Intuition : Entretien avec Mahdi Mouatassime, DG du cabinet Emway

Même si son origine demeure mystérieuse, les neurosciences reconnaissent aujourd’hui que l’intuition ou le feeling peut être un allié non négligeable pour faciliter la vie en général. Elle sert de mesure alternative au rationnel.

Mahdi-MouatassimeL’intuition serait une manière rapide d’évaluer une situation en la mettant en rapport avec des situations similaires déjà connues. Pour beaucoup, elle constitue un accélérateur d’intelligence. Est-elle nécessaire dans la relation avec autrui, dans la prise de décision… ? Faut-il se fier à son feeling à tous les coups? Existe-t-il des techniques pour la stimuler ? Eléments de réponse avec Mahdi Mouatassime, DG du cabinet Emway.

Quelle définition faut-il donner à l’intuition ?

L’intuition peut être définie comme un mode de connaissance, de pensée ou de jugement, perçu comme immédiat (au sens de direct) ; c’est une faculté de l’esprit. Elle serait une manière rapide d’évaluer une situation en la mettant en rapport avec des situations similaires déjà connues.

Selon Meryem le Saget (*), «être un manager intuitif, cela consiste d’abord à privilégier une certaine forme d’attitude intérieure. Une dimension souvent occultée qui renvoie à des traits de sensibilité féminine : la flexibilité, la réceptivité, le sens de la communication, la capacité à donner du sens à l’ action».

Le manager intuitif accepte critiques et contradictions et les intègre à son projet d’entreprise, il s’attache à révéler chez ses collaborateurs des potentialités et des qualités qui leur étaient inconnues. Elargir son horizon personnel, réconcilier sa raison et ses émotions profondes lui offrent des potentialités exceptionnelles pour développer la vitalité de sa structure et pour guider ses collaborateurs-partenaires vers le succès à travers un apprentissage permanent, fait d’écoute, de partage et de dialogue.

La prise en charge par le manager intuitif de ces éléments doit lui permettre de conduire l’entreprise sur les chemins du progrès et de la performance. Il ne s’agit nullement ici de reproduire les stéréotypes du management directif où la parole venue d’en haut constituait l’unique modèle et référence.

Pour vous, le rationnel ne suffit pas pour la gestion des situations complexes, pour la prise de décision, sa relation avec autrui… ?

Face aux changements que vit notre société et notamment nos entreprises, la maîtrise technique et le savoir-faire ne suffisent plus pour réussir sa mission, à gérer ses collaborateurs et prendre les bonnes décisions. La réussite personnelle et l’excellence professionnelle passent essentiellement par le développement de son savoir-être et l’actualisation de son potentiel émotionnel et relationnel pour mieux gérer les tensions et s’adapter à un environnement de plus en plus évolutif.  C’est pourquoi la PNL 3e génération, avec notamment les travaux de Robert Dilts, a mis l’accent sur l’importance de l’intelligence émotionnelle et de l’intelligence relationnelle comme facteurs clés de succès de la nouvelle génération de managers et d’entrepreneurs du XXIe siècle.

Quel est le secret de ce nouveau management ?

Le secret est qu’ils ont su développer leurs  compétences personnelles, qui suppose le développement de l’habileté de la connaissance de soi pour mieux se gérer soi-même ; et leur compétence sociale renvoie au développement de la capacité de connaissance de l’autre pour mieux gérer les autres. Ils arrivent à développer ces compétences parce qu’ils ont appris à solliciter au quotidien leurs trois esprits : cognitif, somatique et champ en plus de stimuler l’hémisphère droit de leur cerveau :

 L’esprit cognitif est en relation avec notre cerveau et le développement de nos capacités cognitives, il est le siège de notre intelligence intellectuelle.

 L’esprit somatique est en relation avec notre corps et nos ressentis, il est le siège de notre intelligence émotionnelle.

 L’esprit champ est en relation avec notre capacité à nous connecter au champ informationnel ou inconscient collectif qui nous entoure, il est le siège de notre intelligence relationnelle. 

Grâce au développement de cette multi-intelligence, ces personnes sont plus passionnées, plus déterminées et plus créatives. Cela se traduit par une motivation, une capacité d’innovation et de concentration plus grande. Les managers et entrepreneurs de la prochaine génération veulent créer une entreprise qui soit à la fois prospère et porteuse de sens, alliant ambition avec le sens d’une contribution et le désir d’épanouissement personnel. Ils désirent également attirer et collaborer avec ceux qui partagent les mêmes vision, mission et ambition. En d’autres termes, cette nouvelle génération est impliquée dans la création d’un monde auquel les gens veulent appartenir. Elle joue un rôle moteur, change la façon de mener les affaires et stimule l’avenir économique et social de leur entreprise.

Pour revenir à l’intuition, que nous permet-elle de réaliser ?

Elle peut se manifester comme une petite voix intérieure qui nous conseille, une certitude qui s’impose, une réaction corporelle, un ressenti plus ou moins intense. Il s’agit pour une bonne part d’informations sensorielles captées par notre cerveau mais qui ne parviennent pas à notre conscience. Les plus réceptifs -intuitifs- prennent en compte ces messages internes et d’autres les refoulent ou les ignorent. C’est pourquoi les neuroscientifiques appellent  l’intuition : «inconscient d’adaptation».

Même si son origine demeure mystérieuse, les neurosciences reconnaissent aujourd’hui que l’intuition ou le feeling peut être un allié non négligeable pour faciliter la vie en général et est un réel atout en management.

Peut-on développer cette attitude  ou est-ce quelque chose d’inné ?

L’intuition n’est ni un sixième sens magique, ni un don réservé à quelques élus, c’est une faculté à la portée de tous.

(*) experte internationale en vision partagée, conduite du changement, management et prospective – auteure de plusieurs ouvrages sur le management intuitif.