Industrie, BTP, tourisme…, Tanger

Le marché de l’emploi se concentre sur les métiers techniques et industriels.
L’accent est de plus en plus mis sur les compétences personnelles
et ce, pour la majorité des profils, cadres ou autres.
Deux problèmes pour les entreprises marocaines : trouver de bons profils
et fidéliser les collaborateurs déjà en place.

Tanger entend-t-elle devenir le premier pôle industriel du pays ? En tout cas, les deux pôles de croissance qui y ont été institués, à savoir Tanger Free Zone (TFZ) et le complexe portuaire Tanger Med, créent une réelle effervescence dans la région.

La zone franche, qui en est à sa seconde phase, ne cesse d’attirer des investisseurs. Aujourd’hui, ce sont près de 250 sociétés qui y sont installées. Plus de la moitié sont en activité et génèrent plus de 18 000 emplois. Le reste est en cours de construction ou en cours d’étude. Ce sont plus de 7 000 nouveaux emplois qui y seront créés.

En termes d’investissements cumulés, cette zone représente 3,22 milliards de DH. Comparativement aux 23 entreprises représentant 166,35 millions d’investissement, en 1999, l’évolution est plus que palpable.

Espagnol et anglais, la maîtrise de ces langues est une condition nécessaire
Par secteurs d’activité, les sociétés en activité sont réparties entre les services (94 unités), le textile et cuir (56 sociétés), les industries mécaniques, métallurgiques, électriques et électroniques (50 unités), la chimie-parachimie (26), et l’agro-industrie (8).

Le poids économique de cette zone est important, mais il n’a rien à voir avec celui du complexe Tanger-Med qui, au vu de sa taille, aura des retombées beaucoup plus significatives en termes d’emplois. De son côté, le projet de Renault-Nissan permettra de créer 6 000 emplois directs et 30 000 indirects. Dans les années à venir, pour de nombreux profils, il ne sera pas difficile de se caser dans le nord.

En attendant que tous les projets annoncés soient finalisés, le marché de l’emploi connaît une certaine effervescence, même si les offres concernent toujours les profils classiques (commerciaux, comptables, assistantes de direction, contrôleurs de gestion…). Les ingénieurs, maîtrises, techniciens et ouvriers qualifiés ne sont pas en reste.

Du point de vue sectoriel, les professionnels du BTP ont été dépassés par les effets de la croissance. «Outre la montée des prix des matières premières et du foncier, ce secteur est actuellement en proie à une pénurie de main-d’œuvre. Il faut aller la chercher jusque dans le sud», explique Mohammed Emtil, DG du cabinet Espace RH.

Le secteur du tourisme offre également des opportunités pour les demandeurs d’emploi. L’hôtellerie-restauration connaît une bonne croissance. Les établissements sont à la recherche de profils confirmés et ce dans plusieurs domaines. On en citera principalement les maîtres d’hôtel, chefs de cuisine spécialisés (notamment avec une spécialité pâtisserie ou boulangerie), chefs de service hébergement, chef de partie cuisine, ou encore des chefs de rang restauration, banquet et room-service.

Il faut dire d’emblée que ces profils sont rares. Et pour cause, outre la maîtrise du métier, les exigences en termes de langues et de présentation sont de plus en plus élevées. Sans oublier que le secteur connaît un fort turn-over dû en grande partie à la concurrence étrangère. Les profils les plus pointus préfèrent s’expatrier dans les pays du Golfe ou en Europe pour des raisons de salaire ou d’évolution de carrière.

Autre activité qui recrute : les centres d’appel. Bien évidemment, leurs besoins portent sur les téléopérateurs, les téléconseillers ou encore les superviseurs. Seul bémol, les personnes qualifiées manquent cruellement dans ce domaine, comme le précisent les spécialistes du recrutement. Sur 500 demandes d’emploi, il faut compter en moyenne 5 personnes valables ayant une bonne maîtrise des langues et une aisance dans la communication. Ce chiffre doit être regardé comme un indicateur du gap qu’il y a entre les profils recherchés et ce que l’on trouve sur le marché.

Au demeurant, ce problème ne concerne pas seulement les centres d’appel. Sofia Jbilou (voir en page III), attachée commerciale à l’agence Manpower de Tanger, dit avoir du mal à trouver des profils présentant certaines aptitudes comme la maîtrise de l’anglais ou de l’espagnol, la maîtrise de l’outil informatique et le sens de l’organisation. Pour rappel, il faut compter entre deux et quatre mois pour trouver un profil adéquat.
Partout, l’accent est de plus en plus mis sur les compétences personnelles et ce, pour la majorité des profils, cadres ou autres. Dans un tel contexte, l’entreprise n’hésite pas à payer le prix qu’il faut pour mettre la main sur la perle rare, tout en évitant de verser dans la surenchère. A ce propos, Essaid Bellal, DG du cabinet Diorh, précise que «la région n’est pas encore compétitive en matière de salaires, surtout pour les cadres. Les salaires sont inférieurs de 10 à 20% à ceux pratiqués à Casablanca ou Rabat. Dès lors, très peu de cadres en service dans ces villes envisagent d’émigrer vers le nord». Mais les pratiques du marché commencent petit à petit à s’harmoniser à la faveur d’enquêtes de rémunération de plus en plus fréquentes.

Un taux de turn-over record dans le textile
«Face à cette pénurie de candidats, les entreprises locales ont un double challenge. Elles doivent aussi bien recruter des profils pointus que fidéliser leurs effectifs, de peur qu’ils aillent voir là où l’herbe est plus verte, surtout auprès des groupes étrangers», constate Jawad Squalli, DG d’Aluminium du Maroc (voir encadré). Certaines industries, notamment le textile, ont enregistré cette année des taux record de turn-over.

En somme, tous les spécialistes s’accordent à dire que la bataille de l’emploi n’est pas gagnée. La solution passe nécessairement par une politique RH sur mesure pour Tanger et sa région, sachant qu’au-delà du coût du travail, la qualité des ressources humaines est incontournable pour attirer les investisseurs.