La cooptation, un bon outil de recrutement à  condition d’établir une charte précise

C’est une démarche permettant de trouver plus rapidement le profil correspondant aux besoins
de l’entreprise

Il est important pour une entreprise d’instaurer
une charte très précise des techniques de cooptation pour éviter
toute dérive.

Ali Serhani Consultant RH Gesper Services

La cooptation consiste, pour l’entreprise, à  avoir recours à  l’assistance de ses salariés (cooptateurs) pour trouver le bon profil en vue d’un recrutement. Les avantages de cette démarche peuvent théoriquement se résumer ainsi :

‰ Le risque d’erreur peut s’avérer insignifiant ;

‰ Lesdits collaborateurs ont déjà  déblayé le terrain en présentant objectivement leur entreprise aux personnes cooptées. Ils ont déjà  décrit, même sommairement, les postes à  pourvoir, permettant aux potentielles recrues d’avoir déjà  une idée sur l’entreprise, sa culture, les postes à  pourvoir et sur ce que l’on attend d’eux ;

‰ La cooptation permet à  l’entreprise de «griller» certaines étapes au niveau du recrutement, et par là , de réaliser un gain de temps considérable ;

‰ La cooptation permet d’élargir le champ d’investigation pour un recrutement fiable puisqu’elle permettra de diversifier et de proposer des profils qui ne seraient peut-être jamais venus d’eux-mêmes ;
‰ Les salariés d’une entreprise, adhérant à  un projet auxquels ils croient, sont les meilleurs ambassadeurs de cette entreprise, car coopter une personne, cela signifie que l’on est soi-même bien là  o๠on est, et convaincu de l’utilité de la démarche.
Croire en cette démarche, c’est croire aux valeurs de l’entreprise à  tel point que lorsqu’on présente cette dernière, on a l’impression de présenter «son» entreprise.
Cependant, la démarche n’est pas sans risque. Parfois la cooptation est synonyme de «copinage». Il y a des entreprises de la place, et pas des moindres, qui en ont fait l’expérience et en gardent des souvenirs peu reluisants.
Certaines entreprises structurées ont vu se déployer en leur sein une cooptation qui avait pour devise la quête du double». Ce qui est dangereux.
Je m’explique. Par exemple, un centralien souhaitera coopter un autre centralien, un polytechnicien un autre polytechnicien, etc. Résultat, on assiste à  ce que certains chercheurs en RH considèrent comme un «appauvrissement de la diversité» au sein de l’entreprise.
Le véritable problème de la cooptation au Maroc réside dans le fait qu’elle n’est pas bien ancrée dans la culture de l’entreprise. On confond ainsi cooptation et caution. Qui dit caution dit assumer des responsabilités trop risquées dès le départ, sachant que personne ne peut se prévaloir de connaà®tre avec précision la nature humaine.
On croit bien cerner une personne que l’on recommande et découvrir plus tard qu’elle n’est pas à  la hauteur. Alors, imaginons l’embarras d’un «cooptateur» disposant d’une bonne réputation au sein de l’entreprise et qui craint de la voir ternie.

Le cooptateur reste une courroie de transmission.

Le cooptateur doit juste être considéré comme une courroie de transmission. Sa responsabilité ne doit en aucun cas être invoquée. La décision d’embauche appartiendra toujours au service «recrutement» et à  la hiérarchie de la recrue. Pour reprendre les termes d’un responsable du recrutement d’une multinationale américaine : «Le cooptateur est une annonce de recrutement vivante. Parfois il est difficile, à  travers une simple annonce, de dire ce que nous cherchons».
Il n’en demeure pas moins que, dans certains cas, celui-ci peut être accusé, peut-être à  tort, d’avoir failli si, un peu plus tard, la recrue ne donne pas satisfaction (voir encadré ci-dessous). C’est la raison pour laquelle quelques précautions s’imposent.
Il ne suffit pas de dupliquer un concept et de penser qu’il est la panacée alors que les règles ne sont pas clairement définies entre l’employeur et les employés cooptateurs.
Quelles sont les règles, adaptées au contexte, à  mettre en place ?
Qui coopte qui ?
Quelle est la récompense pour une cooptation réussie ?
Quelles en sont les limites ?
En outre, un salarié ne doit pas coopter quelqu’un appelé à  travailler dans le même service ou à  être placé sous ses ordres.
Il est donc important d’inclure, dans le règlement intérieur de l’entreprise, une charte très précise des techniques de cooptation pour éviter toute dérive et par là  encourager la cooptation au sein de tous les services.