Harcèlement sexuel au travail : Avis de Amal Chabach, Médecin, sexologue, psychothérapeute

Il faut distinguer trois profils de harceleurs: l’effacé qui a besoin d’exercer son pouvoir et mettre en avant son statut social ou hiérarchique, le pervers qui prend du plaisir en rabaissant sa victime, et le narcissique qui n’a pas de limite et a le sentiment que rien ne peut l’arrêter.

On reconnaît le harcèlement sexuel par une conduite vexatoire se manifestant par des comportements, des paroles, des actes ou des gestes répétés, qui sont hostiles ou non désirés. Cette conduite porte atteinte à la dignité ou à l’intégrité psychologique ou physique du salarié. C’est souvent la répétition qui permet de prouver les choses, parce que ce n’est pas sur le premier ou le deuxième fait répréhensible qu’on se met «en alerte».

Et lorsque vous n’avez d’un côté aucun répondant, voire un refus, et de l’autre une obstination, un acharnement, vous êtes dans un cas de harcèlement. S’il y a chantage, si la personne se sent atteinte dans sa personne, c’est du harcèlement. Il y a aussi un aspect très culturel. Certains hommes considèrent qu’une femme séduisante qui se met en valeur est nécessairement dans une démarche provocatrice et d’appel. Nombre d’entre eux d’ailleurs ne reconnaissent pas l’autonomie de la femme qui, pour eux, appartient d’abord à l’homme. Le comportement malsain du harceleur est souvent basé sur le pouvoir, la position hiérarchique. 

Il faut dire que le phénomène a toujours existé dans le monde du travail, sauf qu’il est mal délimité et peu dénoncé. Il revêt plusieurs formes allant de la blague sexiste aux attouchements, en passant par les commentaires inappropriés, les remarques sur l’apparence…

Les conséquences sont bien évidemment néfastes. Elles peuvent aller jusqu’à provoquer des troubles psychiques manifestes ou des traumatismes.

Il faut dire aussi que le phénomène n’émane pas uniquement d’un lien de subordination. Il se pratique aussi entre collègues ou du subordonné au supérieur hiérarchique. Les abus peuvent être des deux côtés.

Il faut distinguer trois profils de harceleurs. On trouve l’effacé qui a besoin d’exercer son pouvoir et mettre en avant son statut social ou hiérarchique, le pervers qui prend du plaisir en rabaissant sa victime et le narcissique qui n’a pas de limite et a le sentiment que rien ne peut l’arrêter.

De l’autre côté, toutes les personnes peuvent être concernées, pas uniquement les plus fragiles, les soumises ou les moins affirmées.

Tout dépend aussi de la réaction de la victime face à ces actes, c’est-à-dire jusqu’où va-t-elle tolérer ces agissements et oser en parler.