Harcèlement au travail : Avis de Rita El Khayat, Psychiatre

Tant qu’on ne liste pas les pervers, rien ne changera.

Les harceleurs sont pour la plupart des hommes. Leur âge varie de 30 à 40 ans, parfois un peu plus. Mais il y a aussi des femmes harceleuses. Je le sais pour avoir soigné des hommes victimes de ce type d’agissements. La femme a en général un profil d’une grande dureté et de rigidité psychique. Elle attend des bénéfices secondaires de tout ce qu’elle fait ou entame. Les femmes harceleuses sont de plus en plus nombreuses, accès aux postes de responsabilité oblige.

L’homme harceleur est quant à lui une personne qui a développé un complexe de supériorité ou d’infériorité vis-à-vis de ses pairs. C’est pourquoi son profil psychologique est assez particulier.

Le harceleur aime le pouvoir. Il veut absolument tout régenter. C’est surtout quelqu’un qui attend toujours une contrepartie de ses relations avec l’autre. Pour y arriver, il est, en règle générale, un manipulateur. Parfois même, dans sa vie de tous les jours, dans son couple, c’est un pervers narcissique. Sous couvert de prétextes bidon, il guette l’autre, avec pour objectif ultime de le perturber, le déstabiliser et en faire ce qu’il veut.
Une certaine catégorie de harceleurs est, sans le savoir, extrêmement dépressive. C’est pourquoi elle adopte une attitude agressive envers les autres. Malgré sa férocité, le harceleur ne choisit pas ses victimes selon un mode d’emploi bien précis. Bien au contraire ! L’agressivité est tout terrain. Et le harcèlement a lieu lorsque la cible est prédisposée. Pour moi, le harcèlement est la rencontre parfaite entre un sadique et un masochiste.
Le profil de la victime? Généralement moins âgée que son agresseur. Elle se laisse facilement déstabiliser car fragile psychologiquement. C’est le genre de personnes capables de s’effondrer le matin car la femme de ménage n’est pas venue. En général, ces personnes arrivent au boulot déjà déprimées. Les problèmes de couple, les enfants malades…, autant de «catastrophes» qui les fragilisent. On peut dire que les femmes plastiques, superficielles, qui ne se défendent pas ou le font mal sont les plus exposées. Bien sûr, dans d’autres cas, la nécessité de garder son emploi les prédispose à accepter d’être des victimes et à composer, autant que faire se peut avec le harceleur.
Le traitement de ces cas est parfois simple. Certains de mes patients ont changé d’emploi. En général, ils ne se heurtent plus jamais à ce problème sur leur nouveau lieu de travail. Au passage, ils sont mieux payés. Parfois, malheureusement, les lésions sont plus profondes. Les victimes d’injures touchant leur narcissisme, qui ont quasiment été violées par des attouchements ne s’en remettent pas. Des traces restent à vie. Car la victime sait que c’est injuste. Cette injustice, la victime la considère comme une punition, une blessure, quelque chose qu’elle n’aurait jamais dû subir. Et c’est le cas d’ailleurs ! Nous allons sur le lieu de travail pour travailler, pas pour souffrir. Et tant que les inspecteurs du travail ne recevront pas les plaintes, ne les consigneront pas dans un fichier central, listant tous les pervers et narcissiques, rien ne changera.