Le travail et les émotions font-ils bon ménage ?

Les émotions sont en rapport étroit et permanent avec nos décisions et nos actions et agissent sur nos comportements quotidiens. Il n’y a pas de bonnes ou mauvaises émotions, toutes sont nécessaires pour faire passer un message.

Nous avons du mal à parler des émotions, du moins d’une manière rationnelle. Pourtant, à chaque instant de notre vie, y compris de notre vie professionnelle, nous éprouvons une foule d’émotions qui déterminent notre état psychologique, nos réactions, nos décisions et même notre santé en général. Dans le langage courant, les émotions sont associées au manque de maîtrise de soi et par là même impactent négativement notre image professionnelle. Quelqu’un qualifié d’émotionnel serait alors fragile, impulsif, exalté, imprévisible, etc. De plus, celui qui montre ses émotions en public sans aucune retenue dévoile ses pensées et est considéré comme un interlocuteur candide et donc pas sérieux. Tout ceci est un raccourci, un amalgame des idées reçues (pour ne pas dire les stéréotypes) et de la pure ignorance du domaine émotionnel chez l’Homme. Disons-le ouvertement : à part les cas des pathologies psychiques graves, il n’existe pas de personne qui n’éprouve pas d’émotions. Par contre, il en existe une grande partie qui est partiellement ou totalement inconsciente et coupée de ses propres émotions, sans parler de celles des autres. Et cette différence s’avère cruciale aux résultats, car les émotions déterminent la réussite relationnelle, la capacité de convaincre et de négocier.

Le plus souvent, les gens distinguent les émotions «positives» et «négatives». Or, il serait plus juste de dire : «agréables» et «désagréables» parce que toute émotion est porteuse d’informations précieuses et n’est pas négative en soi. Celles que nous appelons couramment «négatives» surgissent et sont d’autant plus intenses, lorsque nos valeurs profondes sont bafouées. Plus les valeurs sont importantes pour nous, et plus l’émotion ressentie sera forte. Ainsi, quelqu’un qui est très attaché à la justice sera mal à l’aise face à une injustice ; celui pour qui la sincérité est importante sera outré face au mensonge ; celui qui adore l’intelligence sera hors de lui devant la bêtise ; le partisan inconditionnel de la bonté ne comprendra pas le vice et la méchanceté gratuite ou la médisance.

Les émotions dites «primaires» (celles qui sont à l’origine de la survie et de l’évolution de l’espèce humaine), qui font le plus de dégâts dans le monde professionnel, sont la colère et la peur. La première peut rendre l’ambiance invivable, même si elle est justifiée. Les explosions de colère incontrôlées témoignent également du manque de maîtrise de soi, et, interprétées ainsi, peuvent freiner la carrière d’une personne même si elle est objectivement reconnue comme compétente dans son domaine. De plus, les collaborateurs et collègues ayant subi ou assisté à une crise de colère développent souvent le sentiment de peur qui les empêche de faire librement part de leurs initiatives, ce qui impacte négativement la créativité des équipes et la bonne communication, sans parler des phénomènes plus complexes et durables comme par exemple le stress professionnel et le burn-out. Au travail, les émotions sont aussi à la source de la motivation et du bien-être. Ainsi, les notions de challenge, dépassement de soi, fierté de la réussite, joie de la reconnaissance, excitation de la découverte sont communes au contexte professionnel propre à la gestion des équipes et des projets. Et là encore, les autres émotions de type primaire s’avèrent présentes : la surprise et la joie.

Exprimer ses émotions facilite la communication

Le premier exemple classique de l’importance des émotions positives au travail que je rencontre régulièrement dans ma pratique de coach est celui de la reconnaissance et de la valorisation personnelle. Souvent, la gratification de ce type est égale ou même plus importante que la rétribution financière, bien sûr, à condition que les besoins matériels de base soient déjà satisfaits. Entendre les félicitations sincères et avoir une vision d’avenir agréable (plan de carrière) n’a pas de prix et contribue à la cohésion des équipes mieux que n’importe quelle prime de circonstance. Par contre, l’absence relationnelle peut miner l’ambiance et démotiver les gens, même si objectivement ils sont bien rémunérés et travaillent dans de bonnes conditions matérielles.

Un autre exemple où les émotions apparaissent au premier plan est celui du plus grand mal des temps modernes : le stress, qui est défini par un ensemble de différentes émotions désagréables (inquiétude, confusion, insatisfaction, frustration, peur, tristesse, etc.) et qui a des répercussions plus ou moins importantes sur notre vie sociale, professionnelle, personnelle et sur notre santé psychique et physique. L’analyse rationnelle, l’identification précise et la compréhension de ses émotions composantes permettent de gérer le stress efficacement et d’en réduire les retombées négatives.
Le plus souvent, le stress apparaît dans notre vie lorsque nous estimons que nous ne disposons pas de ressources suffisantes pour accomplir les missions qui nous sont assignées. Ce constat crucial contient trois composantes essentielles : les ressources, les objectifs et notre évaluation subjective de la situation. Si nous réussissons à démêler ces trois fils, nous aurons une réponse claire quant à la source de notre stress et de là nous ouvrirons la voie vers l’amélioration de notre bien-être. L’étape suivante, c’est passer à l’action : prendre des décisions concrètes et agir sur le terrain.

Nous pouvons nous en sortir à condition d’agir d’une manière consciente et méthodique, en reconnaissant nos craintes et en y réfléchissant clairement. Le plus important, c’est de le faire le plus tôt possible afin de ne pas permettre aux automatismes émotionnels et aux pensées négatives de s’installer. Mais pour cela, il nous faut être conscients de nos émotions, savoir les nommer avec précision et -si nécessaire- trouver une oreille bienveillante, neutre et professionnelle pour nous donner le feed-back rationnel et constructif.