Le «savoir être responsable», nouveau challenge pour les managers

Les managers sont partagés entre la quête de performances économiques et un management moderne basé sur la responsabilité sociale de l’entreprise.
Dans un environnement soumis à  des changements, il faut des hommes motivés par un management moderne.

Une entreprise peut-elle être gérée avec pour seule finalité la performance financière ? La question a été le centre d’un f’tour-débat organisé par Deo compétences et Manpower Maroc, jeudi 12 octobre, à  Casablanca. Les entreprises et les managers sont en effet souvent partagés entre la quête de la performance économique et la prise de conscience de la nécessité d’un mode de management moderne, fondé sur la responsabilité sociale de l’entreprise.

Face aux turbulences environnementales, les entreprises sont de plus en plus à  la recherche de nouveaux leaders capables de s’adapter mais aussi de changer les comportements de leurs collaborateurs. Faire preuve d’adaptabilité, être constamment à  l’écoute de son entourage, savoir s’entourer de bons collaborateurs, ce sont là  quelques atouts, entre autres, dont doit disposer un manager aujourd’hui. Mais ce n’est pas tout. Le savoir-vivre, le savoir-être, la confiance en soi et en autrui, l’humilité et l’écoute sont également des fondamentaux du management.

L’un des principaux facteurs de motivation au travail est le respect
Jack Welch (ancien président de Général Electric), Carlos Ghosn (Renault), Lindsay Owen-Jones (L’Oréal) ou encore Bill Gates (Microsoft), sont des managers emblématiques qui se sont démarqués durant ces dernières années par leur leadership. Ils ont autant séduit par leur charisme que par leur style de management. Ils sont aussi exigeants, intransigeants, voire autoritaires, mais ils assument jusqu’au bout leurs décisions et savent changer de cap au moment opportun. Qu’est-ce qui a fait leur réussite ? Un peu de tous les paramètres cités.

Au Maroc, les dirigeants talentueux ne manquent pas. On a vu certains d’entre eux réussir des paris fous, partager les échecs comme les réussites avec leurs collaborateurs, insuffler le changement, remettre en cause leur organisation… En un mot, contrairement au manager, qui subit l’environnement, le leader le maà®trise et recherche constamment ce qui peut faire avancer la situation.
Pour Jean Pagès, expert coach international, «les études ont montré depuis longtemps que l’un des principaux facteurs de motivation au travail est précisément le respect ! Le rapport entre productivité et respect est positif, surtout à  long terme. De ce fait, les managers doivent apprendre à  coacher leurs équipes car le coaching repose précisément sur une vision adulte des personnes et la recherche de résultats tangibles».
Pour sa part, Hassan Jiouad, DGA d’International Paper, ajoute qu’«avant de se focaliser sur les résultats, il faut d’abord mettre en route les moyens pour y arriver. Sans l’adhésion des collaborateurs, on ne peut arriver à  un tel stade».

Dans la même vision des choses, Xavier Caumon, expert coach, ajoute que la stimulation vient certes de l’exigence, mais pas par la brutalité. En somme, on peut être exigeant avec soi-même et avec les autres mais en montrant la voie à  suivre. Le leadership sur le terrain constitue un axe de progrès faute d’enjeux suffisamment partagés et discutés. Le travail en équipe est aujourd’hui plus important que l’excellence individuelle, alors que le modèle hiérarchique et fonctionnel reste omniprésent.

Aussi, avoir une vision pour l’entreprise est la première qualité recherchée chez un manager. On dit souvent qu’un leader est celui qui a les yeux rivés sur l’horizon et non sur le guidon et qu’il pense à  long terme et non sur le court terme. «Un bon patron est celui qui est porteur d’une vision pour son entreprise, donne envie aux autres de réaliser des projets, des objectifs, voire les rêves qu’ils ont à  l’intérieur d’eux-mêmes», souligne Jamal Belahrach, DG de Manpower Maroc.

Au Maroc, on commence à  prendre conscience de l’importance du rôle social de l’entreprise
De ce fait, tout le monde insiste sur l’importance pour les managers d’être dotés du «savoir être responsable», qui permet de donner un sens à  l’action individuelle et est convaincu que les performances financières ne suffisent plus pour juger les performances de l’entreprise. Les facteurs éthiques, sociaux et environnementaux doivent également être pris en considération. Dans un environnement ouvert o๠les entreprises sont condamnés à  perdurer, à  assurer les changements, il faut des hommes motivés par un management moderne. Autrement dit, l’homme n’est plus regardé comme un simple instrument de production soumis à  des objectifs quantitatifs, mais est considéré comme un acteur essentiel de la création de valeur.

Ces impératifs influencent considérablement le mode de gestion et constituent une réponse à  la question de départ. Tout manager est donc obligé de s’adapter, sachant que, dans certains cas, les entreprises doivent prendre les devants et promouvoir la responsabilité sociale.
Au Maroc, la prise de conscience de la nécessité de mettre en place la RSE commence à  faire ses effets. Les exemples ne manquent pas, à  l’image de l’Office national des pêches (ONP), la Lydec, BMCE Bank et bien d’autres. Si l’initiative ne vient pas de l’intérieur, ce sont les partenaires qui l’imposent. Ainsi, les entreprises du secteur du textile se sont engagées dans une mise à  niveau sociale pour pouvoir exporter.

Questions
Il faut mettre en exergue le développement durable de l’entreprise

Jean pagès
Coach
«Les managers doivent apprendre à  coacher leurs équipes car le coaching repose précisément sur une vision adulte des personnes et la recherche de résultats tangibles», affirme Jean Pagès, qui porte son regard de coach sur le concept de «savoir être responsable».

La Vie éco : Qu’entendez-vous par «savoir être responsable» ?
Jean Pagès : Il s’agit d’associer à  l’atteinte des objectifs de résultat de l’entreprise une vision durable reposant sur la prise en compte du développement du potentiel des collaborateurs en termes de compétences, d’autonomie et de responsabilité, et le développement personnel des managers vers la capacité à  coacher leurs équipes.

Est-ce un réel engagement ou un simple discours, notamment en Europe, o๠les entreprises licencient à  tour de bras alors qu’elles font des bénéfices exorbitants ?
Il y a bien des effets de mode, mais de très grandes entreprises s’aperçoivent que la capacité des collaborateurs à  répondre de façon variée
et innovante à  un marché mouvant et exigeant est un facteur de succès.

Quelles sont les limites du résultat comme indicateur de l’efficacité managériale ?
Qu’entend-on par résultat ? Le résultat à  court terme est un indicateur de l’efficacité managériale, mais la pérennité de l’entreprise et sa contribution sociétale également. Certains analystes financiers prennent en compte ces derniers critères.

Comment conjuguer exigences et respect des personnes ?
Prendre conscience que toutes les études, depuis 50 ans, montrent que l’un des principaux facteurs de motivation au travail est précisément le respect ! Le rapport entre productivité et respect est positif, surtout à  long terme.
Les managers doivent apprendre à  coacher leurs équipes car le coaching repose précisément sur une vision adulte des personnes et la recherche de résultats tangibles.

Quels sont les risques pour les managers en cas de défaillance ?
Ne pas prendre le bon train !

A vous écouter, on comprend que la course aux résultats économiques ne rime pas avec épanouissement des employés…
Effectivement ! C’est pourquoi il faut insister sur le développement durable de l’entreprise et le savoir être responsable des managers.