Ils racontent leurs expériences

Mohamed El Amrani
DG de PME (produits en plastique)
«Passer de salarié à entrepreneur est parfois risqué»
«Depuis longtemps attiré par l’entreprenariat, je me suis lancé dans l’aventure après 20 ans d’expérience en tant que cadre supérieur. J’ai alors quitté un poste confortable pour créer mon entreprise. A l’âge de 42 ans, diplômé d’une école d’ingénieurs, mon parcours professionnel est particulièrement varié en termes de postes, de sociétés, d’activités et de lieux géographiques. De postes d’expertise technique, je suis passé progressivement à des postes de management en technique, en organisation, en qualité, en production. J’ai aussi été amené à prendre des postes de responsabilité dans des filiales à l’étranger. Ma famille m’a suivi partout, supportant de plus en plus difficilement ces changements permanents.Vint le moment de faire un bilan : soit rester cadre supérieur avec une rémunération correcte mais des conditions de mobilité géographique, soit me lancer dans ma propre structure.

Ce bilan, qui a impliqué la famille, m’a permis de définir mon projet personnel avec les objectifs suivants : profiter de cette situation pour rebondir et donner vie à un projet d’entreprise que j’avais depuis de nombreuses années, ne pas déménager et prendre en charge mon avenir. Il faut dire que l’évolution dans un grand groupe reste une valeur sûre alors que la création d’entreprise comporte des risques. Mais ce que l’on peut espérer en obtenir est à la hauteur de cette prise de risque.

La décision de création étant prise, l’idée de me lancer dans mon domaine d’activité me paraissait la plus évidente. Bien évidemment, le changement de vie, de salarié à entrepreneur, risque de bouleverser quelques réflexes acquis et nécessite d’en développer d’autres. L’affaire est lancée depuis un an. Le plus dur, ce n’était pas les étapes de la création mais l’après-création : les premiers mois d’activité, les premiers clients, les premiers recrutements… Je suis encore obligé de tout faire : commercial, recouvreur, comptable, parfois même livreur. C’est épuisant mais instructif.»

Hamid Miftah Porteur d’un projet informatique
«Les banquiers m’ont déçu»
«Après des études supérieures dans les nouvelles technologies et quelques années d’expérience dans le domaine, j’ai voulu me lancer dans l’aventure en créant ma propre structure. Avec un partenaire, on est parti d’une idée simple: proposer des services à valeur ajoutée à savoir la mise en place de logiciels de conception graphique. Notre concept a nécessité deux ans de travail, avec des tests réalisés en France. Nous avions pour ambition de montrer aux entreprises locales qu’il existe des informaticiens marocains capables, autant que l’informaticien asiatique, américain ou autre, d’être créatifs sur le plan artistique.

Après avoir effectué toutes les démarches administratives de création, le moment était venu de s’adresser aux sociétés de financement. Nous avions déposé les dossiers auprès de trois banques. Et c’est là que le bât blesse car aucun des trois n’a cru en notre projet. Certains ont fait de l’ingérence dans notre dossier, d’autres nous ont arrêtés net. Alors que nous proposions des services à valeur ajoutée à moyen terme, d’autres nous parlaient objectifs de vente mensuels. Nous n’étions pas crédibles à leurs yeux.

A ce jour, notre projet est en stand by, faute de moyens financiers. Pourtant, nous n’étions pas trop gourmands. Nous avions demandé un emprunt de près de 200 000 DH pour démarrer. Dans les affaires, on ne donne de parapluie qu’aux gens qui ont des imperméables. J’ai retenu une bonne leçon : mieux vaut se serrer la ceinture et démarrer avec des fonds propres, aussi minimes soient-ils, que de recourir aux banques.».

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Les sept erreurs à éviter dans un business-plan

Expert-comptable et président actuel du centre des jeunes dirigeants (CJD Maroc), Zakaria Fahim recense les erreurs récurrentes dans l’élaboration d’un business-plan.

Difficile à suivre
– La conception et la structure ne paraissent pas claires.
– Le secteur d’activité est souvent envahi par une masse de données et de textes.

Trop volumineux
– Tenez-vous en à l’essentiel et gardez l’intérêt du lecteur en éveil.
– Evitez les montagnes de chiffres et commentaires fastidieux.

Incomplet
– Un business-plan doit contenir tous les thèmes énumérés dans la table des matières.
– Il arrive fréquemment que certains business-plans omettent de traiter des chapitres tels que concurrence, marketing et finance.

Contradiction sur le plan contenu
– Toujours vérifier les différents chapitres par rapport à leur comptabilité.
– Ne pas se contredire par rapport au business-plan.

Concept de marketing manquant ou incomplet
– Sans idées précises sur la façon dont vous entendez vendre vos produits, il ne sera pas possible de faire croire à la faisabilité de votre plan.
– Le meilleur des produits est inintéressant s’il n’arrive pas à trouver acquéreur.

Mélange entre espoir et réalité
– C’est principalement lorsqu’il s’agit de jeunes entrepreneurs que l’espoir prédomine souvent par rapport à une appréciation réaliste du marché.
– Soyez ouvert face aux risques existants et montrez comment vous comptez les contrecarrer.

Les intentions de l’auteur du business- plan ne sont pas clairement identifiables
– Si vos intentions ne ressortent pas clairement de votre business-plan, le lecteur va très vite s’en lasser et le ranger dans un tiroir.

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«Un projet n’est jamais ficelé à 100% et peut être appelé à changer»

«Aujourd’hui, le principal frein à la création d’entreprise est d’ordre psychologique. Les jeunes sont encore désinformés sur l’acte d’entreprendre de manière générale. Ceci dit, des efforts ont été faits pour sensibiliser davantage les jeunes sur cet acte. Il existe aujourd’hui un ensemble de structures spécialisées dans la création d’entreprise. A titre d’exemple, le Centre des jeunes dirigeants, la Fédération des PME/PMI, la Fondation Banque Populaire, le réseau Maroc Entreprendre, les centres régionaux d’investissement et bien d’autres.

Quoi qu’il en soit, un porteur de projet ne doit pas rester seul dans sa démarche. Il doit aller vers des structures qui vont l’épauler dans son processus de création et ses recherches.

Pour se donner un maximum de chances de réussite, le porteur de projet doit avant tout vérifier sa cohérence avec son projet personnel. On ne vient pas avec une idée de projet parce qu’elle nous plaît ou bien parce qu’elle a bien fonctionné ailleurs. Au contraire, choisir de créer est plus qu’un choix de biens et de services à produire et à commercialiser, c’est aussi le choix d’un mode de vie particulier, qui doit être en cohérence avec les exigences du projet. En somme, il faut dépasser certaines contraintes personnelles.

Un porteur de projet doit aussi avoir de l’écoute et la capacité de se remettre en cause dans la phase de démarrage. Un projet n’est jamais ficelé à 100% et peut être appelé à changer constamment».