Jamal Amrani : « Il n’y a pas une période précise pour partir en congé, tout dépend du secteur »

Jamal Amrani, DG du cabinet Jadh : Le manque de personnel peut rendre compliquée la gestion des congés. La délégation permet de palier une absence, mais il faut qu’elle soit préparée. L’organisation du travail pendant Ramadan doit se définir en concertation avec le personnel.

Tout travailleur, salarié ou non, a besoin de s’arrêter à un moment donné pour reprendre ses forces. Cependant, eu égard aux engagements de l’entreprise, il n’est pas possible de laisser à chacun la latitude d’organiser ses départs en congé à sa guise. Jamal Amrani, DG du cabinet Jadh et ex-DRH dans de grands groupes, nous explique comment éviter les mauvaises surprises.  

En tant qu’expert, remarquez-vous des cumuls de congé dans les entreprises ? Si oui, qu’est-ce qui explique cette situation ?
La gestion des congés payés est liée à plusieurs aspects du fonctionnement de l’entreprise. Elle se met en place en fonction, par exemple, de l’activité, des pratiques sectorielles ou encore des accords et des conventions mises en place dans le cadre des relations sociales. Une entreprise dont l’activité est saisonnière se doit d’organiser ses départs en congé en dehors de la haute saison, même si parfois cette dernière correspond à la période estivale. C’est le cas par exemple des producteurs de boissons, des sociétés de restauration et d’animation, des administrations des frontières ou des activités aéroportuaires… A l’inverse, cette même entreprise à l’activité saisonnière se gardera le droit de concentrer le maximum des départs en congé pendant ce qui est pour elle la basse saison. Les équipes d’un hôtel à Agadir doivent rester disponibles en été et, à l’inverse, les équipes d’un hôtel à Fès peuvent partir en congé en été (la période de haute activité n’est pas la même selon les destinations).
La bonne gestion du cumul de congés tout comme des heures supplémentaires est, en fait, totalement liée à la bonne organisation ou non de l’entreprise. Une entreprise doit être capable de gérer et de planifier les congés. Si elle n’arrive pas à laisser partir ses équipes en congé, cela ne peut s’expliquer que de deux manières : soit par un manque flagrant en personnel qui ne permet donc pas de finir le travail et de respecter les engagements dans les délais, soit par un manque d’organisation de l’activité, de capacité de délégation et d’autonomie des collaborateurs.
Je rappelle à cette occasion la définition de la gestion des ressources humaines. Elle consiste à disposer à temps, et en permanence, d’effectifs suffisants, d’hommes compétents et motivés, à un coût optimal, pour faire le travail nécessaire, dans le meilleur climat social possible.

Ramadan se présente encore une fois au beau milieu de l’été. Quelle est la bonne formule pour organiser le travail ?
Aujourd’hui, tout le monde reconnaît et constate que la productivité baisse pendant ce mois et qu’il est souvent difficile de continuer à assurer le même rythme et le même rendement pendant toute la journée de travail, fût-elle raccourcie. Il faut vraiment que les collaborateurs aient un véritable sens des responsabilités, une bonne dose d’intégrité et de loyauté pour les voir maintenir la constance de leurs résultats ou, plus généralement, de tenir leurs engagements. Certains d’entre eux, conscients de leurs limites durant la journée et dont le travail le permet, préfèrent revenir sur leur lieu de travail après la rupture du jeûne.
En réalité, il n’y a pas de formule magique, tout dépend du modèle managérial qui règne au sein de l’entreprise, de ses valeurs et de l’engagement de son personnel et de ses dirigeants.
L’organisation du travail pendant Ramadan doit se définir en concertation avec le personnel, en impliquant les collaborateurs et en tenant compte des impératifs de gestion et de production. Les formules ne peuvent qu’être spécifiques et adaptées à chaque situation ; j’entends par situation, la taille de l’entreprise, la nature de l’activité, le marché où elle opère….

Quelles solutions peuvent être apportées au niveau de l’organisation quotidienne ?
A chaque fois que l’entreprise peut opérer par projet, il faut privilégier cette piste. La gestion par projet et donc par objectif en termes de résultats et de délais permet aux équipes de concevoir une organisation spécifique et donc de tenir compte des contraintes quotidiennes comme celles liées au mois de Ramadan. Faire travailler les gens en équipes peut également être un mode de fonctionnement assez efficace, mais à condition que cela soit structuré et organisé : définition et répartition des tâches, fixation des délais d’exécution, validation des résultats intermédiaires…. La difficulté dans ce cas-là réside dans le degré d’autonomie des équipes.
De 10 h à 12 h est la période qu’il faut réserver aux activités de réflexion et de prise de décision. Je recommanderai cette plage horaire pour organiser les réunions et les rencontres les plus sensibles et les plus stratégiques.
Il faut redoubler d’efforts au niveau de l’encadrement des activités, du contrôle de l’état d’avancement des travaux de manière à être en mesure de réajuster, d’apporter le soutien et l’assistance nécessaires et de fournir davantage de moyens si besoin était.
Cet aménagement du temps et de l’organisation du travail doit être perçu par le collaborateur comme une considération manifeste de la valeur du travail et de l’engagement de manière générale. C’est toute une culture que se doit de développer l’entreprise.