Ils font des erreurs et les reconnaissent..

Amine L.
Directeur exécutif dans une société de services
«Il faut trouver les mots pour le dire»
«Admettre ses erreurs ? Oui, cela m’arrive souvent, même si, à mes débuts à un poste de direction, je me retrouvais en permanence dans cette situation face à mon équipe. Aujourd’hui, je continue de reconnaître mes erreurs, mais tout est dans la manière. Ainsi à la remarque de quelqu’un qui me dit que je me suis planté, je répondrai peut-être en expliquant le processus qui m’a poussé à prendre telle ou telle décision. Une autre astuce consiste à reconnaître indirectement son erreur. Ainsi, au lieu de dire j’ai eu tort, j’utilise une expression positive en déclarant à mon interlocuteur que son idée était meilleure que la mienne. Quand c’est nécessaire, je reconnais l’erreur tout court.
Pour moi, ne pas reconnaitre son erreur conduit à des situations bien plus compliquées. Un jour ou l’autre, on découvre que l’erreur vient de vous et votre capital crédiblité en prend un coup. Ensuite, quand on s’engage dans le déni, on est tenté, par orgueil et pour ne pas se décrédibiliser, de poursuivre le mensonge. Cette fuite en avant est préjuciable à l’entreprise. Une petite erreur peut se transformer en grosse bourde, si l’on n’y met pas un terme tout de suite.»

Aziz Jallili
Chef de projet informatique
«Tout dépend de la gravité de l’erreur»
«Chacun peut être victime d’un incident de parcours. Admettre ses erreurs, oui mais tout dépend de la gravité de l’erreur et de la personne à qui on doit faire face. Si cette dernière est compréhensive, elle appréciera votre sincérité. Si elle doit vous juger, autant s’abstenir. C’est le cas avec un patron tyrannique ou un collaborateur difficile. Si toutefois l’erreur est grave et peut avoir des répercussions négatives sur mon entourage, je préfère l’assumer pleinement. Je peux camoufler l’erreur si j’arrive toutefois à redresser la situation avant que l’on s’en aperçoive. Ceci non pas par crainte d’être sanctionné mais surtout pour éviter des propos inutiles, voire parfois blessants de la part des autres. Cela ne fait qu’aggraver la situation.»

Mohammed El Yousfi
DG de La Marocaine de Management
«L’essentiel est d’identifier le problème et d’en tirer les conséquences»
«Il m’arrive fréquemment de reconnaître mes torts devant mes collaborateurs même si, pour faire un aveu, il faut du courage et de la volonté. Ceci dit, admettre une erreur ne doit pas être utilisé comme subterfuge pour éviter d’autres problèmes plus concrets. Il faut reconnaître ses fautes mais pas avant d’être en mesure de proposer un moyen de les rectifier.
En tant que consultant dans le domaine spécifique de l’audit qualité, sécurité et environnement, il peut m’arriver de commettre des erreurs techniques ou de gestion : oubli de procédures techniques, non respect de planning… Nous recourons aux fiches de conformité pour traiter les omissions. L’essentiel est d’identifier le problème et d’en tirer les conséquences.»

Abdelwahab Kadiry
DG de Tandem Communication
«La sincérité est la meilleure façon de pérenniser les bons rapports»
«Il m’arrive en tant que manager de commettre des erreurs par manque de visibilité ou à cause d’une mauvaise information. Je les admets facilement et essaye d’avoir le discours le plus honnête avec mes collaborateurs. J’estime que la sincérité est la meilleure façon de pérenniser les bons rapports entre collègues. La transparence est essentielle, surtout pour une entreprise qui vient de démarrer son activité, car c’est le moment ou jamais de mettre en place les bases d’une relation solide.
J’aime aussi que les collaborateurs m’interpellent si je commets une erreur d’appréciation sur un client. Il faut bien encadrer la discussion et que chacun argumente pour rectifier le tir. Je ne rentre pas dans le détail. Cela évite les débordements ou les jugements inutiles.»

Jamal Krim
DG de Reco-Act (agence de recouvrement de créances)
«Distinguer confidentialité et dissimulation de la vérité»
«Tout manager est susceptible de connaître un revers dans sa vie professionnelle. L’important est d’en tirer des enseignements. Je pense que la transparence et l’humilité sont d’excellents atouts pour bien manager ses équipes. L’erreur doit aussi être permise à condition d’être constructive. La reconnaître, c’est bien, la corriger, c’est mieux ! A quoi bon la dissimuler, tout finit par se savoir au sein d’une entreprise. Il m’arrive de faire des erreurs d’appréciation sur un nouveau client. Parce que c’est un gros morceau, on est pressé de conclure l’affaire alors qu’il peut s’agir d’un mauvais client.
Je pense aussi que la franchise a ses limites. Je tiens à faire une distinction entre cacher la vérité et respecter la confidentialité. Tout ne peut pas être divulgué au sein de l’entreprise surtout dans une approche de prospection. J’essaie de m’entourer de la plus grande discrétion tant que l’affaire ne s’est pas concrétisée. Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Ce n’est pas par manque de confiance mais par choix stratégique.».