Le logisticien, «monsieur optimisation» de l’entreprise

Travaillant de plus en plus à flux tendus, les entreprises sont obligées
de gérer au plus près leurs intrants.
Achats de matières, approvisionnement, stockage, livraison des produits
finis, le logisticien coordonne tout cela.
Les ingénieurs et diplômés d’écoles de commerce
sont les plus demandés dans ce domaine.

Produit, prix, promotion et distribution. La plupart des managers diplômés d’une école de commerce savent bien qu’une combinaison intelligente de ces quatre éléments est le facteur-clé du succès pour arriver à vendre un produit ou un service. Mais que se passe-t-il quand, en amont, on ne dispose pas de matières premières ou, plus globalement, des moyens nécessaires pour assurer la disponibilité d’un bien ou d’un service ? Combien de fois le lancement d’un produit a été raté alors que la demande était bel et bien là ?
Un exemple significatif : la rupture de stocks reste la hantise de ceux qui gèrent des milliers de références dans un hypermarché. Pire, la marchandise peut bien être disponible, encore faut-il qu’elle soit à temps sur les rayons. Mohamed Sayah, responsable approvisionnement et logistique chez Marjane, le confirme. «Il n’y a pas plus stressant que de dépendre de ses fournisseurs. Si la clientèle ne trouve pas ses articles habituels, il est évident qu’elle changera d’enseigne», souligne-t-il.

Rupture de stocks : la hantise de ceux qui gèrent des milliers de références
La clé de voûte d’un dispositif d’approvisionnement bien huilé est la logistique. Autrefois connue dans le domaine militaire, elle a fait une entrée remarquée dans l’entreprise ces dernières années car, concurrence oblige, on fonctionne de plus en plus à flux tendus pour réduire les coûts de stockage des marchandises ou de la matière première. De là l’utilité, quand on gère une multitude d’intrants et un nombre élevé de clients, d’avoir un logisticien.
La mission du logisticien ne se limite toutefois pas à la gestion des stocks. Il participe à la planification des ventes ou de la production, coordonne avec les différents services et, dans certaines entreprises, négocie avec les fournisseurs et les transporteurs…
De fait, il est au carrefour de plusieurs fonctions comme les achats, l’approvisionnement, le conditionnement, le stockage, la livraison… Sa mission principale est d’optimiser au maximum les coûts de l’entreprise aussi bien en amont (achats) qu’en aval (distribution). Bref, il doit gérer au mieux les ressources pour permettre à l’entreprise de payer moins et d’être présente là où il faut.
Les entreprises de la grande distribution ont été parmi les premières à saisir son importance. Aujourd’hui, en Europe par exemple, elles sont nombreuses à avoir carrément externalisé la tâche en la confiant à des transporteurs qui ajoutent ainsi une corde à leur arc. Sur la place, des sociétés de messagerie, comme la Voie Express, envisagent même de se lancer dans cette activité.
Partout, le métier du logisticien est donc appelé à évoluer très rapidement et le Maroc suit la tendance. C’est ce que confirme Habiba Mahjoub Jakani, chargée de recrutement à Manpower Maroc. «La demande des entreprises ne cesse d’augmenter ces trois dernières années», souligne-t-elle.
Toutefois, cette montée en puissance de la profession est limitée par le manque de profils sur le marché de l’emploi. A ce jour, «les diplômés d’écoles d’ingénieurs sont les plus prisés pour prendre en charge la fonction, même si on retrouve sur le marché des titulaires de DEA, de DESS ou de mastère en logistique», fait remarquer Mme Jakani. On trouve aussi de plus en plus d’offres d’emploi pour titulaires de BAC + 2. Autrement dit, un DUT gestion logistique et transport ou un BTS transport peuvent suffire pour le statut d’assistant, mais quelques années d’expérience sont nécessaires avant d’accéder au poste de responsable.

La formation académique ne suffit pas, il faut beaucoup de terrain

«Il ne suffit pas de recruter une personne bardée de diplômes, il est indispensable qu’elle maîtrise les rouages de l’entreprise ; pour cela, il faut beaucoup de temps», nuance Latifa Nakkouch, responsable organisation et développement des ressources humaines à la SBM (Société des brasseries du Maroc).
En effet, les aptitudes requises du logisticien sont multiples. «Des qualités de manager avant tout», note Habiba Jakani. Dans de grandes entreprises, il pourra superviser des équipes allant jusqu’à 80 personnes : magasiniers, manutentionnaires, chauffeurs… De plus, «la maîtrise de l’outil informatique est primordiale pour gérer une multitude d’informations. Avec l’essor à l’international, la pratique de plusieurs langues est aussi essentielle», note Massoud Boubadara, responsable logistique et contrôle à la SBM.
Homme-clé dans le processus de production ou de vente, le logisticien est la première personne de l’entreprise à être opérationnelle dès les premières heures de la journée.
Le logisticien est aussi un homme de caractère. « Le métier exige des nerfs d’acier. Pour chaque situation, il doit trouver la réponse adéquate en temps réel afin d’éviter tout blocage», ajoute M. Boubadara.
La rémunération est donc à la hauteur des responsabilités. Selon une enquête de Capital Consulting, un directeur logistique peut gagner jusqu’à 980 000 DH bruts par an, tandis qu’un cadre émargera à 480 000 DH, le tout, hors avantages en nature.


Les aptitudes d’un logisticien

Formation
Un DUT en logistique et transport ou un BTS transport suffisent pour le statut d’assistant, mais quelques années d’expérience sont nécessaires avant d’accéder au poste de responsable. Une direction de la logistique est généralement confiée aux titulaires d’un diplôme bac + 5 : école d’ingénieurs, DESS logistique ou mastère.

Compétences requises
– rapidité d’intégration,
– facilité d’adaptation aux situations nouvelles,
– polyvalence à divers niveaux de responsabilité,
– qualités de communication pour faciliter et coordonner les échanges à l’intérieur de l’entreprise et entre l’entreprise, ses clients et ses fournisseurs,
– qualités d’animateur et de négociateur pour gérer le changement en suscitant l’adhésion de tous,
– sens des relations commerciales,
– connaissances du marketing pour bien cerner les attentes sur les produits ou services et réaliser le meilleur compromis qualité/efficacité,
– connaissances en droit, économie, organisation, contrôle de gestion,
– connaissances de deux langues étrangères,
– pratique des méthodes de traitement et de transmission de l’information.


Ils parlent de leur métier

Messaoud Boubadara, responsable logistique et contrôle à la Société des brasseries du Maroc (SBM)
«Le logisticien commence de bonne heure pour organiser son travail et celui des autres»
«Vieux routier dans le domaine de la distribution et de l’agroalimentaire, j’ai été un des acteurs de l’organisation de la fonction logistique au sein de la SBM. A mon avis, l’une des premières exigences dans ce métier est de maîtriser parfaitement l’activité et les produits de l’entreprise. Le métier exige des nerfs d’acier. En effet, le logisticien commence sa journée de bonne heure ou veille très tard pour organiser son travail et celui des autres. Pour chaque cas, il doit trouver la réponse adéquate en temps réel afin d’éviter tout blocage. Aussi faut-il être souple, avoir une capacité d’adaptation très élevée et être rapide pour travailler dans l’urgence. Evoluer dans la logistique, c’est aussi se remettre en question de façon permanente dans la mesure où c’est un domaine très important dans la recherche de la compétitivité.»

Mohamed Sayah, responsable approvisionnement et logistique à Marjane
«Planifier des mois à l’avance»
«Gain de temps, d’argent et de productivité, telle est la devise de tout logisticien. Pour ma part, je suis juriste de formation et j’ai appris le métier sur le terrain, en intégrant le groupe Auchan en France. Magasinier, commercial puis chef de rayon, je suis passé par différents stades de la fonction qui connaissait un développement conséquent au milieu des années 90. A l’époque, mettre en place une plate-forme unique de supply chain (chaîne d’approvisionnement) pour tous ses sites était une innovation. Il ne faut pas oublier qu’on doit toujours veiller au bon cheminement des livraisons et des réceptions de marchandises. Sur l’année, nous avions trois rendez-vous majeurs qu’il ne fallait pas rater : la rentrée des classes, l’été et la fin d’année. Chez Auchan, la planification et l’organisation se font 2 à 3 mois à l’avance pour qu’il n’y ait pas de rupture de stocks.
Quelques années après, j’ai intégré le groupe ONA à travers sa filiale Cofarma. Etre logisticien, c’est véritablement être au cœur des process, mais aussi au centre des problèmes. On ne s’ennuie pas, loin de là.
J’aime ce métier même si le stress est quotidien. D’ailleurs, dans le cadre de mon activité, je viens de mettre en place depuis quelque temps un organisme de formation, en collaboration avec d’autres experts logisticiens. Nous assurons actuellement des formations pour les chauffeurs, les magasiniers…Le besoin est plus qu’évident dans ce segment.»