Ils sont fainéants par intérêt, par ennui, par principe…

Mounir C.
Banquier
«Tous les gens intelligents sont fainéants»
«Etre fainéant, c’est être rebuté par l’idée d’accomplir une tâche débile. Tous les gens intelligents sont fainéants. La fainéantise disparaît avec la motivation, la créativité… Le sous-développement pour moi c’est faire quelque chose uniquement pour gagner son pain, rien d’autre. C’est malheureusement le cas de la quasi-totalité des gens. Le pourcentage de personnes se réalisant au travail au Maroc est nul. C’est en partie dû à une gestion désastreuse des ressources humaines. Ce que l’on demande aux salariés n’est pas un travail, une performance, mais une présence. La bonne gestion consisterait à rendre “heureux” ces salariés afin d’en tirer le meilleur profit.»

Anas R.
Technicien
«Durant le Ramadan, les gens trouvent mille excuses à ta fainéantise»
«Durant le Ramadan, tout le monde trouve tout à fait normal d’être fainéant. Ce n’est même pas la peine de trouver des excuses, les gens s’en chargent : tu es fatigué, tu as dû te lever pour le s’hour, etc. Je travaille donc encore moins qu’en temps normal. C’est une pratique généralisée dans ma boîte de traîner, et cela toute l’année. Mais c’est curieusement aussi souvent pour travailler davantage. Si le travail n’est pas fini, en effet, on peut demander à accomplir des heures supplémentaires, trois fois mieux rémunérées. Travailler moins pour travailler plus, est-ce de la fainéantise ? Je ne sais pas, en tout cas, ça prouve une chose : l’unique raison qui nous fait lever le matin, c’est l’argent.»

Bachir D.
Chef de projet en informatique
«J’aime faire les choses lentement»
«Je suis fainéant. J’aime faire les choses lentement. Je fais le strict minimum et j’épargne toujours mes efforts. Je n’aime pas être entouré pour travailler, j’attends donc que tout le monde parte pour commencer. J’ai besoin de solitude pour réfléchir, mais je dois faire de la présence, alors je reste là, à ne rien faire. Je ne travaille que le vendredi, samedi et lundi. Le reste du temps, je fais semblant. Je regarde les résultats sportifs sur internet, les derniers films… et il m’arrive de passer un ou deux coups de téléphone professionnels. Je déteste travailler dans l’urgence. J’aime avoir du temps.»

Saloua B.
Commerciale
«Je ne me tue pas à la tâche, mais je ne triche pas non plus»
«Je n’ai pas un salaire fixe. Mes revenus dépendent entièrement de mon chiffre d’affaires. J’ai négocié ce mode de rémunération parce que je suis consciente de mes capacités et, franchement, je ne regrette pas d’avoir fait ce choix, sachant que je suis libre d’organiser mon temps de travail. Evidemment, je paresse, ou plutôt je me repose un peu, quand je n’ai pas la pêche. Mon employeur ne trouve rien à y redire parce que je dépasse presque toujours les objectifs que nous avons fixés ensemble et qui déterminent le taux de commission. Tout cela pour vous dire que je travaille pour mener une vie correcte. Je ne me tue pas à la tâche, mais je ne triche pas non plus. Si je ne suis plus contente de ma situation, personne ne pourra me retenir. Pourquoi alors faire semblant de travailler ?»