L’entreprise familiale a souvent du mal à  survivre à  son fondateur

Beaucoup de chefs d’entreprises ne se préparent pas à  temps à  l’éventualité de céder ou transmettre le commandement. Les entreprises familiales qui réussissent sont celles dont les membres sont complémentaires.

Beaucoup de patrons d’entreprises familiales préparent mal ou pas du tout leur départ. Faute de successeurs ou d’un repreneur avisé, l’affaire finit souvent par péricliter. Les explications de Zakaria Fahim, expert-comptable et Dg du cabinet BDO Asmoun.

Qu’est-ce qui caractérise une entreprise familiale ?

Une entreprise dite familiale est une entreprise qui est gérée par des membres d’une même famille. Elle devient familiale au bout de la deuxième génération, c’est-à-dire lorsque l’entreprise est gérée avec la collaboration des membres de la famille, souvent les fils, dans la perspective d’une succession.
Les PME marocaines, de façon générale, connaissent un déficit en matière de transmission parce que l’identification du bon repreneur reste difficilement opérable. Il y a toujours le côté psychologique qui joue parce que le cédant cherche toujours un clone pour pouvoir lui transmettre son entreprise.

Vous avez justement lancé un baromètre de la transmission d’entreprises, quel constat tirez-vous de cette étude ?

Le premier baromètre de la transmission d’entreprises a été réalisé par l’Agence nationale pour la promotion de la petite et moyenne entreprise (ANPME), en collaboration avec les cabinets BDO et C&O marketing, avec l’appui du ministère de l’économie et des finances, et la contribution d’Inforisk. Son but était de dresser un état des lieux de la transmission au Maroc et d’apporter des réflexions sur la manière de pérenniser le cycle de vie de l’entreprise en lui assurant une transition réussie. Ce baromètre a été construit à travers l’analyse des  dirigeants et des experts. Ainsi, une étude quantitative nationale auprès de 120 entreprises dont 58 familiales et un benchmark réalisé auprès de 15 experts à l’international et de 8 experts nationaux ont été effectués pour la réalisation de ce baromètre.
Pour ainsi dire, la transmission d’entreprises reste un processus peu connu et mal appréhendé au Maroc. Il faut entendre par transmission la cession de la propriété de l’entreprise, c’est-à-dire le pouvoir décisionnel et/ou managérial.
Malheureusement, combien de PME disparaissent chaque année faute d’avoir trouvé un repreneur ? En réalité, une bonne partie des dépôts de bilan ont pour origine une succession mal réglée, mettant en cause des centaines d’entreprises et des milliers d’emplois.
La transmission est mal appréhendée au point que les dirigeants préfèrent transmettre leurs activités à des proches, en construisant un montage associant une donation-partage et l’instauration d’une holding familiale, même si ces derniers n’ont pas toujours les capacités nécessaires et suffisantes pour les diriger ; ce qui peut remettre en cause la pérennité de l’entreprise. Tout comme ils se trouvent parfois confrontés à la vente forcée.
Il faut dire que le Maroc dispose d’un fort marché potentiel d’entreprises transmissibles, mais ce vivier demeure mal exploité, d’où la nécessité de revoir les rouages de fonctionnement du processus de transmissions d’entreprises.

Quels en sont les principaux freins à la transmission d’entreprise ?

Il y a le frein psychologique mais aussi d’autres d’ordre juridique et fiscal. La plupart des chefs d’entreprise ne préparent pas ou mal leur succession. Parfois, les raisons psychologiques les incitent même à retarder la transmission au-delà de l’échéance normale.
Les conséquences du manque de préparation des dirigeants, conjuguées à des lois complexes et au poids de la fiscalité, sont loin d’être négligeables sur le plan économique. Les mauvaises transmissions sont à l’origine d’un nombre appréciable de défaillances d’entreprises. De nombreuses affaires disparaissent chaque année faute d’avoir trouvé un successeur. Pourtant, ces entreprises ne peuvent jouer avec la vie de leur personnel.
C’est pourquoi l’avis d’un expert est souvent indispensable pour trouver toutes les solutions possibles. Au sein du cabinet BDO, on s’est positionné comme spécialistes de la transmission d’entreprise depuis quelques années. On propose une assistance ainsi qu’un accompagnement personnalisé pour tout dirigeant qui veut transmettre son entreprise.

Comment un consultant pourrait-il aider un dirigeant à se préparer à une éventuelle cession ?

D’abord il faut évaluer l’état de son patrimoine, voir avec lui ce qui peut être légué, voir aussi en cas de partenariat comment monter une holding ou s’entourer de nouveaux actionnaires. Cela passe aussi par des séminaires de formation sur la transmission d’entreprises ciblant les futurs repreneurs et cédants.

Y a-t-il un statut juridique plus prisé que d’autres par les entreprises familiales ?

La plupart d’entre elles optent pour la forme SARL pour sa simplicité mais aussi pour un souci de contrôle. Même quand elles passent à un statut de société anonyme, elles se trouvent confrontées à une problématique de minorité de blocage. Encore une fois, ces entreprises veulent une large liberté au niveau du processus décisionnel.  

Une entreprise familiale peut-elle être gérée de façon rationnelle ?

Ce serait l’idéal. D’ailleurs, les entreprises familiales qui réussissent sont celles dont les membres sont complémentaires. Elles doivent aussi leur réussite grâce à l’initiation des jeunes à l’esprit entrepreunarial.