L’entreprise doit veiller à  l’équité entre générations

La Vie éco : Pourquoi les cadres seniors n’ont plus la cote dans les entreprises ?
Jean Marie Peretti : Les cadres seniors souffrent d’une dévalorisation des compétences liée à l’âge au profit de celles que la jeunesse est censée incarner : le dynamisme, la créativité, l’innovation… A tort, les entreprises sous-estiment les atouts des seniors, leur expertise, leur expérience, leur connaissance de l’entreprise, des clients et du métier. Parfois, les cadres seniors ont contribué à cette dégradation de leur image en se désengageant de leur travail, en laissant la porte ouverte aux ambitions de leurs cadets.

Dans votre ouvrage «Les seniors dans l’entreprise», vous mettez l’accent sur l’importance de cette population qu’il va falloir apprendre à gérer, manager et motiver. Comment s’y prendre ?
Les cadres seniors constituent un formidable réservoir de compétences et, par leur attachement à l’entreprise, leur loyauté et leur fidélité sont une composante-clé du capital humain de l’entreprise. L’entreprise doit éviter toute discrimination source de démotivation des seniors. Le désengagement des seniors atteints du «sentiment de fin de vie professionnelle» est un risque qu’une gestion équilibrée des âges permet d’éviter. L’entreprise doit veiller à l’équité entre générations. Donner une égalité de chances aux seniors et aux juniors est essentiel. Il faut veiller à offrir aux anciens des perspectives et de la reconnaissance.

Comment les seniors, de leur côté, doivent-ils procéder, pour mieux se vendre au sein de l’entreprise ?
Les seniors doivent éviter trois écueils : donner le sentiment de n’avoir ni envie ni capacité à changer d’emploi, relever de nouveaux défis, ne pas renouveler son portefeuille de compétences, notamment managériales, en ne demandant pas de formation et, enfin, ne pas travailler son image afin d’apparaître comme un homme d’avenir. Savoir comment on est perçu et gommer les traits dévalorisants est essentiel.

Y a-t-il un risque à rajeunir profondément un effectif ?
C’est dangereux dans plusieurs cas. D’abord, lorsque les clients ou les partenaires sont des seniors, le remplacement de leur interlocuteur habituel par un jeune peut réduire leur degré de confiance. La perte de capital commercial lorsque le personnel en contact s’en va peut être coûteuse pour l’entreprise.
Ensuite, les juniors peuvent avoir des comportements différents et remettre en cause l’organisation de l’entreprise. Recruter massivement des jeunes peut être source de désillusion.
Enfin, la façon dont l’entreprise traite les seniors est interprétée par les jeunes comme significative du respect qui leur sera témoigné lorsque, à leur tour, ils seront âgés.

Jean marie peretti
Professeur à l’ESSEC et à l’IAE de l’université de Corte, France