage social est considéré comme un véritable complément de salaire au regard du caractère verrouillé de la grille salariale.

Quels sont les plus courants et quels sont les plus innovants?

Comme signalé plus haut, les primes ponctuelles sont les plus courantes, notamment les primes d’Aid Al Adha, primes d’Achoura, de scolarité, de pèlerinage/Omra. Il y a aussi les colonies de vacances pour les enfants, les excursions en groupes pour les agents, la prise en charge des formations certifiantes ou diplômantes, la retraite complémentaire et les subventions des taux de crédit.

Parmi les plus récents, on trouve la participation au capital (stock-options), le plan d’épargne, les cadeaux pour les femmes à l’occasion de la Saint-Valentin ou la Journée mondiale de la femme, les teams-building à caractère social, la prise en charge des frais d’adhésion aux salles de sport, conservatoire de musique…

Et le plan épargne entreprise?

Les pionnières dans le domaine sont les banques, les multinationales et les sociétés de services adossées à des groupes multinationaux. Il faut également relever que la pratique des plans d’épargne est encore mitigée au Maroc, car les mécanismes institutionnels qui devraient encourager ce genre de pratiques sont absents, notamment les abattements fiscaux.

Quel est l’impact de telles actions sur le climat social des entreprises ?

L’impact est très important, surtout quand il s’agit de la masse. Ainsi, auprès de la catégorie des Smigards, la prime d’Aid Al Adha ou Achoura permet de mobiliser les agents autour des projets de l’institution au-delà de ce que peut faire une augmentation salariale car ces dernières sont généralement très faibles en valeur absolue. Ainsi, une prime d’Aid Al Adha de 1 000 DH rapportée à un salaire de 3 000 DH représente le tiers de ce dernier.

Dans une étude récente qui a été menée par un cabinet de la place auprès du personnel du secteur public, il ressort que la première attente exprimée par le personnel quant aux améliorations à apporter pour qu’ils soient davantage impliqués dans la réalisation de la mission de leur institution est la création d’une fondation des œuvres sociales (quand celle-ci n’existe pas). L’impact est aussi très important auprès des entreprises industrielles ou commerciales qui mettent à la disposition de leurs personnels des services de transport ou de cantine.

Les avantages sont en général nombreux. Qui décide du choix ? Le top management ? Les partenaires sociaux ?…

Le cas de figure le plus fréquent est que la demande est généralement exprimée par le personnel à travers ses représentants. Mais la décision peut émaner du top management :

à l’issue de résultats financiers probants et soutenus sur plusieurs années. Cela peut s’inscrire dans la batterie des actions de motivation collective que l’entreprise peut actionner pour garder le trend positif,

à l’occasion d’un changement du management, et ce, pour marquer les premiers points positifs auprès du personnel ;

à la suite d’un climat social défavorable dû à des revendications salariales et qui inciterait le top-management à dénouer la crise en dehors des augmentations des salaires.

Quelles sont généralement les plus généreuses, les entreprises du privé ou celles du public ?

Les entreprises publiques sont en général plus généreuses. Les budgets alloués aux fondations des œuvres sociales sont conséquents; quelques centaines de millions de DH pour le ministère de la justice par exemple ou à la Fondation Mohammed VI pour le personnel de l’autorité ou de l’enseignement. Les budgets sont également très importants auprès des grands groupes bancaires : BMCE, Banque Populaire, Crédit Agricole. Aussi, la politique sociale de l’OCP ou de la RAM se chiffre en milliards.

Quid des PME ?

Comme je le signalais plus haut, les avantages accordés par les PME sont de type 2 (prime d’Aid Al Adha, frais de scolarité…). Ceci est dû à la faiblesse des budgets alloués à cela et au caractère volatil des résultats.