Le blues des informaticiens

Autrefois embauchés avant même d’avoir leur diplôme, aujourd’hui ils chôment plusieurs mois avant de trouver un poste.
Les entreprises recrutent de manière ciblée et optent pour la sous-traitance pour des projets précis.
La mise à niveau des entreprises, les délocalisations et la libéralisation des télécoms pourraient relancer le marché.

Le vent a tourné pour les informaticiens. Fini les propositions mirifiques d’entreprises qui voulaient les séduire. Ici comme à l’étranger le marché s’est calmé après la forte tension qui a prévalu à l’approche de l’an 2000 et l’éclatement de la bulle internet en 2001. «A l’époque, j’avais l’embarras du choix pour les offres d’emploi et le salaire était important», raconte Karim J., chef de projet informatique dans une société de services. «Il fallait recruter des personnes en mesure de prendre en charge le projet «bug 2000», sous risque de perdre des millions. Comme il n’y en avait pas assez, les entreprises ont fait de la surenchère et les informaticiens pouvaient changer facilement d’employeur», confirme le DRH d’une société de grande distribution.
Aujourd’hui, les lauréats les plus chanceux, même ceux disposant d’un diplôme de l’Ensias, école publique d’ingénieurs réputée pour la qualité de sa formation, ne trouvent un emploi qu’après au moins trois mois de recherche et les salaires proposés sont sensiblement inférieurs. Par comparaison, en 2001-2002, ces diplômés étaient recrutés avant même d’avoir leur diplôme et, en 2001, Maroc Telecom a même cherché à recruter plus des deux tiers des effectifs de la promotion sortante. En vain. Les informaticiens avaient des offres plus attrayantes ailleurs.
Aujourd’hui, le rêve s’est envolé et rares sont les salariés qui trouvent un meilleur salaire en changeant de société. Une bonne expérience est toujours exigée si l’on veut un salaire équivalent à ce qui était proposé au début des années quatre-vingt-dix. Avec 6 000 DH nets à l’embauche pour un débutant, ou le double pour quelques années d’expérience, on peut s’estimer heureux, d’autant que les demandes d’emploi potentielles sont nombreuses. Ceux qui refusent de monnayer leur talent pour un salaire jugé bas se contentent même parfois de travailler sur des projets ponctuels en attendant mieux. D’autres sont carrément au chômage. «On croyait que c’était l’eldorado ; la réalité est tout autre. Beaucoup de mes camarades de promotion sont au chômage», témoigne un jeune informaticien à peine débarqué dans le monde du travail.

Les développeurs d’Oracle ou Java ont la cote
Plusieurs explications à ce renversement de tendance. Les entreprises, les grandes en particulier, ont rationalisé leur budget informatique une fois les grands projets de modernisation et de sécurisation de leur système d’exploitation achevés. De plus, les SSII proposent de nombreuses solutions prêtes à l’emploi. Par conséquent, nombre d’entreprises n’ont plus besoin de plusieurs personnes pour mettre en place un système. Autre explication : il existe assez d’informaticiens sur la place, sachant que les départs à l’étranger sont moins nombreux.
Mais le calme ne signifie pas que les entreprises ne recrutent plus. Elles continuent à compenser les départs s’il y en a et, pour accompagner leur développement, préfèrent des profils immédiatement opérationnels, c’est-à-dire connaissant le métier de l’entreprise et/ou des fonctions comme la finance, le juridique et les ressources humaines.
Dans le domaine du free-lance, il semble même que la demande a fortement augmenté. «On a constaté une pénurie de ressource face aux demandes des développeurs de systèmes Oracle ou Java, principalement, et de chefs de projets, dans une moindre mesure», souligne Mohamed Benboubker, DG de Freelance.com. Signe que les entreprises se convertissent de plus en plus à la flexibilité du travail.
Les autodidactes rodés aux nouveaux systèmes de communication sont très recherchés
Si le marché reste prometteur pour ce type de profils, il semble également ouvert à des profils atypiques. Sur ce point, Chantal Aounil, chargée de recrutement chez Bil Consulting, note que «les entreprises sont à la recherche de ce qu’on appelle les débrouillards en informatique : ils ne sont ni ingénieurs, ni lauréats d’écoles informatiques ; ils ont tout simplement de bonnes aptitudes en la matière, notamment dans certaines applications liées à la technologie SMS, MMS, Internet.»
En somme, l’évolution des besoins des entreprises, conjuguée au rééquilibrage entre l’offre d’emploi et la demande, donne une impression de malaise qui, probablement, ne devrait pas persister. Selon Bachir Rachdi, DG d’Involys et président de l’Association des professionnels des technologies de l’information (APEBI), «des projets comme ceux du e-gouvernement, la libéralisation des télécoms ou encore la mise à niveau des entreprises en technologie d’information apportent actuellement un second souffle au secteur». De même, les délocalisations d’entreprises européennes offrent de nouvelles opportunités aux informaticiens. Les offres d’emplois risquent donc d’augmenter. Reste que, pour les informaticiens comme pour les autres métiers, il est nécessaire d’entretenir ses connaissances grâce à la veille technologique et à l’autoformation

Les grandes entreprises ont rationalisé leur budget informatique une fois les grands projets de modernisation et de sécurisation de leur système d’exploitation achevés. De plus, les SSII proposent de nombreuses solutions prêtes à l’emploi. Les entreprises n’ont donc plus besoin de plusieurs personnes pour mettre en place un système.

Fini l’âge d’or des informaticiens ? En réalité, si on ne les a pas vraiment mis au placard et si certains profils restent demandés, les jeunes fraîchement débarqués sur le marché du travail doivent patienter pour trouver un job et réduire leurs ambitions salariales.