Femmes au travail : des avancées notables mais beaucoup reste à  faire

Les femmes occupent majoritairement des emplois dans le secteur tertiaire, notamment dans des postes relationnels.

Elles sont plus exposées à  l’emploi précaire ou à  temps partiel,
et la maternité constitue souvent un frein à  leur progression professionnelle.
L’activité des femmes a augmenté de 52% en quatre ans.

Représentant la moitié de la population, les femmes marocaines ont de tout temps participé à la vie économique de leur communauté et de leur famille de manière directe ou indirecte. Statistiquement, le taux d’activité des femmes a augmenté de 52% en quatre ans, passant de 17,7% en 2004 à 26,6% en 2008 (statistiques du Haut commissariat au plan). Dans l’urbain, il tourne autour de 20% alors qu’il est de 37% dans le rural. Les tranches d’âge les plus actives restent les 25-34 ans et les 35-44 ans dont le taux d’activité est de 32% respectivement.
Si l’évolution et l’émancipation de la femme ne sont plus à démontrer, la situation est souvent contrastée. Il faut souligner d’avance que les femmes ont désormais investi l’ensemble des professions, mais de manière inégale. Par exemple, dans la fonction publique, on constate une féminisation importante dans certaines administrations ou ministères notamment le corps enseignant ou celui de la santé. En revanche, la très haute fonction publique reste très masculinisée, comme en témoigne le faible nombre de femmes directrices d’administration centrale.
Dans le privé, on observe une sur-représentation des hommes dans les professions techniques supérieures (ingénieurs), une spécialisation des femmes dans des missions de logistique (ressources humaines, administration…) et, de ce fait, une sous-représentation dans les missions considérées comme stratégiques (développement produits, finances…). Elles occupent une faible part des postes de décision. Ce n’est certainement pas faute de compétence qu’elle est ainsi reléguée au second plan. Aujourd’hui, les femmes sont de plus en plus nombreuses à effectuer des études supérieures. Par conséquent, sur ce plan, elles peuvent lutter à armes égales avec les hommes.

Le code du travail a amélioré le statut de la femme
Selon Omar Benbada, expert en législation du travail, «le renouveau de la législation sociale constitue un changement qualitatif majeur, du fait de la mise en place de dispositions interdisant toute discrimination à l’égard des femmes, et introduisant d’autres relatives à l’égalité de chance, et à la protection de la femme».
Le code du travail a reconnu et intégré l’ensemble des conventions internationales interdisant toute discrimination au travail et obligeant l’employeur à la protection de la femme. Parmi les principales avancées, on notera une meilleure protection contre la pénibilité au travail, la protection de la maternité ou la protection contre toute sorte de discrimination.
Toujours est-il qu’elles tardent à franchir plus rapidement les paliers. L’homme n’est pas encore prêt à partager son pouvoir avec les autres, encore moins avec les femmes. L’entreprise est trop souvent un club d’hommes qui se cooptent entre eux. Même l’orientation scolaire et professionnelle joue un rôle important dans la constitution du vivier. Il y a ensuite des stéréotypes sur les compétences supposées des femmes, et leur adéquation aux métiers de l’entreprise. Les femmes sont cantonnées dans des parcours qui les empêchent d’accéder aux postes du haut management. Enfin, il y a encore trop de préjugés liés à la maternité et à une moindre mobilité supposée des femmes, en raison des charges de famille encore trop lourdes. «Aujourd’hui, la mobilité ou encore l’ascension professionnelle font encore peur à une certaine catégorie de femmes», confirme Omar Benaini, consultant associé au cabinet LMS ORH.
Pis encore, une grande majorité de femmes ne peuvent être considérées comme actives puisque la plupart d’entre elles sont présentes dans le secteur informel et réalisent des activités à domicile. Selon les observateurs, une révision des lois sociales serait la bienvenue.