L’amitié au travail : Avis de Mohammed El Yousfi, DG du cabinet LMM QSE

« Le fonctionnement de l’entreprise doit être analysé en termes de création de richesse et de valeur, quelles que soient les relations entre les individus »

Il est certain que dans une relation de travail, les individus construisent un vécu relationnel qui peut être basé essentiellement sur la dimension affective. J’entends par là qu’une relation purement professionnelle n’existe pas dans la mesure où une affectivité se crée. En d’autres termes, on observe soit une attirance, soit un rejet pour une personne (de la sympathie ou de l’antipathie). Dans le second cas, la communication devient difficile.
Il est également observé que le management des ressources humaines se focalise principalement sur les objectifs, délaissant ainsi le côté relationnel. Souvent, on ne prend pas en compte le climat social, l’ambiance de travail et le plaisir de collaborer, alors que ces paramètres sont une condition sine qua non de la performance.

Personnellement, j’ai pour principe de privilégier le travail parce que, de toute façon, une relation un peu plus poussée est toujours mal vue. On dira souvent que tel manager a son chouchou au sein de son équipe et que si par exemple ce dernier n’a pas été augmenté cette année, il le sera doublement l’année prochaine ; que le manager fermera souvent les yeux sur les fautes de son ami… La question se pose surtout pour le subordonné ami dont les mérites, s’il en a, ne seront pas reconnus à leur juste valeur. C’est pourquoi il faut dissocier l’amitié des contraintes professionnelles. Autrement dit, les rapports hiérarchiques doivent prendre le dessus sur les relations personnelles. C’est pourquoi la promotion de l’un des deux amis, à l’origine simple collègues, est bien souvent un cas épineux. Le rapport avec l’autre change forcément et devient parfois difficile à gérer. Pour un manager, il convient de définir les règles du jeu dès le départ, et ce, en mettant en avant les notions d’efficacité et de performance.

Le fonctionnement de l’entreprise doit être analysé en termes de création de richesse et de valeur, quelles que soient les relations entre les individus. Dans le cas contraire, l’échec est garanti. On ne peut suivre une telle logique que si le terrain est balisé. D’abord par une discussion franche entre les personnes concernées.
Bien évidemment, une rupture est vécue dans la souffrance et parfois dans l’agressivité. Elle peut perturber l’ambiance. Ainsi, il n’est pas rare de voir des personnes changer de service ou même d’entreprise à cause de cette amitié perdue.
On a bien vu des cas où des entreprises interdisent la formation de couples en leur sein car, pour elles, cela constitue une violation du code de conduite et est de nature à perturber les relations professionnelles.