Le mal-être au travail s’accroît dans l’indifférence

Les conditions de travail, le mode de management mais aussi le comportement individuel sont à  l’origine du mal. Sur le plan individuel, la peur, l’ignorance et le manque de confiance entretiennent le cercle vicieux stress-souffrance.

Les problèmes de santé mentale au travail sont en augmentation et touchent 20% des salariés au sein des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). C’est ce qui est souligné dans le dernier rapport de l’organisation rendu public il y a une année. D’après cette enquête, baptisée «Mal-être au travail ? Mythes et réalités sur la santé mentale et l’emploi», un travailleur sur cinq souffre de troubles mentaux, comme la dépression ou l’anxiété, et beaucoup peinent à s’en sortir dans les 34 pays de la zone. L’OCDE affirme que la proportion de travailleurs exposés au stress ou à des tensions sur leur lieu de travail a augmenté dans l’ensemble des pays de la zone au cours de la dernière décennie.
Au Maroc, faute d’avoir un baromètre sur la santé au travail, c’est le silence total. Pourtant, le monde du travail est ici comme ailleurs exposé à ce type de problèmes. Ahmed Al Motamassik, sociologue d’entreprise, assure qu’«il est important d’améliorer la qualité de travail des collaborateurs, l’efficacité en termes de communication et surtout de s’appuyer sur la capacité des gens à travailler en collectivité et améliorer la qualité de vie en collectivité».
Mohssine Benzakour, psychosociologue, abonde dans le même sens. A son avis, le management doit favoriser «le développement d’une vision partagée, mettre en œuvre et en vie des valeurs communes…, réhabiliter la personne humaine au cœur des organisations».

La solution est aussi individuelle. Il est important de se mettre au travail pour clarifier en soi tout ce qui est de nature à parasiter notre lucidité et notre capacité à se mettre en action.
Les spécialistes des ressources humaines disent à ce propos que le monde de l’entreprise a tout intérêt à favoriser et à encourager toute initiative de démarche qui serait de nature à permettre aux cadres et salariés de se développer sur le plan personnel. Le problème, à ce jour, est que même si certaines grandes entreprises, les multinationales en particulier, ont élaboré des chartes de bonne conduite, cette violence sociale, difficilement démontrable, reste, malgré le code du travail, toujours totalement impunie dans la grande majorité des entreprises. Les salariés devront-ils encore accepter brimades, humiliations, discriminations… ? Cette violence tue (des études étrangères l’ont démontré) des salariés détruits et fatigués d’être reniés chaque jour dans leur dignité.

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