L’entrepreneur doit porter son rêve et oser aller jusqu’au bout

Il est nécessaire de rompre son isolement et de partager avec d’autres jeunes dirigeants des préoccupations semblables.
Il n’y a pas de secteur à  éviter, il faut flairer les opportunités et apporter l’innovation.
Une enquête du Centre des jeunes dirigeants (CJD) révèle que les deux tiers des créateurs d’entreprises sont titulaires d’un diplôme équivalent au Bac+2 ou plus.

Par peur de l’échec, beaucoup de jeunes préfèrent chercher un emploi salarié au lieu de tenter leurs chances en se mettant à leur compte. Le manque d’accompagnement, les problèmes de financement ou, tout simplement, l’inexistence de la culture d’entrepreunariat en sont les causes. A écouter Abdelali Fahim, président du Centre des Jeunes Dirigeants (CJD) Maroc et DG de la société informatique Intellia, il est pourtant possible de surmonter les obstacles en s’appuyant sur des organismes comme les CRI, l’Anapec, l’ANPME, le CJD… Mais il faut surtout sortir de son isolement et développer la confiance en soi.

Quelle est la mission du CJD Maroc ?
Devenir membre du CJD, c’est avant tout rompre son isolement et partager avec d’autres jeunes dirigeants des préoccupations semblables. C’est aussi échanger en toute confidentialité sur des problématiques d’entreprise, s’enrichir du regard des autres et profiter de toute la richesse d’un réseau convivial. C’est enfin et surtout se mettre en dynamique pour améliorer sa performance et celle de son entreprise. Pour cela, au CJD, nous proposons à chacun de réfléchir pour prendre du recul et anticiper, se former pour progresser, expérimenter pour innover, s’engager pour influencer. Nous œuvrons pour que nos entreprises soient performantes économiquement, socialement et sociétalement.

Combien d’entreprises crée-t-on au Maroc chaque année?
Les données fiables et globales manquent cruellement. Néanmoins, des chiffres sont disponibles auprès du CRI et de l’OMPIC. Il faut savoir qu’une bonne partie d’entreprises se créent en dehors du canal CRI. Prenons le cas de Casablanca, depuis août 2002, 22 925 entreprises ont vu le jour à travers le CRI du Grand Casablanca. Par ailleurs, 5 744 entreprises ont été créées du 1er janvier  au 31 décembre 2008, ce qui traduit une hausse de 7,52% par rapport à la même période de l’année 2007. Le Maroc a enregistré une augmentation de 20% en termes d’entreprises créées entre 2003 et 2007. Qu’est-ce qui se concrétise réellement? Qu’est-ce qui se développe ? Quelle qualité de développement ? Autant de questions à satisfaire par un observatoire qui doit être indépendant.

Qui sont ces créateurs d’entreprises ?
Selon une étude du CJD qui sera présentée début juin prochain, un peu plus du 1/5e sont des femmes, l’âge moyen est de 34 ans, 70% des créateurs ont un Bac+2 ou plus.  

Le Maroc est-il bien placé en matière de création d’entreprise ?
Le rapport Doing Business de la Banque mondiale classe en 2009 le Maroc 62e/128 (contre 54 en 2008). L’essentiel est que le Maroc a compris l’intérêt de ce type de classement et qu’il travaille sur l’amélioration des points névralgiques. Cela dit, ce classement prend en considération les procédures et non la capacité des Marocains à créer des entreprises où l’aspect éducation/enseignement est au cœur de la problématique.

Quels sont les secteurs porteurs et ceux à éviter ?
Nous pouvons nous référer sur le plan national au Pacte national pour l’émergence industrielle qui met en valeur des métiers comme l’automobile, l’offshoring, l’électronique, l’aéronautique, l’agroalimentaire ou le textile. Je préfère plutôt parler des stratégies locales et régionales. Les régions doivent être le catalyseur en créant les conditions favorables à la création dans les secteurs porteurs locaux. On peut citer, à titre d’exemple, l’offshoring à Casablanca, le tourisme rural et l’agroalimentaire à Tadla-Azilal ou encore la pêche à Agadir. Je ne pense pas qu’un secteur est à éviter mais plutôt éviter les créneaux dans ce même secteur qui sont moroses et surtout apporter de l’innovation. Il faut flairer les opportunités.

Dans un contexte de crise économique, l’environnement est-il propice à la création d’entreprise?
C’est dans le chaos que l’on trouve le plus d’opportunités. La crise est un terrain favorable à la création. Nous avons une économie qui n’est pas touchée de plein fouet.

Où trouver de l’information fiable pour lancer son projet  (conseils, aides, financements, etc.) ?
Il n’y a pas de site de référence mais beaucoup d’organismes disposent d’informations fiables. On peut citer les CRI, l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi et des  compétences (ANAPEC), les Chambres de commerce, d’industrie et des services (CCIS), l’Agence nationale pour la promotion de la PME (ANPME)), la Caisse centrale de garantie (CCG), le CJD (Centre des jeunes dirigeants)… Certains organismes vont jusqu’à l’accompagnement pré-création et postcréation. Notre association a lancé un programme d’accompagnement selon une méthodologie approuvée. Ella a par ailleurs édité des outils. A titre d’exemple,  le téléchargement depuis le site du CJD du guide du jeune créateur d’entreprise ou encore du «Certificat du jeune qui démarre». Le Maroc manque toutefois de capitalisation des expériences des différents acteurs pour un déploiement national.

Que conseillerez-vous à un futur entrepreneur ?
Développer les comportements de l’entrepreneur à savoir : esprit d’initiative et recherche d’opportunités, prise de risque, recherche permanente de qualité et d’efficacité, respect des engagements, capacité de recherche d’information, définition des objectifs à court et à long terme, planification et suivi systématique, persuasion et développement de réseau, indépendance et confiance en soi.
L’entrepreneur doit porter son rêve, doit oser aller jusqu’au bout avec une confiance en soi. Selon les lois de l’aérodynamique, il a été établi que le bourdon ne peut pas voler. Sa tête est trop grande et ses ailes trop petites pour soutenir son corps. Mais personne ne l’a dit au bourdon. Et il vole.

Y a-t-il des villes incontournables pour la création d’entreprise ?
Toutes les villes doivent être incontournables. Casablanca, Rabat, Tanger, suivies de Marrakech, Agadir, Fès et Oujda sont celles qui connaissent le plus de création. Les villes incontournables, ce sont celles qui disposent d’une vision et d’une stratégie régionale accompagnées d’outils de marketing et de communication efficaces.

De nombreux jeunes entrepreneurs placent en tête des freins à la création les difficultés d’accès au financement. Selon vous, s’agit-il de la principale difficulté ?

Il est cité effectivement par les créateurs en tant qu’obstacle. D’autres freins sont autant sinon plus importants :
– le manque de préparation en amont ;
– l’inadéquation du profil des créateurs aux exigences du projet : ouverture d’esprit, esprit d’entreprise, aptitudes de persévérance ;
– manque de créativité et d’innovation ;
– manque de formation au management ;
– insuffisance des infrastructures d’accueil et de soutien pour les créateurs;
– accompagnement post-création insuffisant en durée et en qualité.  
Les mêmes problémes se posent sous d’autres cieux. A cet égard, citons le constat de la direction générale entreprises de la Commission européenne (2003) : «le taux de survie dépend de l’intensité et de la qualité des services de soutien…», «le taux de disparition des nouvelles pousses de 40 à 60% peut tomber jusqu’à 5 à 7% pour des entreprises bénéficiant de prêts bancaires, garanties et services d’accompagnement en amont et en aval de la création».