Le coach doit prendre conscience de ses propres limites

Etre coach, c’est se débarrasser de toute velléité d’avoir de l’ascendant sur les autres.
Contribution, ouverture, authenticité, courage, humilité : cinq
critères pour un coaching réussi.

Effet de mode ou réel besoin ? Quelles sont les déviations qu’on rencontre dans l’exercice du coaching ? Quelle déontologie doit animer le coach ? Ses limites ? Patrick Barrau, coach international, directeur général du cabinet Maroc Devenir, spécialisé en life et business coaching pour les personnes, les équipes et les organisations, dessine pour nous les contours du métier.

La Vie éco : Le coaching est perçu par certains comme un effet de mode. Qu’en pensez-vous ?
Patrick Barrau : Il est clair que, ces dernières années, des dirigeants ont pu constater l’opportunisme de certaines personnes qui, saisissant l’arrivée du coaching comme une source de revenus supplémentaires, se sont déclarées coach du jour au lendemain. Face à ces comportements, le lien entre opportunisme et effet de mode a pu être rapidement fait, et c’est bien naturel. Cependant, je soulignerai que le coaching est une attitude et une démarche d’accompagnement qui remonte à la nuit des temps. Socrate, Platon, Epictète et bien d’autres tenaient une posture qui favorisait la réflexion et les prises de conscience chez leurs disciples, dans l’objectif de faire s’épanouir leur potentiel et de favoriser l’expression de leurs talents. L’effet de mode a donc la vie dure !
De manière plus actuelle, l’émergence du coaching, sa diffusion et les résultats probants qu’il obtient dans les domaines aussi variés que le sport, le showbiz, la politique ou encore l’entreprise, et ce, depuis près de vingt- cinq ans, tend à laisser penser que ce métier, dès lors qu’il est proposé de façon professionnelle, a de beaux jours devant lui… Je me risquerai même à dire que, pour le Maroc, il serait intéressant de considérer qu’il est nécessaire d’avoir un coach pour
10 000 habitants. Accompagner les entreprises, grandes, petites et moyennes, accompagner les administrations et les autorités, accompagner les dirigeants et les cadres, accompagner les personnes actrices et engagées dans les nombreux projets du Royaume importants pour son devenir, c’est passer de l’effet de mode à la nécessité de réussir une performance collective.

L’effet de mode a pu provoquer des déviations dans l’exercice du coaching. Dans l’intérêt d’une meilleure connaissance de ce métier par les décideurs qui pourraient y faire appel, quelles sont celles que vous avez pu relever ?
Pour répondre à votre question, je souhaiterais vous exprimer et expliquer les cinq besoins et désirs que tout coach, sur le chemin d’un vrai professionnalisme, doit, à mon sens, transcender et donc dépasser, et qui sont autant de pièges et donc de sources de déviations s’ils ne sont pas travaillés.

Le premier est le désir de toute-puissance avec le besoin d’avoir et d’exercer du pouvoir sur les autres. Etre coach, c’est se débarrasser de toute velléité d’avoir de l’ascendant sur les autres. C’est donc se mettre dans la démarche personnelle de passer du «pouvoir sur les autres» au «pouvoir pour les autres».
Le second réside dans le désir de séduire, avec le besoin d’être aimé. Etre coach, c’est être libéré du besoin des autres pour exister et être libéré du besoin d’être aimé, se donner la capacité d’accueillir et d’aimer l’autre dans toutes ses dimensions. C’est alors pouvoir l’accompagner dans toutes ses zones de fragilité, ses zones les plus obscures comme les plus éclairantes et les plus talentueuses.
Le désir de profit, ou besoin viscéral de gagner de l’argent, est le troisième besoin. Etre coach, c’est pouvoir considérer l’argent avec détachement, et, en se libérant de la relation pathologique à son égard, le considérer comme une énergie à faire circuler. Cela permet de prendre, en tant que coach, de la distance vis-à-vis du payeur. C’est, enfin, reconnaître l’argent comme étant simplement utile à l’échange et au partage, ni plus ni moins.

Le quatrième consiste à vouloir être parfait avec le besoin d’obtenir de la reconnaissance. Etre coach, c’est pouvoir se reconnaître à sa juste valeur, sans attendre de recevoir de la valeur de la part des autres. Sans attente de reconnaissance, le coach peut alors exercer son métier en toute liberté, en prenant des risques, si nécessaire. Le coach sait qu’il ouvre des espaces d’écoute et d’accompagnement en fonction de ce qu’il est, et que sa présence, au service de l’autre, a pour vertu d’ouvrir des possibilités. Le coach expérimenté est dans l’action dans un esprit de «juste comme ça…», sans rien attendre en retour.
Le cinquième désir est de vouloir laisser une trace derrière soi et le besoin d’être utile. Etre coach, c’est pouvoir considérer avec humilité que le travail se ferait de toute manière sans sa participation. La posture du coach est comparable à la position de la sage-femme, qui accompagne tranquillement le travail que la future mère est en train d’accomplir. Elle guide, elle favorise, elle facilite, sans brusquer, sans interventionnisme excessif, de manière à ce que le bébé naisse dans les meilleures conditions. Et quand le bébé vient au monde, la mère, après avoir accouché, peut légitimement dire : «c’est mon enfant, c’est moi qui l’ai mis au monde». Quand le coach peut considérer son inutilité en toute tranquillité, c’est alors qu’il peut, peut-être, devenir utile.

Le métier de coach est spécial. Pourquoi ?
Parce que son objectif est de favoriser l’autonomie et la performance de son client. Le coach peut estimer qu’il a réussi sa mission lorsque le client peut se passer de lui ! C’est très loin du comportements de certains conseils qui justifient leur valeur ajoutée en apportant des solutions ou des modèles à leur client.

A vous écouter, le métier de coach doit répondre à des règles éthiques et déontologiques très précises. Pouvez-vous nous en décrire quelques traits ?
Le métier de coach est effectivement très exigeant. Et c’est bien normal, car il s’agit d’accompagner un ou plusieurs êtres humains dans leurs objectifs et dans leurs évolutions. Pour rester simple, j’utiliserai le mot «coach» pour donner quelques notions de l’éthique et de la déontologie du métier. Dans C-O-A-C-H, il y a C comme Contribution, O comme Ouverture ; A comme Authenticité ; C comme Courage et H comme Humilité. Ce sont des notions qui sont celles que j’ai plaisir à mettre en avant. Elles ne sont que les miennes et ne sont donc pas exhaustives. Et d’autres coachs professionnels ou des associations pourraient en exprimer de différentes et de complémentaires.

D’abord C pour contribution. C’est une valeur forte du métier, qui le porte, et qui signifie le fait qu’être coach c’est se mettre au service des autres, et vraiment à leur service.
Puis O pour ouverture. Ouverture d’esprit la plus large possible pour se permettre d’accueillir l’autre tel qu’il est, dans ses différences, dans ses confusions et dans ses comportements et propos qui pourraient pourtant être de nature à me confronter voire me choquer dans mes certitudes et mes repères.
Le A pour authenticité. C’est un parler vrai. C’est une «liberté du dire» au nom des possibilités de l’autre. C’est un peu la notion de «fou du Roi» qui s’autorise à exprimer ce que plus personne n’ose exprimer, et ce, au nom du service qu’il peut rendre. C’est un service qui permet au dirigeant d’être connecté à la réalité pour prendre les meilleures décisions dans l’exercice de ses responsabilités et ce dans un environnement de plus en plus complexe.

Le deuxième C correspond à la valeur courage. Etre coach, c’est avoir le courage de se mettre en danger, en provoquant éventuellement les réactions émotionnelles de son coaché. L’être humain, souvent, a beaucoup de mal à entendre ou à regarder ce qui, pourtant, serait de nature à le faire progresser. Le coach doit se permettre de toucher des zones de résistance, celle du pouvoir par exemple, qui sont sensibles mais qui peuvent être sources de très belles transformations chez le coaché.

Enfin, la cinquième et dernière lettre de coach est H pour humilité. Cette valeur doit rester présente à l’esprit du coach tout au long de son exercice. Les solutions et tout le potentiel sont chez le client. Le coach n’est qu’un facilitateur de prise de conscience et n’est qu’un vecteur de changement qui se met au service des objectifs et des projets qui sont choisis par son client. Comme la sage-femme qui accompagne la naissance du bébé, il ne fait pas lui-même, il permet simplement que cela se fasse.

patrick barrau DG de Maroc Devenir Le coach doit avoir le courage de toucher des zones de résistance, celles du pouvoir, par exemple, qui sont sensibles mais peuvent être sources de très belles transformations chez le coaché.