L’activité croît plus vite que la disponibilité des profils adéquats

Juristes, commerciaux, financiers, actuaires…, le secteur manque de profils pointus.

Le réseau, courtiers et agents, souffre également du déficit des ressources humaines.
Certaines compagnies proposent des contrats à  durée déterminée à  des cadres retraités.

Tous les profils manquent dans l’assurance. C’est par ces propos que Jamal Maatouk, conseiller juridique et DG du cabinet Juris Land et ancien assureur, pointe du doigt les carences du secteur. Il souligne que les compagnies d’assurances ont procédé à des opérations de rajeunissement sans préparer la relève. Explications.

Vous connaissez bien le secteur pour y avoir travaillé pendant des années. Comment se porte-t-il au niveau des ressources humaines ?
Globalement, l’année 2008 a été satisfaisante sur le plan financier puisque le secteur a généré un chiffre d’affaires de 20 milliards de DH. Au niveau des ressources humaines, je dirais que les compagnies d’assurances et de mutuelle continuent à se développer et à  recruter en grande partie pour compenser les départs massifs des salariés issus de la génération du baby-boom. Le seul problème est que les compagnies ont pensé au renouvellement des générations sans se soucier d’assurer le transfert de savoir-faire.

C’est-à-dire ?

Il faut dire que la première génération des cadres experts en assurance a été formée durant les années 1950-60. Ils étaient issus principalement des universités locales mais aussi de l’école nationale des assurances qui avait été ouverte pour répondre aux attentes du secteur en termes de compétences. Malheureusement, elle a fermé ses portes, il y a quelques années.
Ensuite, le secteur des assurances a connu un véritable chamboulement vers la fin des années 90, avec les opérations de fusions acquisitions, changement d’actionnariat dans de nombreuses compagnies…, ce qui a entraîné une vague de départs de toute une génération sans que la relève soit préparée.

Qu’est-ce qui aurait dû être fait à votre avis ?
Il faut savoir que le métier de l’assurance comprend quatre activités principales qui sont la souscription, la production, l’indemnisation et la réassurance. Malheureusement, quand une entreprise veut recruter une personne qui maîtrise l’un de ses domaines, elle est obligée de la débaucher chez la concurrence. Certes, il existe actuellement des cadres qui sont formés en management, finance…, mais  il y a un manque d’expertise.
Ce fait touche aussi le réseau des distributeurs (courtiers et agents d’assurances). Eux aussi, ils ne sont pas forcément bien formés aux métiers de l’assurance. En fin de compte, c’est le consommateur final qui en pâtit.

Quels sont les profils recherchés?
Toutes les compétences sont recherchées, à savoir des juristes, financiers, actuaires mais aussi des commerciaux. La  priorité est donnée à ces derniers parce que les compagnies veulent conforter leurs relations avec la clientèle. Ceci dit et je le répète, le secteur a surtout besoin des profils techniques comme les rédacteurs qui établissent et gèrent les contrats, les souscripteurs qui sont souvent spécialisés dans un domaine pointu : production industrielle, transport de marchandises, travaux publics… Ils évaluent des risques d’entreprises. Le secteur a aussi besoin de conseiller en assurances, experts en incendie et risques divers…

Les actuaires sont difficiles à dénicher, pourquoi ?
Absolument ! L’actuariat ne s’exerce plus uniquement dans les compagnies d’assurances. Il s’est élargi aux assurances dommages et même aux autres métiers financiers.
On trouve aujourd’hui les actuaires dans la finance, la banque et, de plus en plus, dans les grands cabinets d’audit, auxquels ces profils sont indispensables dans l’appréciation des risques auprès de leurs clients.
Il existe plusieurs formations qui préparent au métier d’actuaire. Elles s’effectuent dans des écoles spécialisées, des universités ou des grandes écoles de commerce. Le recrutement des candidats s’opère, selon les cas, du niveau Bac +2 au niveau Bac +5, après des études supérieures à dominante mathématique, statistique ou économique.

Que faut-il faire pour remédier à ce manque de compétences ?
Vu la complexité et les exigences particulières des métiers de l’assurance, il est impératif de multiplier les centres de formation. La suppression de l’Ecole marocaine des assurances a obligé certaines compagnies à se doter de centres de formation afin de former en permanence leurs ressources humaines, mais cela reste insuffisant.
Les formations dédiées aux métiers de l’assurance sont très limitées sur le marché. Par exemple, la promotion du master droit des assurances de l’université Hassan II de Casablanca est d’environ 25 personnes chaque année. Ce qui est loin de répondre aux attentes du secteur.
Pour pallier également ce déficit de ressources humaines, certaines compagnies n’hésitent pas à faire appel à d’anciens cadres pour des contrats à durée déterminée.

Y a-t-il des recettes pour réussir dans les métiers de l’assurance ?
Une formation de base en assurances est nécessaire pour comprendre les principes fondamentaux. ll faut aussi être à l’aise sur le plan relationnel, savoir créer un rapport de confiance avec les clients. Certains experts doivent notamment maîtriser des compétences techniques dans certains secteurs comme le bâtiment, l’industrie, le textile…