La passion pour le métier, un préalable pour affermir le leadership d’un professeur

Respect de ses engagements, respect des étudiants, sens de la communication, maîtrise de la langue d’enseignement, un bon dosage entre sympathie et autorité sont les clés d’un leadership dans l’enseignement.

Il fut un temps où l’enseignant était vénéré parce que porteur de savoir. Les mentalités ont maintenant évolué, et les nouvelles générations sont de moins en moins enclines à supporter l’autorité. Dès lors, il est devenu difficile pour un professeur universitaire, ou même de lycée, de bien tenir ses étudiants, surtout dans des facultés où les amphithéâtres sont très souvent bondés. Amal Laalou, professeur et directrice du laboratoire de gestion des ressources humaines et d’audit social (LAGERHAS) à l’Université Hassan II-Mohammédia, expose les principales qualités à cultiver pour asseoir son leadership.

Quelles sont les qualifications requises pour être un bon professeur ?

Pour être professeur universitaire dans l’enseignement public marocain, il faut, outre les critères que doivent remplir tous les fonctionnaires d’État, être titulaire d’un doctorat national ou équivalent. On accède alors directement au grade de professeur assistant. Il faut également avoir des connaissances scientifiques poussées. En effet, pour le recrutement, on s’attarde essentiellement sur le diplôme et sur la production scientifique (publications). Cela s’explique par le fait qu’une fois professeur, on est amené à assurer des cours magistraux, des travaux dirigés et pratiques, mais aussi à encadrer des étudiants de différents niveaux dans leurs recherches scientifiques (licence, master, doctorat).

Une solide base scientifique et une formation didactique poussée sont indispensables. Mais qu’en est-il du côté humain ?

Effectivement, je considère à titre personnel que le diplôme en lui-même n’est pas suffisant pour accéder au poste de professeur universitaire. Il y a bien sûr des compétences techniques et pédagogiques qui sont indispensables pour bien gérer son amphithéâtre, mais il y a aussi les compétences managériales dont on doit disposer pour atteindre les objectifs de son cours. Pour assurer sa mission avec succès, le professeur universitaire doit, par ailleurs, adorer son métier.
A mon avis, il y a un trois conditions à respecter chez un enseignant.
D’abord, la compétence technique qui peut être jugée par le diplôme. Il va sans dire que pour pouvoir assurer son cours et encadrer ses étudiants, le professeur doit être à jour dans son domaine d’intervention et maîtriser les grandes techniques de sa discipline.
Cependant, être très compétent sur le plan technique ne suffit pas. D’où la nécessité de cette fameuse compétence pédagogique.
Cette double compétence technico-pédagogique s’avère être inconsciemment alimentée et développée quand le professeur adore son métier. La motivation est essentielle car, contrairement à ce qu’on pourrait penser, les personnes qui réussissent le mieux dans leur métier sont celles qui en font une passion. A ce moment-là on pousse la maîtrise jusqu’à la perfection, et on devient artiste de son domaine.

Peut-on réunir toutes ces qualités et ne pas atteindre ses objectifs?

Tout à fait !

Pourquoi ?

C’est quand l’enseignant manque de compétences managériales désignées dans un certain nombre de savoir-être ; c’est ce que j’appellerais personnellement le leadership enseignant.
Le premier savoir-être d’un professeur serait pour moi le sens du respect. Le respect des engagements, le respect de la ponctualité et surtout le respect des étudiants. Cela revient à ne leur demander que ce qu’on est d’abord capable de respecter comme engagements. Je ne pense pas qu’un professeur puisse exiger de ses étudiants d’être ponctuels s’il ne l’est pas, ou leur demander d’être attentifs s’il n’arrête pas de sortir ou d’utiliser son téléphone. Si les étudiants voient que leur professeur se respecte, leur respect envers lui viendra de manière spontanée et naturelle.
Le deuxième est le sens de la communication, il faut savoir communiquer pour faire parvenir le message aux étudiants, ne pas se cantonner uniquement à rappeler les préceptes, mais également parler de la méthode, d’objectifs, d’enjeux,… Il faut situer l’étudiant par rapport au cours, lui donner une vision d’ensemble et le faire adhérer  à ses objectifs.
La communication passe aussi par la présentation du professeur. On peut croire que l’on est très connu dans l’établissement, mais parfois les étudiants ont besoin de quelques précisions. Le fait de se présenter brièvement, des fois même le fait de communiquer sur son âge peut créer un climat d’entente propice au cours. La communication englobe aussi la maîtrise de la langue d’enseignement et le sens de l’écoute. Le professeur universitaire doit maîtriser la langue avec laquelle il transmet son savoir, emprunter un langage accessible, favoriser l’écoute, l’interactivité et l’échange et reconnaître le droit de la parole à ses étudiants.
Le leadership enseignant doit aussi, comme tous les autres leaderships, faire appel au sens de l’autorité. Je ne dirais pas qu’il faut être autoritaire, mais qu’il faut savoir user de fermeté, et je parle surtout de professeurs de facultés où l’effectif est trop élevé. Ce genre d’auditoire ne peut être maîtrisé si l’enseignant n’a pas le sens de l’autorité. Il doit également savoir gérer les limites et bien maîtriser le dosage entre autorité et sympathie, toutes deux nécessaires au bon déroulement de la séance.