Faute de trouver un emploi, ils se sont mis à  leur compte

Mohammed Boutaleb Auditeur
«Il est difficile de se replacer à 45 ans»

A 45 ans, il est difficile de se replacer ailleurs. Ce que je reproche souvent aux recruteurs, c’est qu’ils estiment que les prétentions salariales des seniors sont trop élevées. Or, ils oublient qu’un jeune peut aussi leur coûter cher car il va falloir le former. De plus, au bout d’un certain temps, il demandera une augmentation de salaire. Il y a aussi de grandes chances pour qu’il quitte l’entreprise si on lui propose de meilleures conditions. Ce sont là des coûts cachés que l’entreprise n’évalue pas.
Moi-même j’ai travaillé pour un cabinet international avant d’être directeur financier d’un grand groupe. Ensuite, j’ai décidé de me mettre à mon compte en ouvrant mon cabinet d’audit et de formation. Se mettre à son compte est une idée courante chez les personnes de 40-45 ans pour lesquelles, il faut se rendre à l’évidence, il est difficile de trouver un travail sans recommencer au bas de l’échelle. Toutefois, lancer son affaire requiert des précautions. Tout d’abord, il faut s’attendre à tout faire soi-même. D’autre part, il est nécessaire d’avoir un vrai projet qui tienne compte du marché. Personnellement, je me suis lancé dans le domaine que je maîtrisais le mieux : l’audit. Le fait de commencer en tant qu’associé m’a permis de prendre moins de risques.

Mohamed K. Assureur reconverti dans l’intermédiation
«Les préjugés s’installent rapidement quand on est senior»

Cela fait près de cinq ans que j’ai pris ma retraite. J’ai à mon compteur près d’une trentaine d’années dans le secteur des assurances, une carrière entière. La compagnie où je travaillais a été rachetée par un organisme international, elle devait automatiquement procéder à une restructuration. On m’a donc proposé un départ négocié. Comme je ne connais que l’assurance, je n’avais d’autres choix que de rester dans le métier. Mais comme beaucoup de compagnies s’étaient lancées dans des opérations de rajeunissement, j’avais moins de chances de rebondir ailleurs. J’ai même une fois essayé de passer par un cabinet de recrutement. Mais sans succès.
Quand on est proche de la cinquantaine, les préjugés s’installent rapidement : âge avancé, pas de bons diplômes… Les cabinets se jettent surtout sur des candidats qui ont un Bac+5, voire plus, et qui sont issus d’écoles prestigieuses… Or, il y a 20 ou 30 ans, les études supérieures n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. Ma formation a été faite sur le terrain et sur 30 ans. Donc, je maîtrise mon secteur plus qu’un jeune fraîchement diplômé.
J’ai saisi l’occasion pour ouvrir un cabinet de courtage. Mais par les temps qui courent, ce n’est pas évident de démarrer une entreprise. On est obligé de tout faire soi-même, aussi bien l’intermédiation, la prospection que le recouvrement.