La créativité n’est pas seulement l’affaire du top management

L’innovation et la créativité sont indispensables dans un
contexte où il faut constamment faire la différence.
Team building, cercle de qualité, brainstorming ou tout simplement boîtes
à idées, les outils de phosphoring ne manquent pas.

«Nous sommes tous créatifs». Ce slogan suffit pour dire qu’il est presque impossible de dégager un archétype du créatif. Reste qu’il y a des caractéristiques communes chez ceux qui développent et émettent des idées novatrices. Ce sont l’ouverture d’esprit, la curiosité, la culture générale, mais aussi le sens du partage et la capacité de se remettre en question. Explications avec Omar Benaini, consultant associé de LMS-ORH.

La Vie éco : Pourquoi parle-t-on de plus en plus d’un management créatif ?
Omar Benaini : Pour la simple raison que l’innovation et la créativité sont devenues stratégiques dans un contexte où il faut constamment se différencier. Malheureusement, la créativité a souvent été étouffée dans nos entreprises.
On exigeait tout simplement d’avoir de bons exécutants. Les créatifs faisaient peur aux managers, peur de ne pas pouvoir contrôler les autres ou les cadrer. Aujourd’hui de tels comportements ne sont plus valables. C’est absurde d’avoir raison tout seul ou d’être intelligent tout seul. Ce n’est plus du ressort uniquement du chef de l’entreprise ou du management. La créativité est l’affaire de tous.
Il ne faut pas oublier que la créativité est une capacité que, potentiellement, nous avons tous, sauf qu’on peut l’utiliser bien, partiellement ou sans en avoir conscience.
Cela suppose qu’il faut adopter certaines attitudes ?
Parfaitement. La curiosité, l’intuition, l’expression libre des idées, l’écoute des autres… Il est important aujourd’hui de cultiver ces attitudes et de les partager avec les autres, d’encourager une culture favorable à l’expression des idées nouvelles, même les plus farfelues. J’aime souvent répéter l’exemple d’un dirigeant qui, nouvellement promu dans une entreprise, avait rassemblé tout le staff managérial pour essayer non pas de réfléchir mais de rêver à ce que pourrait devenir l’entreprise dans dix ans. L’un de ses collaborateurs avait la manie de répéter «si je n’ai pas peur de me tromper, je pense que l’entreprise évoluera…». Alors, le dirigeant l’interrompt en lui disant : «Mais bon sang, trompez-vous ! Nous sommes là pour nous tromper». Ce genre d’attitude permet justement de dépasser l’autocensure et de libérer l’énergie des autres afin qu’ils soient plus créatifs.
Concrètement, pensez-vous que nos managers encouragent la créativité de leurs collaborateurs ?
Il faut reconnaître que la créativité n’est pas l’affaire des grandes entreprises. On pense souvent que les PME n’ont pas les moyens des grandes structures, que la recherche coûte trop cher, qu’ils sont noyés dans leurs tâches opérationnelles… C’est faux. Les entreprises les plus créatives sont celles qui ont favorisé la liberté de parole et des idées. Malheureusement, on rencontre toujours des managers qui aiment s’entourer de collaborateurs moins brillants qu’eux. Ils n’aiment pas qu’on leur fasse de l’ombre. Par conséquent, ils marginalisent automatiquement ceux qui brillent.
Y a-t-il des outils à utiliser ?
Les plus efficaces sont ceux qui ont toujours privilégié la mobilisation physique des individus. On peut parler des cercles de qualité qui, à un certain moment, faisaient l’unanimité dans les entreprises ou encore les brainstormings et autres focus group. L’expérience de l’animateur est importante puisqu’il s’agit d’établir la confiance entre les individus. Il faut aussi apprendre à la hiérarchie à être à l’écoute des collaborateurs et à ne pas être rancunière. Bien évidemment, il existe d’autres outils comme la boîte à idées, l’intranet…
On constate aussi que les entreprises recourent de plus en plus à des séminaires de développement personnel, du type team building et prise de parole, pour justement développer la créativité de leurs collaborateurs. A noter aussi que les conventions annuelles deviennent de plus en plus des moments importants pour les entreprises.
En somme, la stratégie d’entreprise n’est plus une affaire monopolisée par le staff directeur. Celle-ci implique le personnel même au bas de l’échelle. Fini le temps où les directeurs s’enfermaient avec leur expert pour phosphorer. Aujourd’hui, tout le monde participe.
Où en est-on dans la recherche sur la créativité ?
C’est un chantier encore très récent dans le monde de l’entreprise. A un certain moment, le thème était mal perçu par les dirigeants marocains. C’est comme si on allait phosphorer dans un endroit loin des bases. On ne peut pas dire également qu’on retrouve localement des experts en la matière alors que certains cabinets étrangers en ont fait leur spécialité. Ceci dit, certains outils se sont nettement développés localement.

Par exemple ?
Chez nous, par exemple, nous utilisons fréquemment la méthode «métaplan», appelée encore méthode des «réunions post-it». Il s’agit de l’outil le plus vulgarisé à l’échelle internationale, qui consiste à produire le maximum d’idées à l’aide de post-it. Les idées n’appartiennent plus aux individus mais au groupe.
Autre méthode utilisée, celle des ateliers de prospective. Il s’agit d’un produit élaboré en interne. L’idée est simple. Il s’agit de demander à un groupe de travail de se projeter dans l’avenir. Cela permet de dépasser la censure des problèmes quotidiens et de se projeter par conséquent sur les chantiers du futur. Cela requiert beaucoup d’imagination. C’est également le cas de la méthode du portrait chinois. L’avantage est d’ouvrir le champ à l’imagination des autres. Certaines entreprises utilisent par exemple les dessins. C’est une forme d’expression beaucoup plus facile que l’écrit .
omar benaini
Consultant associé de LMS-ORH
C’est absurde d’avoir raison tout seul ou d’être intelligent tout seul. La créativité est l’affaire de tous.