Le processus de recrutement d’un haut cadre est long et coûteux

Les multinationales préfèrent des cabinets étrangers quand elles recherchent de hauts cadres.
Les projets de l’entreprise mais aussi sa notoriété et celle de ses dirigeants sont déterminants pour convaincre un prospect.
Les réseaux sociaux seront de plus en plus importants pour la recherche d’un bon profil.

La chasse de têtes est un métier qui se développe au Maroc, même si les entreprises préfèrent encore chercher elles-mêmes les cadres dont elles ont besoin pour des raisons de loyauté. Ce constat est de Essaid Bellal, le DG du cabinet Diorh qui réussit à placer entre 20 et 30 cadres de haut niveau par an. A l’en croire, l’activité sera plus intéressante dans les prochaines années compte tenu de la raréfaction des bons profils.

Y a-t-il une différence entre le recrutement d’un cadre dirigeant et celui d’un collaborateur normal ?
Il faut d’abord souligner que depuis quelques années, la chasse de têtes s’est intensifiée à cause de la rareté des profils. Et pour répondre à votre question, je dirais qu’il y a une différence parce que le processus de recrutement d’un manager est généralement plus long et plus coûteux. Dans notre démarche, nous identifions les cibles possibles  puis nous organisons une liste des cadres dirigeants potentiellement intéressants pour le poste à pourvoir. Ce qui est important, c’est qu’on n’est pas sûr à 100% que les candidats vont jouer le jeu parce qu’ils sont déjà en poste et ils ne pensent pas nécessairement à changer d’entreprise. Il y en a ceux qui refusent dès le départ et d’autres qui préfèrent examiner les propositions. En tout cas, tout le monde préfère que la procédure se passe dans la discrétion la plus totale, de peur d’être grillé.

On dit aussi que les entreprises passent rarement par les cabinets pour recruter leurs cadres dirigeants et qu’elles préfèrent le réseautage, pourquoi ?
Tout à fait, même si on constate qu’elles le font de moins en moins. Elles le font parce qu’elles cherchent des personnes loyales surtout pour des postes de comité de direction. Donc, elles cherchent d’abord autour d’elles.
Pour les multinationales, les dirigeants sont généralement recrutés en interne. Et quand elles passent par des cabinets, elles s’adressent généralement à des cabinets étrangers. Ce qui est mauvais parfois, parce que ces cabinets connaissent rarement le marché marocain. Cela dit, comme je l’ai souligné précédemment, les entreprises veulent éviter les erreurs de recrutement car elles coûtent cher surtout pour des postes de direction. Il faut dire aussi qu’il est de plus en plus difficile d’évaluer une compétence mais aussi de l’avoir. C’est pourquoi elles s’adressent à des chasseurs de têtes qui ont toute l’expertise adéquate.

Combien arrivez-vous à en placer en moyenne par année ?

En moyenne, nous arrivons à placer entre 20 et 30 candidats au top management par an. Le processus de recrutement varie entre six et dix semaines pour des cas difficiles. Il faut dire qu’il faut savoir aussi les motiver pour changer d’entreprise car, généralement, ils ont des postes de responsabilité. Par conséquent, il faut rendre le poste attractif, c’est-à-dire leur confier des projets d’envergure et leur proposer une rémunération à la hauteur de leurs responsabilités. Toutefois, il n’y a pas que le salaire qui compte. Il y a aussi le plan de carrière, les avantages en nature, les projets de l’entreprise mais aussi sa notoriété et la notoriété de ses dirigeants. Souvent, ce dernier paramètre est un facteur déterminant d’acceptation ou de refus de la part des candidats.

Pensez-vous qu’avec la rareté des profils la chasse de têtes deviendra de plus en plus difficile ?
Tout à fait ! Actuellement, le pays connaît toujours une croissance positive. A court et moyen terme, c’est-à-dire dans les cinq années à venir, il sera de plus en plus difficile de trouver les bonnes personnes. Peut-être qu’il faudra penser à de nouvelles approches de recherche. Aujourd’hui, les sites associatifs sont de plus en plus utilisés pour les recrutements à l’international et je pense qu’il faudra ne pas négliger toutes les possibilités qu’ils offrent.