L’amitié au travail : Questions à  Houriya Cherif Haouat, Coach certifiée Hamac, directrice de développement de BMH Coach

«L’amitié peut être aussi bien une source de plaisir et de productivité que de désillusion»

La Vie éco : Ami et collègue à la fois, est-ce possible?

L’amitié étant définie comme un sentiment d’affection entre deux personnes, caractérisé par la sympathie et la bienveillance, elle pourrait très bien exister entre deux collègues au travail. L’amitié se nourrit généralement par le partage, par le soutien mutuel et surtout par le respect.

La question est de savoir si l’amitié est née alors qu’on est collègue ou qu’elle a existé auparavant et comment gérer la relation ami et collègue à la fois. Tout dépend de la qualité de la relation et de son historique, de l’environnement et de l’ambiance du travail, de la culture de l’entreprise, du lien hiérarchique, de comment cette relation d’amitié est perçue au sein de l’équipe ou de l’organisation…

Bien entendu, cette relation est possible, mais il faut une certaine vigilance et un niveau de maturité élevé, de part et d’autre, pour la préserver car elle pourrait être source de productivité et de plaisir, mais aussi de désillusion si les deux parties ne font pas attention aux relations de pouvoirs et des jeux psychologiques qui peuvent s’installer du fait de la proximité sans qu’on y prenne garde.
 
L’amitié est-elle bien perçue au bureau ?

Cela dépend de la nature de l’activité, de la culture d’entreprise et du degré de maturité émotionnelle pour faire la part entre ce qui est de l’ordre du personnel et du professionnel, et du comportement en tant que collègue et ami au sein d’un groupe ou d’une équipe. S’ils font «clan» à part ils risquent d’être mal perçus et des rumeurs peuvent circuler à leur encontre, ce qui pourrait nuire à leurs carrières. S’ils sont en ouverture et dans le partage, leur relation paraîtra naturelle, apportera un plus à tout ce qui est d’ordre professionnel et contribuera à installer une ambiance conviviale. Etre ami avec son subordonné, c’est possible. Tant qu’il y a respect des normes, de l’éthique et des codes de l’entreprise, cela ne devrait pas poser de problème.
 
Partant de ces constats, à quelles conditions peut-on recruter un ami ?

Normalement l’amitié ne rentre pas en jeu dans un recrutement. D’ailleurs, au plan déontologique, l’entretien doit être fait par quelqu’un d’autre en fonction de critères objectifs. Cela contribuera à renforcer les liens, la confiance en soi et l’aisance dans la relation collègue et ami, collaborateur et chef.
 
D’un autre côté, faut-il toujours rester redevable à son patron lorsqu’on est ami avec lui ?

En fait y a-t-il «redevabilité» quand il y a une vraie amitié ? La relation à son patron, aussi ami soit-il, peut, comme toute autre relation humaine, être sujette à des hauts et des bas. Aussi faut-il veiller dans des situations d’amitié entre patron et subordonné à ce que cette relation soit un plus pour les aspects professionnels. L’amitié ne doit être ni un frein pour l’évolution de carrière, ni un moyen d’obtenir dérogations et privilèges indus, ni une excuse pour négliger le travail.