Harcèlement sexuel au travail : l’omerta !

Remarques dégradantes, propositions ou comportements à connotation sexuelle, attouchements non consentis… Beaucoup de salariés, principalement les femmes, seraient victimes de harcèlement. Peu de mesures sont prises pour lutter contre ce délit, malgré quelques affaires retentissantes.

Ces derniers temps, le monde a été ébranlé par des affaires de harcèlement sexuel (affaire Weinstein aux Etats-Unis…). Un fléau qui perdure depuis la nuit des temps sans qu’un arsenal juridique sérieux ne soit mis en place. Pour illustrer l’état de gravité du phénomène, une étude récente de l’Organisation marocaine des droits humains (OMDH) sur la question du harcèlement sexuel dans le milieu professionnel a dressé quelques constats inquiétants.

Il en ressort que près de 40% des personnes interrogées ont été victimes de violence physique sur les lieux de travail, contre environ 60% qui affirment avoir été victimes de harcèlement sexuel de la part de leurs supérieurs, leurs collègues masculins et parfois même de clients. Une autre enquête menée cette fois-ci par l’ONU Femmes, auprès d’un échantillon de 2400 personnes de la région Rabat-Salé-Kénitra, corrobore ce constat. Les interrogées disent avoir notamment fait l’objet de regards insistants, de commentaires à connotation sexuelle, voire de traques dans les espaces publics. Ce qui est paradoxal, c’est que 78% des femmes estiment que la responsabilité de tels agissements est imputée aux femmes. Elles incitent, selon leurs explications, d’une façon ou d’une autre, les hommes à les harceler. Pire, 42% d’entre elles qualifient le harcèlement d’«attention» appréciable. Il est clair que ces personnes sont fortement imprégnées de la culture locale.

Véritable source de mal-être au travail, rien ne semble pouvoir briser aujourd’hui cet épais mur de silence. La peur de perdre son emploi, l’organisation cloisonnée du travail, l’isolement des salariés et les lacunes de l’application du droit du travail empêchent toute solidarité entre salariés et autorisent tous les abus.

Mettre l’accent sur la prévention

Dans ce contexte, le débat  organisé récemment par l’Association des gestionnaires et formateurs du personnel (AGEF) a notamment soulevé quelques points d’interrogations. Par exemple, Naim Sabik, avocat au barreau de Casablanca, déplore le manque de jurisprudence qui existe sur la place. Pour sa part, Zakaria Rbii, président de l’Association des gestionnaires et formateurs du personnel (AGEF), précise que «les entreprises ont le devoir de démystifier, de sensibiliser et de former leurs équipes sur le phénomène, et ce, à travers des chartes de bonne conduite, des hotlines ou autres». Si, de plus en plus, la parole  se libère pour dénoncer de tels faits, notamment à travers les réseaux sociaux, il est évident qu’aujourd’hui la priorité doit être donnée à une démarche préventive au sein de l’entreprise et que la mise en place d’un dispositif de concertation et de régulation dans l’organisation du travail est primordiale.