Internet au bureau : comment concilier contrôle et respect du salarié

Comme pour le téléphone, un usage personnel limité est tolérable. Charte de bonne conduite, introduction des conditions d’utilisation dans le règlement intérieur ou restriction, il existe plusieurs moyens légaux ou techniques pour limiter l’utilisation à  des fins personnelles.

«Notre entreprise a toujours toléré l’utilisation d’internet au bureau. Mais depuis que le directeur a constaté des abus (téléchargements de films, occupation des postes au delà du temps de travail…), il a considérablement restreint l’accès à certains sites, même Facebook», raconte Najat, directrice communication dans une entreprise de services. Des employés suspendus pour avoir utilisé abusivement internet ou encore des entreprises poursuivies pour atteinte au droit à la liberté des salariés… Aujourd’hui, il ne se passe pas un jour sans qu’une affaire similaire ne soit mise sur la place publique en Europe ou ailleurs. Au Maroc, on n’en est pas encore à cette situation bien que cet outil soit largement vulgarisé, que ce soit au bureau ou même à domicile. L’outil est devenu indispensable au même titre que le téléphone et autres outils de travail. Il n’y a presque pas d’entreprises qui se passe de l’internet. Dès lors, les collaborateurs qui y ont accès y passe beaucoup de temps, pour des raisons professionnelles ou pour se distraire. C’est ce second type d’utilisation qui préoccupe. Au niveau local, il n’y a pas d’études précises sur le temps moyen de connexion active. Mais, par exemple, en France, un cadre passerait en moyenne près de 90 minutes sur internet par jour. Aucun détail n’est cependant donné sur la nature des sites visités.
De toute manière, si l’usage à des fins personnelles est limité, il n y aurait rien à dire. Comme pour le téléphone, difficile pour les inscrits à des réseaux sociaux comme Linkedln, Viadeo ou Facebook de ne pas consulter leur messagerie ou leurs pages. De plus, beaucoup ne s’informent plus que par internet et s’offrent souvent quelques minutes de distraction en écoutant de la musique. Mais quand on passe des heures à surfer sur des sites peu recommandables ou à mettre à jour son blog, il y a danger. Le salarié à certes des droits, mais il a aussi des obligations. «Perte de productivité, mais également augmentation des risques de virus informatiques et de saturation de la bande passante, l’usage abusif peut être préjudiciable à l’entreprise», souligne Adil Morsad, avocat au barreau de Casablanca, qui précise que «plus qu’une faute professionnelle, un usage délictuel de l’outil informatique par un salarié peut être poursuivi pénalement». En d’autres termes, si l’on peut attaquer un employeur coupable d’avoir fouiné dans une messagerie personnelle, on peut aussi être sanctionné pour faute grave en cas d’abus.
Le problème est de donc de savoir sur quelle base doit être régi le mode d’utilisation du web à un usage personnel. En France, par exemple, plusieurs textes de loi du code pénal, code civil et du code du travail définissent les droits et devoirs de l’employeur et des employés. Ils visent à éviter l’usage abusif de ces outils tout en protégeant la vie privée des salariés.
En outre, les entreprises adoptent de plus en plus des chartes interdisant tout surf personnel. Les salariés sont le plus souvent contraints par ces chartes à n’utiliser le courrier électronique qu’à des fins exclusivement professionnelles. Les modalités de ces usages sont clairement définies entre employeur et employé. Cela peut se traduire par un paragraphe supplémentaire du règlement intérieur comme par une clause spécifique dans le contrat de travail. Certaines sociétés, notamment américaines, précisent même que tout message électronique envoyé par un salarié doit être considéré comme un enregistrement permanent, écrit, pouvant à tout moment être contrôlé et inspecté.

Tout dispositif de contrôle doit en principe être porté à la connaissance des salariés

Ainsi, chaque entreprise peut à sa manière s’assurer du bon usage de l’outil. Certains rédigent une charte de bonne conduite. D’autres n’accordent un accès qu’à une catégorie du personnel (DG, directeurs de département ou de service). Il y en a qui limite l’accès à quelques postes dans un espace commun de sorte qu’il soit difficile de monopoliser un poste pour un usage personnel. «De même qu’il est possible de bloquer la connexion au delà des heures du travail parce qu’on constate souvent que certains employés restent au delà de ces heures pour entretenir une correspondance ou surfer sur le web. Tout comme on peut se doter de quelques logiciels pour empêcher l’accès à certains sites non recommandables», note Karim El Ibrahimi, DG du cabinet RMS. En effet, le fait d’empêcher l’accès à certains sites est possible, et il existe bel et bien des logiciels destinés au contrôle de l’activité des salariés. Par exemple, en ce qui concerne les mails personnels dont la fréquence peut entraîner la surcharge de la bande passante, l’intrusion de virus, la diffusion d’images à caractère pornographique…, l’administrateur réseau dispose d’un arsenal technique pour contrôler la taille ou le contenu des pièces jointes, et les refuser en cas de virus.
Reste qu’un climat de surveillance peut provoquer une résistance passive. Surtout chez les cadres où la productivité peut baisser nettement. Pour éviter les quiproquos, «il faut donc une relation de confiance», souligne M. El Ibrahimi. En règle générale, tout dispositif de contrôle doit en principe être porté à la connaissance des salariés, tout comme les représentants du personnel doivent être consultés avant toute mise en place d’un outil de contrôle. Mais en cas d’abus, un simple geste de rappel à l’ordre est parfois utile.