La grossesse encore mal acceptée dans l’entreprise

Même si le Code du travail protège les droits de la femme enceinte, notammant son droit au congé de maternité, les grossesses sont mal acceptées dans l’entreprise pour des raisons économiques et de mentalités.
Intérim, CDD, rotation de postes, de nombreux moyens existent pourtant
qui permettent à l’entreprise de s’organiser.

«De manière générale, je pense que l’entreprise n’aime pas que la femme ait des enfants». Najat, qui travaille dans une agence de publicité, n’est pas la seule à éprouver ce sentiment. Siham Debbagh, chargée d’événementiel dans une autre agence, abonde dans le même sens en donnant une explication très concrète. «Le problème, en cas de maternité, c’est souvent l’après-congé. Sauter les réunions matinales, arriver ou partir avant les autres est toujours mal vu par les collègues et la hiérarchie, alors qu’en général, la loi donne droit à une heure d’allaitement pendant la journée de travail».
Effectivement, même si le législateur protège ses droits fondamentaux, la femme est souvent victime de discrimination ou de violence morale liée à la maternité. Abstraction faite de la lente évolution des mentalités, c’est la course à la rentabilité qui pousse les entreprises à être très exigeantes quant à la régularité de leur personnel. D’ailleurs, dans les banques, une employée partie accoucher a très peu de chance de retrouver son poste. Il y a en effet de quoi s’inquiéter pour un congé qui dure entre trois et six mois, sans compter les reliquats légaux à solder et les multiples jours fériés.
«Dans une entreprise où l’effectif de femmes peut dépasser les 60 %, la maternité devient une source de coûts supplémentaires aussi bien en termes de remplacements qu’en termes de performances», note un DRH.
Dilemme pour l’entreprise, mais aussi pour les femmes, parfois contraintes de se passer, durant une bonne partie de la journée, du «petit bout de chou» dont elles rêvaient depuis longtemps. Parfois, il faut même faire un choix entre l’emploi et le bébé. C’est le cas d’Amina M., magasinière dans une centrale d’achats. «Je sais parfaitement, dit-elle, que mon patron, ayant appris que je vais me marier, est persuadé que je veux des enfants. Il va donc me garder en CDD. Et comme il ne renouvelle jamais les CDD des jeunes femmes qui risquent d’être enceintes, mes jours sont comptés dans l’entreprise». D’autres mères se souviennent aussi des nombreux calculs qu’elles ont dû faire pour ne pas accepter tel poste ou telle mission exposés pour pouvoir avoir un enfant.

Congé de maternité, ce qu’il faut savoir
En fin de compte, la maternité pose problème. Il faut donc revenir aux dispositions légales, mal acceptées par certains employeurs, dont une bonne partie, notamment dans les petites entreprises, n’est même pas au fait des dispositions protectrices qu’offre le Code du travail aux salariées enceintes.
Tout d’abord, le congé de maternité est un droit. Le Code du travail y a inclus quelques nouveautés concernant notamment la durée du congé. Celle-ci passe de 12 à 14 semaines. De plus, la future mère a également droit à trois mois supplémentaires, sans solde.

Une salariée n’est pas obligée de révéler sa grossesse
De même que la loi n’impose aucun délai à une femme enceinte pour informer son employeur de son état. Elle peut donc le faire au moment qui lui paraîtra opportun. Sa seule obligation : produire un certificat médical attestant de sa grossesse et indiquant la date présumée de son accouchement, ainsi que, s’il y a lieu, la durée prévisible d’un état pathologique justifiant l’allongement du congé de maternité.
Autre mesure de protection, la femme enceinte ne peut être licenciée par son employeur. Chose que beaucoup de femmes redoutent. «A partir du moment où l’employeur a été informé par la salariée de sa grossesse, il ne peut plus la licencier», note Ahmed Laksiwar, consultant en droit du travail. Cette interdiction se poursuit pendant toute la durée du congé de maternité et durant les quatre semaines qui suivent l’expiration de ce congé.
Si une salariée enceinte est licenciée avant d’avoir produit un certificat médical, elle dispose d’un délai de quinze jours après la notification de son licenciement pour présenter son certificat et voir son licenciement annulé. Toutefois, l’employeur est en droit de transgresser cette disposition dans deux cas : lorsqu’il est dans l’impossibilité de maintenir le contrat de travail pour une raison économique, et en cas de faute grave non liée à l’état de grossesse. Dès lors, l’employeur ne pourra la licencier qu’à l’issue de son congé.

Finalement, la salariée peut dissimuler sa grossesse. Mieux, une femme candidate à un emploi n’est pas tenue de révéler sa grossesse lors d’un entretien d’embauche. Tout comme l’employeur ne doit pas chercher à se renseigner sur l’état de la candidate et ne peut en aucun cas prendre en considération une éventuelle grossesse pour justifier sa décision de ne pas l’embaucher. La loi est claire, mais «rares sont les entreprises qui s’aventurent à recruter des femmes enceintes, sauf si elles présentent un profil très recherché», commente Ahmed Laksiwar.
Par ailleurs, une gestion efficace de l’avant et après-maternité s’impose plus que jamais dans les entreprises. Intérim, rotation des postes, remplacement… Dans la plupart des cas, les choses se passent en souplesse. Mais il suffit d’une défaillance pour que la bonne ambiance vole en éclats.
«J’ai compris mon désarroi le jour où deux de mes collaboratrices ont voulu partir au même moment», se souvient ce jeune dirigeant d’une agence de communication. Hasna B., chef de projet dans une agence de communication dont l’effectif est composé intégralement de femmes, alors en instance de départ pour un congé de maternité, se rappelle, elle, les paroles assez brutales de sa patronne sur la question : «Ne tombez pas toutes enceintes en même temps. Organisez-vous pour cela !». C’est dire que l’entreprise devient très malthusienne dès que sa rentabilité est menacée. Et comme nous n’en sommes pas encore arrivés au stade des crèches d’entreprises ou des congés de paternité, le problème reste entier, quand bien même on continue de féliciter très chaleureusement les jeunes mamans dans les journaux internes de l’entreprise.