Ils ont vécu l’enfer du placard, ils en parlent

Habiba E.K. Responsable marketing
«Le sentiment d’être mise à l’écart m’empêche d’exploiter mon potentiel»

«Je ne peux dire que j’ai été placardisée, mais j’en ai eu le sentiment. Précisément, je parlerais plutôt de mise à l’écart ou de manque de considération qui sont tout aussi graves. En effet, j’ai eu à vivre des moments difficiles avec des collaborateurs de mon service. Certains ne voulaient pas de moi parce que j’étais nouvelle et qu’il y en avait, parmi les plus anciens dans l’entreprise, qui pensaient mériter amplement ma place. C’était difficile à vivre et dévalorisant sur le plan humain. J’avais peur d’être constamment en conflit, malgré tous les efforts pour me rapprocher des uns et des autres.
C’était une situation que je n’avais jamais vécue en quinze ans de carrière. Le fait d’avoir aussi un patron tyrannique m’a également fait peur. Peur de subir constamment sa mauvaise humeur ou sa lâcheté. Il ne me soutenait pas. Du coup, je n’ai pas pu résister longtemps et je me suis résolue à quitter cette entreprise à problèmes. Ce sentiment de mise à l’écart me minait intérieurement et m’empêchait aussi d’exploiter mon potentiel».

Hamid B. Cadre dans une banque
«On peut rebondir après une mise à l’écart»

«J’ai travaillé dans une banque où j’ai connu toutes sortes de problèmes avec mon supérieur : harcèlement, dénigrement, mais aussi une mise à l’écart. J’étais dans son collimateur. La preuve : il a commencé par me retirer tous mes dossiers importants, m’exclure  des réunions et reprendre à son compte mes gros clients. Par conséquent, je me cantonnais aux tâches routinières sans aucune valeur ajoutée.
Au départ, on s’installe, avec une certaine complicité, dans cette situation. Parce que l’on a un bureau, un ordinateur et un salaire et l’on pense ainsi tenir le coup. J’ai donc supporté cette situation pendant trois ans. Mais comme les choses n’évoluaient pas, j’ai fini par réagir.
Je suis parvenu à changer de département sur proposition de ma hiérarchie. Le problème est qu’il faut toutefois parvenir à reconstruire un réseau interne pour se remettre dans le bain. Cela débute par deux ou trois collègues, très proches, avec lesquels on échange des informations pour mieux se recadrer. Ensuite, on prend en charge de petits dossiers qui représentent 15% de son temps.
Au fur et à mesure, on fait ses preuves et on finit par rompre avec la solitude du placard».

Rachid J. Cadre dans une société de crédit
«Mon supérieur hiérarchique pensait que je visais sa place»

«La mise au placard ne résulte pas de l’incompétence de la victime. J’ai vécu cette situation alors que je suis certain que j’étais un des piliers de l’entreprise, précisément, du département financier. Ma faute a été, peut-être, d’avoir voulu montrer tout mon savoir-faire à mes collègues. Je ne manquais jamais de leur venir en aide dans des dossiers qu’ils géraient. Dès lors, presque tous se retournaient vers moi quand il y avait une interprétation comptable à faire. En fin de compte, mon supérieur hiérarchique, alors très proche du DG, a cru que je visais son fauteuil par mon activisme. Dès lors, il avait exigé des collègues de ne se référer qu’à lui en cas de problèmes. Quitte à avoir plus de travail, il avait aussi largement réduit mes prérogatives à son profit. Très dynamique de nature, je me sentais alors moins utile. Intérieurement, j’avais très mal, mais je ne voulais rien laisser paraître pour ne pas lui montrer qu’il a réussi son coup. A la première occasion, j’ai déposé ma démission pour une autre entreprise, plus grande, du même secteur».