Fiez-vous à  votre intuition

Avec «Blink», Malcolm Gladwell récidive dans un best-seller qui nous invite à faire davantage confiance à notre instinct dans notre vie de tous les jours.
L’auteur arrive à nous expliquer, avec une cascade d’idées et d’exemples, quand il faut croire en son intuition et quand il faut utiliser un raisonnement analytique : l’art de penser en quelque sorte.

Le premier best-seller de Malcolm Gladwell, The Tipping Point (Le point de bascule), était sous-titré «Comment de petites choses peuvent faire une grande différence». Le journaliste du magazine américain The New-Yorker y proposait une nouvelle façon de comprendre le monde qui nous entoure. Cette fois, dans Blink (traduit en France en «Coup d’oeil» et au Québec en «Intuition»), il nous propose de réfléchir différemment. En effet, la principale idée de Gladwell dans Blink – sous-titré «Le pouvoir de penser sans penser» – est qu’il faut obéir davantage à notre instinct, car notre cerveau a la capacité de prendre les meilleurs jugements pour nous et, souvent, cette prise de décision se fait en seulement deux secondes.
Le premier objectif de Blink, dit l’auteur, est de vous convaincre de quelque chose de simple : les décisions que l’on prend très vite peuvent être aussi bonnes que celles qui sont mûrement réfléchies. Malcolm Gladwell montre que les bonnes décisions sont parfois prises à partir de détails, les «tranches fines du comportement» (thin slices of behavior). Ainsi, ce sont les premières tranches de connaissance que l’on a sur un sujet particulier qui nous aident vraiment à décider.
Ainsi, le cerveau fonctionne-t-il différemment selon le contexte : au bureau, en classe, dans la cuisine, dans la chambre à coucher. Et souvent, les décisions les plus importantes, nous ne les prenons pas après mûre réflexion mais elles nous sont davantage dictées par un flair inexplicable.
Parfois, on prend peut-être en compte trop d’informations avant de prendre une décision. Notre subconscient est submergé, notre pensée floue. Mais, pour Gladwell, les meilleurs décideurs sont ceux qui peuvent repérer les informations les plus importantes dans tout le paquet d’informations qu’ils reçoivent. On parle là du «balayage superficiel». «Notre inconscient est réellement bon dans la prise de décision rapide ; il donne souvent une meilleure réponse que ne le font des moyens de penser plus délibérés et exhaustifs», dit l’auteur.

Le premier regard est déterminant
Blink n’est pas seulement la célébration du pouvoir du premier regard. L’auteur s’est aussi intéressé aux moments où nos instincts nous trompent. Gladwell montre ainsi comment les génies du marketing nous manipulent parfois, jouent sur nos peurs et nos inquiétudes pour fausser la si précieuse première impression. Alors, on se fie plus au packaging qu’au fond ou au contenu. On est séduit par la plastique et l’on devient moins exigeant sur le programme d’un candidat politique par exemple. Il prend pour exemple l’élection de Warren Harding à la présidence américaine ou encore le lancement du nouveau Coca-Cola.
Risque-t-on gros, alors, si on s’intéresse plus à nos instincts et moins à ce que l’on considère comme logique ou raisonnable ? Oui et non. Car Gladwell insiste pour dire que l’instinct est une force et que même si on ne devient pas psychologue ou savant du jour au lendemain, la maîtrise du fameux coup d’œil s’acquiert avec l’expérience.
Malcom Gladwell multiplie les exemples, enchaîne les résultats de récentes recherches en psychologie. Cela va de «comment connaître une personne à partir de sa chambre à coucher» jusqu’à l’entraîneur de tennis qui devine quand le joueur fera une double faute avant même qu’il ne frappe la balle.
Ailleurs, l’auteur raconte l’histoire du fameux musée Getty, à Los Angeles, où des experts en art se fient à leur premier regard pour reconnaître un faux d’un vrai. Pas d’explication rationnelle à cette théorie du coup d’œil : on sent juste que c’est vrai.
Si nous voulons améliorer la qualité des décisions que nous prenons, nous devons accepter la nature mystérieuse de nos jugements. Nous devons respecter le fait qu’il est possible de savoir sans savoir pourquoi on sait et accepter cela.
Le coup d’oeil, cette force dont seulement quelques élus disposent : une poignée de militaires, un joueur de basketball, quelques psychologues, à l’instar du Dr John Gottman, un célèbre thérapeute de couples. Ce dernier reçoit les couples dans une clinique spécialisée et utilise une méthode spéciale afin de déterminer le possible avenir du mariage en question juste en visualisant une vidéo du couple discutant. Quinze minutes de vidéo lui permettent de juger si le couple divorcera ou non dans les cinq prochaines années. Ses prédictions s’avèrent vraies dans… 90 % des cas. Gladwell a lui-même expérimenté la technique du docteur Gottman dans sa clinique pour couples et avoue qu’il a lamentablement échoué.

L’inconscient efface tout le superflu et va à l’essentiel
Gottman, lui, explique son succès par sa concentration sur quelques éléments seulement du comportement du couple et ne s’embarrasse pas de détails. Gladwell interprète : voilà comment notre inconscient fonctionne, il efface tout ce qui est superflu et va à l’essentiel.
C’est exactement cela, le «thin-slicing» (ou balayage superficiel) ; l’aptitude de notre inconscient à trouver des repères dans différentes situations, en se basant sur des tranches d’expérience déjà acquises. Nous avons une capacité naturelle de trancher à partir de recoupements que notre cerveau opère dans notre environnement, nos connaissances. Et là, commence un processus accéléré et presque automatique qui touche les petites particules qui font nos vies.
Il faut donc penser petit; penser détails, à propos de tout : du mariage, à comment vendre une voiture.
La force du livre est dans la force d’argumentation de l’auteur et dans ses exemples.
Le speed dating, ce concept de rencontres tournantes en six minutes, n’est-il pas le meilleur exemple de cette première impression ? En six minutes, ça doit «cliquer» ou pas. Lorsque ça clique, c’est bon signe. Sinon, mieux vaut ne pas essayer. Si le speed dating, dit l’auteur, est devenu aussi populaire, c’est qu’il repose essentiellement sur le jugement rapide. Une seule question : «Est-ce que je veux revoir cette personne ?». Et pour répondre à cette question, dit l’auteur, on n’a pas besoin de toute une soirée.
Gladwell montre comment on peut prendre de meilleures décisions, chez nous, au travail, en amitié et comment certaines personnes apprennent à prendre des décisions dans l’urgence, à l’instar des agents de police. Blink est rempli de petits tests scientifiques qui dérangent parfois. Gladwell connecte habilement le sociologique et le psychologique, le banal et le mondain, les idées novatrices et les théories connues, reprenant des résultats scientifiques en formules simples avec des exemples proches de la vie de tous les jours. Pas étonnant que de plus en plus d’hommes d’affaires fassent appel à Malcolm Gladwell pour des séances de coaching en prise de décision.
C’est vrai qu’il n’y a pas de véritable histoire dans Blink. Mais son plus grand atout est de parvenir, à travers une cascade d’idées et d’exemples, à nous expliquer quand il faut croire en son intuition et quand il faut utiliser un raisonnement analytique ; l’art de penser, en quelque sorte.