La légèreté dans un discours peut faire passer beaucoup de messages

Phrases courtes, images mais aussi anecdotes…, autant d’exemples sympathiques qui aident à  détendre le climat lors d’une prise de parole en public. La légèreté doit être maniée avec délicatesse pour capter constamment l’attention de l’auditoire.

Comment avoir suffisamment de recul par rapport à soi-même ? Comment ne pas se prendre totalement au sérieux, en réunion ou en exposé, pour se permettre d’être léger de temps en temps ? Comment donner à la forme une petite dose d’impertinence sans nuire au fond ? Comment avoir avec les personnes présentes à une assemblée sérieuse assez de détachement et d’aisance pour dire à l’assistante du président de séance, très jolie et qui s’étonne d’être dévisagée avec insistance : Non, Mademoiselle, je ne vous dévisage pas. Je vous envisage… C’était un trait particulièrement heureux d’Edgar Faure, ancien ministre français et président du conseil, connu pour son sens de l’humour ravageur, à celle qu’il admirait ce jour-là. Il faut une bonne dose d’humour et de sûreté de soi. Mais est-ce que cela va nuire au reste du propos et ensuite sera-t-il moins écouté ? C’est un exercice difficile, voire périlleux. Et pourtant, si vous avez pris la peine d’être “avec” l’auditoire, de parler pour lui, et non pas pour vous, si vous l’avez pris en compte, il va être avec vous. Il vous écoutera encore mieux et avec plus de facilité. Prenez de la distance avec vous-même, mais soyez vigilant avec l’auditoire. Mais attention, on ne peut pas se permettre de faire de l’humour, simplement pour être drôle. Dans ce cas, autant apprendre une bonne blague pour faire rire les autres (ce peut être d’ailleurs le moyen d’améliorer une atmosphère tendue), mais ça ne va probablement pas vous valoriser.

La distance. Cette distance indispensable. Savoir prendre de la distance avec un sujet difficile, une situation abrupte, va vous donner l’avantage dans la gestion d’un conflit ou dans une négociation. Il empêchera l’escalade. Il s’agira, non pas de prendre les choses à la légère, mais de savoir s’investir juste ce qu’il faut pour ne pas alourdir le propos. C’est proche de l’humour, mais ce n’est pas obligatoirement drôle. Ça tient à peu de chose dans la manière d’être : au silence qu’on va utiliser entre les phrases, au regard vers l’autre ou vers l’auditoire, à la volonté d’être près de l’autre, avec lui, de l’accompagner dans ses raisonnements. Tout est subtil. Ne pas aller trop loin ou trop vite. Ne pas tout dire, laissez l’auditoire réfléchir, c’est à lui de décider… Au moins, laissez-lui le choix. Pouvoir choisir ! Ça me fait penser à une réplique de George Bernard Shaw à Isadora Duncan, une danseuse très belle (mais qui eut le malheur plus tard de mourir étranglée par sa longue écharpe prise dans la roue de sa voiture) : Quel miracle ce serait d’avoir un enfant ensemble ! Imaginez qu’il ait ma beauté et votre intelligence ! Shaw répondit : Bien sûr, mais supposez que ce soit le contraire…

J’assiste à un exposé, présenté par un animateur, qui cherche ses mots, parle trop vite, sans articuler, sans savoir s’arrêter, ne serait-ce que pour laisser à son cerveau et aux nôtres le temps de souffler. Il se prend au sérieux et parle pour lui. Un ami arrive avec quelques minutes de retard et vient s’asseoir près de moi en me glissant à l’oreille : J’ai manqué le premier acte ! Je le mets à l’aise : Rassure-toi ! Lui aussi ! Prendre son temps. Prendre le temps de prendre son temps. Ce n’est également pas très loin de l’humour, de l’humour de soi-même. Ne pas se prendre au sérieux est difficile. L’humour est dans la tête, et pas forcément dans le langage. Comment se détacher de la valeur du texte, de l’idée émise, alors que c’est sur elle que notre attention va se porter ? Et que, en fin de compte, nous aimerions que ce soit sur elle, que l’attention de l’auditoire se focalise. De nouveau, il faudra que l’intelligence du texte soit mise en valeur par celle de notre langage, de notre phrasé, notre voix, notre intonation. Il faudra se mettre à la place de l’auditoire. Cet homme, qui parle trop sérieusement, peu lui importe que l’auditoire le comprenne ou ne le comprenne pas. Il parle pour lui. C’est à l’auditoire de le suivre. Et il estime qu’il faut être à sa hauteur, être assez intelligent pour le suivre. C’est comme l’écriture de certains médecins: il n’y a que les pharmaciens qui soient capables de la lire et de la comprendre ! Que son phrasé soit clair ou pas, que l’articulation soit présente ou absente, que la voix soit posée ou non, ce qu’il dit doit être pris pour lui seul et lui seul le comprend. Il n’a rien à perdre. On n’a rien à gagner avec ceux qui n’ont rien à perdre.

En animant une réunion, je peux me permettre d’être léger dans l’introduction de celle-ci, avec des phrases courtes, des images et, pourquoi pas, avec suffisamment de recul pour avoir avec soi une anecdote, un exemple sympathique, qui vont détendre le climat dès le début. C’est à manier avec délicatesse. Pourquoi serais-je léger pour faire passer une idée, un message, un compte-rendu, que je voudrais que l’auditoire retienne en priorité ? Je suis convaincant, convaincu pour être convaincant, j’essaie d’être vrai, spontané, simple, je vais à l’essentiel. Alors, je peux me permettre de ne pas me prendre au sérieux. Ne pas me prendre au sérieux, c’est d’abord être capable d’illustrer mon propos, de l’illustrer par un décor, un lieu, le temps qu’il fait, des hommes, des bruits, de la musique, des couleurs. Pour prendre l’auditoire avec moi, pour l’emmener avec moi, là où je veux aller. C’est aussi ça prendre du recul. Et l’humour viendra peut-être ensuite. Mais il n’est pas indispensable d’y penser et de mettre en valeur une partie de son propos par un mot étincelant ou une répartie cinglante. C’est comme le comportemental, il est d’abord dans la tête et la gestuelle, qui nous accompagne, vient d’elle-même, elle doit être spontanée et non dirigée, sinon elle sera artificielle. C’est le contraire de la légèreté.

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