Le physique : ils en jouent, ils en souffrent, ils en parlent…

Moustafa,
agent administratif dans une compagnie de transport aérien
«Même pour demander l’heure, on choisit des gens beaux !»
«J’ai travaillé dans quelques petites entreprises au Maroc et, là, que tu sois beau ou moche, tu restes dans ton coin. Tu n’évolues pas. Les choses sont différentes, sans doute, dans une grande entreprise. Dans notre entreprise, par exemple, le physique est même, pour certains métiers, une condition indispensable. Les hôtesses de l’air et d’accueil comme les stewards sont toujours beaux. Lorsqu’on croise une hôtesse moins belle, on peut être sûr que ce n’est qu’une stagiaire et qu’elle ne sera pas embauchée ! Je me souviens d’un concours organisé par l’entreprise pour recruter des hôtesses. Plusieurs avaient été recalées. Je les voyais alors rentrer en bus, souvent en pleurs. Elles étaient toutes moins belles que celles qui avaient été acceptées et ce n’est certainement pas un hasard. Evidemment, le physique est important et partout. Même pour demander l’heure, on choisit des gens beaux !».

Sabrina,
agent de voyages
«Je joue la belle potiche pendant que ma collègue fait le travail»
«Je ne suis pas vraiment sûre que mon physique – plutôt agréable – m’a beaucoup servie professionnellement. J’ai été recrutée en même temps qu’une fille «pas terrible». Elle est enfermée dans un bureau, personne ne la «calque». Nous sommes censées occuper les mêmes fonctions mais, en réalité, ma collègue fait seule tout le travail. Moi, je joue la belle potiche, j’apporte les cafés, je fais les photocopies, je dois être visible partout. J’ai l’impression d’être une cloche sous-employée et de faire de la figuration. Je me demande si ce n’est pas pire.»

Franckie,
manager d’un salon de coiffure et institut de beauté
«Les hommes prennent de plus en plus soin d’eux-mêmes»
«Les hommes marocains ont toujours su prendre soin de leur peau, de leur corps. Aujourd’hui plus que jamais. Ils viennent se faire teindre les cheveux, les sourcils, demandent des gommages, des soins du corps, des séances de manucure ou passent au «tan-center», un appareil qui leur pulvérise uniformément de l’autobronzant, et qui cartonne en ce moment. Depuis quelques années, ils assument aussi beaucoup plus facilement leur part de féminité, sans d’ailleurs se justifier ou évoquer des raisons professionnelles. Dans notre institut, exclusivement réservé aux hommes, tous les après-midis nous voyons un peu tous les corps de métier.»

Sofia,
journaliste mode
«Ils recherchaient l’attachée de presse sexy…»
«Les femmes aux postes de direction ne recrutent pas forcément de plus jolies filles qu’elles ! Je l’ai souvent constaté. J’ai ainsi été écartée d’un poste sur une chaîne de TV. L’animatrice – c’était clair – ne cherchait que des faire-valoir. Elle craignait plus que tout qu’on lui fasse de l’ombre. Pour le reste, mon physique m’a plutôt servie. J’ai même pu observer, à certains postes, que seul le physique importait. Certaines boîtes, par exemple, cherchent davantage à retrouver l’image fantasmatique de l’attachée de presse sexy que la personne réellement compétente…»