Hayat El Adraoui : Une gestion chaotique des stages à cause de la crise sanitaire

Avis de Hayat El Adraoui, Professeur Chercheur en Stratégie et Gestion des Ressources Humaines au Groupe ISCAE.

La gestion des stages est une question qui doit être à l’ordre du jour de la rentrée universitaire.
Beaucoup de jeunes se préparaient pour aller en stage quand la pandémie est arrivée et en a décidé autrement.
Les conditions de confinement, l’obligation de quitter les cités universitaires et le manque de visibilité ont chamboulé le déroulement prévu des stages. Plus de 70% des offres de stages disponibles sur le marché ont été annulées ou reportées. Et pour les plus chanceux les conditions de télétravail n’étaient pas forcément réussies pour des raisons liées au manque d’ordinateurs portables, aux problèmes de connexion ou à des difficultés d’adaptation.
En plus de l’importance des stages au développement des compétences techniques et humaines et la valeur de l’expérience pratique fournis par les milieux professionnels, cette expérience professionnelle est bien souvent obligatoire pour la validation du diplôme ou de l’année universitaire. Il s’agit donc d’une question qui doit faire l’objet d’une appréciation sérieuse à la lumière des premiers retours des jeunes et doit être à l’ordre du jour de la rentrée universitaire.
Par ailleurs, il est temps de revoir et d’actualiser les conventions de stage.
Une convention de stage est un document obligatoire, souvent rédigé par l’établissement de formation, nécessaire pour réaliser un stage en entreprise. Il s’agit du contrat qui définit le cadre de la mission du stagiaire et l’ensemble des points essentiels du stage : durée, missions, rémunérations et avantages, assurances en cas d’accident… c’est un document standard qui ne fait pratiquement jamais l’objet d’une mise à jour.
Si la crise sanitaire a poussé nombre d’entreprises à annuler ou à reporter les stages, beaucoup de jeunes se sont retrouvés dans l’incertitude la plus complète. En plus, la convention de stage n’indique nulle part des alternatives aux jeunes et aux professionnels en cas de crise. Il est temps peut être de penser à l’ajuster et y intégrer des clauses adaptées à des conjonctures pareilles…
Malheureusement, les étudiants sont les grands oubliés dans certains secteurs comme celui de la santé. Nous avons des hôpitaux et des laboratoires en manque d’effectifs.
Au moment où les établissements hospitaliers et les laboratoires se trouvent sous pression à cause du manque d’effectif et de matériel, on demande aux jeunes étudiants des facultés des sciences (qui disposent de plusieurs spécialités ; biologie moléculaire, virologie, épidémiologie, etc.) de rentrer chez eux. Pire encore, on ferme les laboratoires de ces établissements qui sont équipés de matériels parfaitement adaptés aux tests Covid-19. D’après certains professeurs chercheurs, des propositions de collaboration ont été adressées au ministère de la santé. Sans aucune suite…
Il est important de souligner que les universités marocaines disposent de plusieurs programmes de formation sur les virus et sur les épidémiologies. L’avènement de la pandémie est une occasion pour les étudiants qui suivent ces formations de vivre une expérience réelle avec ‘’un virus’’. Leur demander de rester chez eux est une décision qui les prive d’une véritable opportunité d’apprendre et de mettre leurs acquis au test et prive le pays de l’opportunité de former un capital humain compétent pour les futures crises sanitaires. En définitive, cet épisode est venu une nouvelle fois de plus questionner la réalité du rôle de l’université marocaine dans la société…