La mondialisation et ses incidences sur le supply chain management

Une activité est globale quand l’entreprise s’approvisionne dans plus d’un pays, a des moyens de production dispersés et commercialise ses produits dans le monde entier. Aujourd’hui, l’idée principale est de massifier et de standardiser les systèmes et solutions à la fois pour simplifier et baisser les coûts.

Rabii El Gomri

Le terme mondialisation est entré de plain-pied dans le débat économique mondial depuis presque deux décennies. Mais ses effets ne cessent de se laisser découvrir et, chaque jour, les entreprises prennent conscience des bouleversements associés à cette intégration de l’économie entre les pays de la planète. Le phénomène de l’explosion de l’économie chinoise et ses conséquences en matière d’emplois dans les pays industrialisés, de tension sur les marchés des matières premières (acier, pétrole) ont mis la globalisation des marchés au cœur des débats économiques. Les termes international, multinational, transnational, mondial et global sont utilisés pour caractériser le phénomène dominant de l’économie contemporaine. La notion de globalisation, d’inspiration anglo-saxonne, recouvre fréquemment la même signification que celle de mondialisation.
Pour tenter de cerner la notion de globalisation en première approche, on peut considérer qu’une activité globale dépasse la simple activité d’exportation de produits. Elle doit comporter les caractéristiques suivantes :
s’approvisionner dans plus d’un pays ;
avoir des moyens de production largement dispersés ; commercialiser ses produits dans le monde entier.
L’exploitation par une firme des avantages associés à un marché global ne peut se faire qu’au prix d’une plus grande centralisation des opérations de pilotage de l’approvisionnement, de la production et de la distribution. C’est pourquoi ce phénomène impacte de manière significative la supply chain des entreprises. Distance dans le temps et dans l’espace, différences culturelles, visibilité réduite rendent la supply chain d’autant plus complexe à piloter. En particulier pour les entreprises qui travaillent sur un marché global, sept orientations majeures influencent directement la supply chain et sont généralement prises en compte :
La mise en place d’usines spécialisées et/ou l’externalisation de la production ;
La concentration des achats qui permettent des économies d’échelle et l’ouverture du sourcing vers des zones géographiques toujours plus nombreuses ;
Le développement de systèmes intégrés de transport ;
La capacité à répondre à des changements brutaux de comportements des marchés par le transfert d’un produit d’un marché à un autre ;
Le déploiement d’offres de commerce électronique ;
L’utilisation sur tous les autres marchés de solutions testées sur un marché ;
Le partage des coûts de recherche et développement non seulement dans le design des produits mais également dans le domaine de la logistique (gestion des stocks, EDI, Internet…) et la centralisation des activités de recherche et développement.
Les évolutions qui ont conduit à l’emploi du terme globalisation sont considérées néanmoins sous deux aspects principaux, étroitement imbriqués. Le premier porte sur la mondialisation de l’architecture économique de la planète et traite le phénomène de la mondialisation plutôt sous un aspect macro-économique, mais nous verrons que la mondialisation cache des disparités importantes et des déséquilibres patents, qui ne sont pas sans impact sur l’organisation des supply chains.
Le second envisage la question sous sa dimension microéconomique (impact sur la production, le sourcing, le marketing et les vents). Le développement des politiques marketing des produits au niveau global tente de concilier à la fois une approche locale pour satisfaire aux spécificités des besoins des clients et une approche mondiale pour tenter d’obtenir un effet de taille permettant de tirer le meilleur parti des efforts de recherche, de développement et de communication consentis.

La recherche de la productivité entraîne la logique de standardisation
Le phénomène de mondialisation décrit précédemment au niveau macro-économique a des conséquences importantes pour les entreprises qui cherchent à tirer avantage de cette situation. Alors que la compétition entre les entreprises reste fortement ancrée dans une guerre sur les prix, les économies d’échelle générées par la massification des flux, ainsi que la concentration des sites d’achat, de production et de distribution, restent un élément très attractif pour dégager une rentabilité plus élevée. Néanmoins, ces entreprises ne font pas l’économie d’une réflexion du type trade-off, c’est-à-dire simulant les avantages et inconvénients relatifs à une stratégie industrielle de délocalisation, de spécialisation et de concentration. Ce choix peut impliquer des surcoûts liés à la non-qualité ou à la logistique qui effacent tout gain de productivité.
Ensuite, la supply chain, activité d’échelle et de coûts, n’échappe pas à la recherche d’une mutualisation. L’idée prioritaire est de massifier et de standardiser les systèmes et les solutions à la fois pour simplifier et baisser les coûts. Le développement des prestataires logistiques s’inscrit dans cette logique.
De plus, la libéralisation des marchés et le développement de pays émergents constituent une opportunité importante pour accroître les volumes vendus et pour beaucoup d’entreprises devenir globales signifie accroître leur présence et leur visibilité au niveau mondial, d’où le développement de stratégies marketing et de marque très agressives au niveau mondial. L’émergence de pôles économiques forts et la spécialisation des agents économiques dans leur domaine de compétence premier conduisent à une fragmentation des chaînes de valeur organisées en réseaux complexes et à une dissociation dans les entreprises de formes organisationnelles historiques, structurées originellement autour de fonctions (recherche et développement, production, finance, marketing…).
Enfin, la recherche d’une plus grande productivité par économie d’échelle sur des séries plus longues de production et sur des marchés plus étendus entraîne une logique de standardisation du produit qui n’est souvent pas compatible avec les besoins locaux des consommateurs. C’est au niveau marketing que cette dialectique «global versus local» trouve pleinement son sens : s’il y a une vision globale de la stratégie marketing, son implantation au niveau des pays se fait selon un processus d’alignement.